Election présidentielle en France :

Le marché unique européen responsable de tous les maux

VoxEurop
19 avril 2017

Trois des candidats à la magistrature suprême font de la sortie de l’Europe leur principal cheval de bataille. Les autres ne sont pas en reste et fustigent le carcan imposé par les traités européens et les bureaucrates de Bruxelles. Les politiques français feignent d’avoir oublié les avantages de l’intégration.

Moment mémorable du seul débat télévisé à onze de cette campagne électorale : discussion autour de la directive sur les travailleurs détachés. La plupart des prétendants – de l’extrême gauche (Jean-Luc Mélenchon) à l’extrême droite (Marine Le Pen) – se sont mis à tirer à boulets rouges sur ce texte honni. Même le candidat de la droite modérée, François Fillon, censé être libre échangiste et libéral, a inscrit l’objectif de “réviser de fond en comble [cette] directive” dans son programme.

Autre point soulevé lors de cette bataille électorale : la délocalisation de Whirlpool en Pologne. Loin d’être le seul à la critiquer avec virulence, le candidat du Parti socialiste, Benoît Hamon, a déclaré que l’entreprise devait “rembourser immédiatement et intégralement toutes les aides publiques indûment perçues” dans le cadre du CICE (crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi). Une formule qui sonne bien mais qui reste impossible à réaliser car l’objectif affiché consistant à créer des emplois n’était en rien contraignant pour les entreprises et relevait plus de la wish list utopique du gouvernement.

Or, c’est l’idée même de marché unique européen qui est remise en cause à travers ces tirades marquant l’opposition à la libre circulation des travailleurs et des capitaux. Rappelons que c’est Jacques Delors, un socialiste français, loin d’être le plus fervent partisan d’un capitalisme débridé à tout va, qui a donné l’impulsion à ce marché unique à travers l’Acte unique européen. Il a tout simplement constaté que l’établissement d’un véritable marché intérieur bénéficierait à l’ensemble des nations européennes. D’ailleurs, il ne s’est pas trompé car le marché unique a permis de créer presque 3 millions d’emplois et augmenté le PIB de l’Union de plus de 2 points entre 1992 et 2008. Il a posé les fondations des “quatre libertés” qui ne sont cependant pas encore entièrement garanties et ne le seront peut-être jamais. La création d’un marché unique est plus un processus continu qu’une étape achevée à un moment T. La directive sur les travailleurs détachés y contribue.

Ce texte est certainement imparfait car il n’est pas accompagné d’une harmonisation des cotisations sociales. Mais l’opposition véhémente et peu constructive des candidats à l’élection présidentielle à son encontre révèle une méfiance plus générale à l’égard de tout ce qui vient du Bruxelles, en particulier en matière d’économie. Or, il convient de constater que c’est grâce à l’UE que :

  • Les exportations françaises vers l’UE s’élèvent à 271 milliards d’euros

  • De nombreux citoyens français – 650 000, selon le registre des Français établis à l’étranger qui ne reflète qu’une partie de la réalité – habitent dans un autre Etat membre de l’UE en bénéficiant du droit au travail et des droits sociaux au même titre que les ressortissants nationaux

  • Les consommateurs français peuvent acheter des marchandises en provenance de toute l’Europe, sans payer de droits de douanes et en ayant la garantie qu’elles respectent les normes qui s’appliquent dans l’Hexagone.

La liste des avantages de l’intégration est bien plus longue encore. Les entreprises françaises ont investi massivement en Europe centrale et orientale après l’élargissement de 2004, ce qui a redynamisé leur activité et participé au développement de l’économie française.

Mais s’il y a une particularité bien française, c’est celle de vouloir le beurre et l’argent du beurre. Toutes les dispositions européennes aujourd’hui dénoncées par les candidats participent à un tout qui dans son ensemble profite largement aux Français. Si chaque gouvernement national commençait à mettre des bâtons dans les roues du projet européen en opposant son veto aux textes qui nécessitent des sacrifices pour certaines catégories de sa population, l’Union n’irait pas bien loin. La solidarité européenne suppose que l’on fasse des concessions dans certains domaines pour en obtenir sur d’autres dossiers.

Les médias nous parlent d’un “match à quatre” candidats à cinq jours du premier tour du scrutin, tellement les écarts entre les candidats sont étriqués. Parmi eux, Marine le Pen qui prône tout bonnement la sortie de l’UE, et Jean-Luc Mélenchon qui veut imposer sa vision du Vieux Continent aux 26 autres partenaires européens. Si cette condition n’est pas satisfaite, il sortira la France de l’Union. On est bien loin de la culture des consensus européens.

Faut-il donc craindre un “Frexit”, une sortie de la France de l’UE ? Cette possibilité ne peut certainement pas être exclue. Mais les Français sont une nation capable de prendre la mesure de ses décisions. Et elle ne voudrait certainement pas mettre un trait sur toutes les avancées permises par l’Europe – celles du marché unique, mais aussi l’euro, Erasmus, les programmes européens de recherche et la garantie de vivre sur un continent en paix.