Histoire : Tous les totalitarismes sont égaux face à la mémoire

Vilnius (Lituanie), 23 août 1989 : le long de la "Voie baltique", la chaîne humaine qui a relié les trois républiques Baltes pour commémorer le 50e anniversaire du pacte germano-sovétique (Archives d'Etat lituaniennes)
Vilnius (Lituanie), 23 août 1989 : le long de la "Voie baltique", la chaîne humaine qui a relié les trois républiques Baltes pour commémorer le 50e anniversaire du pacte germano-sovétique (Archives d'Etat lituaniennes)
21 August 2009 – Revista 22 (Bucharest)

Le rôle joué par Moscou au cours de la Seconde Guerre mondiale continue d'opposer les Russes et les Européens. La date du 23 août concentre à elle seule la controverse. L'UE a choisi de commémorer les victimes du stalinisme et du nazisme le jour où en 1939 fut signé le Pacte Molotov-Ribbentrop. Pour Moscou, on oublie trop vite les soldats russes morts pour vaincre le nazisme.

L'assemblée parlementaire de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE, qui regroupe 54 pays européens et ex-soviétiques) a adopté en juillet dernier à Vilnius, la résolution intitulée "La Réunification de l'Europe divisée". Cette résolution, passée inaperçue dans la presse, marque les 20 ans de l'effondrement des régimes communistes européens. Elle a été adoptée par une large majorité de délégués – 202 des 214 présents – malgré l'opposition farouche de la Russie.Reconnaissant "la spécificité de l’Holocauste", le document de l'OSCE constate "qu’au XXe siècle les pays européens ont connu deux grands régimes totalitaires, à savoir le nazisme et le stalinisme, qui ont causé des génocides, des violations des droits de l’homme et des libertés fondamentales, des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité,". Et recommande que les pays membres "condamnent clairement et sans équivoque le totalitarisme", car "la sensibilisation à l’histoire aide à prévenir la réapparition à l’avenir de crimes analogues".

L'adoption de cette résolution survient quelques jours seulement avant le 23 août. Cette date, que le Parlement européen a proclamé "Journée européenne de commémoration des victimes des crimes du stalinisme et du nazisme", à la mémoire des victimes des déportations et de l'extermination de masse, coïncide avec l'anniversaire du Pacte Molotov-Ribbentrop, conclu en 1939 [le Traité de non-agression entre l'Allemagne nazie et l'URSS, qui établit également les sphères d'influence que ces deux puissances s'accordaient, au détriment des pays limitrophes]. Mettre sur le même plan le communisme et le nazisme vient soutenir la résolution adoptée au printemps par le Parlement européen sur la conscience de l'Europe et le totalitarisme. Celle-ci demande aussi l'ouverture des archives historiques secrètes et la mise en place de vastes mesures de réexamen du passé.

Pour les Russes, Staline est toujours un héros

La réaction de la Russie a été véhémente. Le Ministère des Affaires étrangères russe a qualifiée cette décision de "tentative inacceptable de distorsion de l'histoire à des fins politiques". Les Parlementaires russes ont pour leur part voté une déclaration pour dénoncer cette résolution qui constitue à leurs yeux "une insulte directe à la mémoire des millions de soldats russes" qui "ont donné leurs vies pour la libération de l'Europe du joug nazi". Pour les Russes, Staline est toujours un véritable héros. Pour les Européens de l'Est, il est coupable d'avoir soutenu des régimes communistes sanglants. De plus, Moscou a repris depuis quelques années l'organisation de parades militaires massives, qui rappellent celles de l'Union soviétique. Il n'est donc pas étonnant que, parmi les gouvernements postcommunistes, celui de la Russie ait fait le moins d'efforts pour assumer les crimes du communisme (y compris du stalinisme). Le FSB, héritier du KGB, a même renforcé son du contrôle sur le processus politique au cours des dernières années. En outre, en vertu du Décret instituant la "Commission de lutte contre la falsification de l'histoire qui affecte les intérêts de la Russie", de mai 2009, l'Académie des Sciences de Russie a demandé aux directeurs des instituts d'histoire d'identifier les falsifications historiques et culturelles auxquelles touchant l'histoire nationale afin de les réfuter.

Les Baltes n'ont pas accès aux archives du KGB

Par son appel à l'ouverture des archives, la résolution de l'OSCE s'adresse tout particulièrement à la Russie, où les archives sont encore sous clé. Une situation qui affecte non seulement les historiens russes, mais aussi ceux des anciennes républiques soviétiques. Avant de se retirer à Moscou, en 1991, le personnel du KGB a emmené avec lui les documents les plus importants, récoltés dans les républiques soviétiques, refusant ainsi à ces pays le droit de comprendre leur propre passé. Depuis son indépendance, l'Estonie postcommuniste ne dispose que des fiches de catalogue, et non pas des fichiers secrets auxquels elles se réfèrent. Et comme les fiches ne dévoilent pas le rôle des personnes mentionnées dans leurs rapports avec la police secrète, de nombreux responsables politiques ont clamé leur innocence, affirmant avoir été victimes, alors qu'ils étaient des informateurs. En Lituanie, les archives de Vilnius ont été quasiment vidées presque en totalité, mais pas celles de la campagne, où les importantes collections laissées par le KGB ont permis de reconstruire la vérité historique. Mais tous les pays baltes bénéficieraient d'une lecture plus juste de l'histoire si les archives soviétiques de Moscou leur étaient accessibles.

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