Crise migratoire : L’Europe et le goulag libyen

Des migrants détenus dans le camp de rétention libyen de Triq Aliska. Octobre 2017.
Des migrants détenus dans le camp de rétention libyen de Triq Aliska. Octobre 2017.
24 novembre 2017 – France Inter (Paris)

Les conditions de vie des migrants retenus en Libye sur la base des accords passés avec l’UE sont inhumaines et indignes des valeurs que l’Europe devrait défendre.

C’est un cri d’indignation. C’est un cri d’horreur poussé le 14 novembre par le haut-commissaire de l’Onu aux droits de l’homme, le jordanien Zeid Ra’ad Al Hussein, après que ses services se furent rendus dans les camps libyens où sont détenus les candidats malheureux à l’immigration en Europe mais quelques mots, d’abord, sur l’apparition de ces camps.

Ils ne se sont que récemment développés, lorsque les pays de l’Union européenne ont réussi à notablement freiner l’arrivée de réfugiés et émigrés économiques en Grèce en passant des accords avec la Turquie. Moyennant une contribution financière des pays européens à l’installation de ces migrants sur son territoire, la Turquie a accepté de contrôler et empêcher leur passage vers les îles grecques, c’est-à-dire vers l’Union européenne.

Il y a peu à redire à cet accord puisque ces migrants sont convenablement traités en Turquie et que le nombre de noyades en a été considérablement réduit mais le problème est que la route ayant été fermée entre la Turquie et la Grèce, les passeurs ont proposé aux migrants dont l’horizon reste l’Europe de les faire à nouveau transiter par la Libye, moyennant finances bien sûr.

La route libyenne est devenue une autoroute. Les arrivées en Italie sont reparties à la hausse et, bientôt suivies par l’Union européenne agissant au nom de ses Etats membres, les autorités italiennes ont alors imaginé de se tourner vers les garde-côtes libyens pour les charger d’empêcher les migrants de voguer vers l’Europe.

Elles étaient fondées à le faire puisqu’elles évitaient ainsi des noyades en nombre et fermaient les frontières de l’Union à des migrants économiques qui n’ont pas droit à l’asile mais le problème est que les réfugiés politiques n’ont en conséquence plus les moyens de demander cet asile auquel ils ont en revanche droit et que tous ces malheureux se sont retrouvés à la merci de garde-côtes qui empochent de l’argent européen pour se conduire en purs criminels.

Les camps qu’ils ont créés pour parquer ces migrants que les passeurs leur livrent sont des dépotoirs dont tout soin médical est absent, où l’on meure de faim et où les geôliers violent les femmes et tabassent tout le monde à tout va. “La politique de l’Union européenne consistant à aider les garde-côtes libyens à intercepter les migrants est inhumaine”, déclarait le haut-commissaire de l’Onu.

La souffrance de ces détenus est un outrage à la conscience de l’humanité”, a-t-il ajouté en parlant de “milliers d’hommes, de femmes et d’enfants émaciés et traumatisés, empilés les uns sur les autres et dépouillés de toute dignité”. Alors, non, il n’y a pas de solution facile à cette vague migratoire mais ce qui se passe en Libye, grâce à de l’argent européen, grâce si l'on ose dire, est inacceptable et totalement odieux.

Ecouter la chronique de Bernard Guetta :

Le reportage de CNN sur les migrants vendus aux enchères comme esclaves par des passeurs dans un "marché" près de Tripoli :

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