Election présidentielle en France : Les droites européennes parient sur Emmanuel Macron

19 avril 2017
EUobserver.com Bruxelles

Avant un meeting d'Emmanuel Macron à Besançon, le 11 avril.
Avant un meeting d'Emmanuel Macron à Besançon, le 11 avril.

Alors que le candidat de la droite François Fillon semble virtuellement hors jeu suite aux accusations sur les emplois présumés fictifs de son épouse et de ses enfants, les dirigeants du PPE reportent leur soutien sur le candidat indépendant et ancien ministre de l'Economie Emmanuel Macron.

Il n'y a pas si longtemps, François Fillon était considéré comme le vainqueur le plus probable de l'élection présidentielle française début mai. Mais depuis sa mise en examen pour abus de bien sociaux pour de présumés emplois fictifs de sa femme et ses enfants, même ses alliés européens semblent avoir perdu espoir, et la peur de voir la candidate d'extrême droite Marine Le Pen prendre le pouvoir augmente.

"Les gens sont inquiets, ils se demandent ce qui se passe en France", confiait Joseph Daul, le président du Parti Populaire Européen (PPE) en marge du congrès du PPE à Malte fin mars. "Et cela va plus loin que cela. Il y a déjà des commissions au plus haut niveau qui travaillent sur l’hypothèse d’un défaut de la France, si demain Marine Le Pen était élue et décidait de quitter l’euro et l’Europe." Daul n'a pas voulu préciser si ces groupes de travail étaient basés dans des capitales européennes ou dans les institutions de l'UE.

Certains responsables européens à Bruxelles ont mis en garde contre les conséquences pour la France et l'UE d'une élection de Marine Le Pen. Mais jusqu'à présent ils ont assuré qu'ils se refusaient à envisager un scénario Le Pen. La leader du Front National (FN) veut "en finir avec l'UE" et a promis d'organiser un référendum sur la sortie de la France de l'UE. Une source européenne haut placée reconnaissait récemment qu'une victoire de Le Pen "constitue un risque depuis un certain temps", en partie à cause de l' "implosion" des deux principaux partis, le Parti Socialiste (PS) du président sortant François Hollande et les Républicains de François Fillon.

Les sondages les plus récents créditent le candidat du PS Benoît Hamon de moins de 10 % des intentions de vote, et François Fillon de 20 %. Les deux candidats sont loin derrière Marine Le Pen (avec 22,5 %) et le candidat indépendant Emmanuel Macron (avec 23,5 %). La plupart des sondages annoncent Le Pen en première position à l'issue du premier tour le 23 avril. Et tandis que Macron est en tête les sondages pour le second tour, le 7 mai, le nombre élevé d'électeurs indécis et les incertitudes quant à la participation rendent les enquêtes d'opinion peu fiables.

"Rien n'est prévisible", notait un autre haut responsable du PPE à Malte, ajoutant que certains électeurs de Fillon voter pour Le Pen au second tour si leur candidat ne se qualifiait pas. Fillon, qui est en campagne, n'était pas présent au congrès du PPE et s'est adressé aux délégués par un très court message vidéo. "Je pense que cela aurait pu lui faire du bien d’être présent à Malte au côté des chefs d’Etat et de gouvernement, parce qu’il aurait eu le soutien du PPE", confiait Daul. Le PPE compte parmi ses membres les chefs des trois institutions européennes, ainsi que sept chefs d'États et de gouvernements de l'UE.

En privé, cependant, les délégués au congrès laissaient entendre que Fillon avait perdu tout chance, certains disant même dit qu'il aurait dû se retirer de la course. "Le mal est fait", jugeait un responsable du parti, se référant à l'impact sur les électeurs de la mise en examen contre le candidat conservateur. Interrogé sur la question de savoir si Fillon était toujours un bon candidat pour son parti, il n'a pas répondu, se contentant d'un geste indiquant qu'il n’y croyait plus.

"Nous ne voyons pas comment François Fillon peut gagner et certains en viennent même à espérer qu'il ne gagne pas", notait Alain Lamassoure, qui, jusqu'en octobre dernier, était le chef de la délégation française du PPE au Parlement européen. Les positions de Fillon plutôt favorable à la Russie et ses attaques contre la justice française ont choqué certains élus au sein du PPE.

Lors de son congrès, le parti a adopté une résolution contre la corruption et a annoncé qu'il adoptera prochainement un code de déontologie. Une source dans le parti confiait que, bien que la résolution visait initialement certains partis membres du PPE en dehors de l'UE, la résolution a été jugée plus urgente en raison du cas Fillon et que le code de déontologie était une réaction directe à ces affaires. En raison du risque de voir Marine Le Pen à la tête du deuxième pays le plus important de l'UE, de nombreux membres du PPE "espèrent que Macron va gagner", a reconnu Lamassoure en confessant publiquement ce que d'autres délégués avaient exprimé en privé.

Macron, un ancien ministre de l'Economie de Hollande, est acceptable pour le PPE car "il est européen, jeune, honnête et a un programme économique basé sur l'économie sociale de marché," explique Lamassoure. "L'intérêt des partenaires de la France est que la France soit vraiment gouvernée." Parmi les partenaires de la France, c'est l'Allemagne, où la chancelière Angela Merkel, l'une des leaders du PPE, "regarde ce qui se passe", a déclaré Daul. "Elle est inquiète car ce qui se passe en France n’est pas neutre pour le moteur franco-allemand."

Merkel, qui a reçu Fillon à Berlin en janvier, a également rencontré Macron, ainsi que Hamon fin mars. "Je pense que Fillon allait très bien à Merkel", notait le président du PPE, en utilisant le passé, suggérant que Merkel, elle aussi, s'accommoderait très bien d'avoir Macron à l'Elysée.

Traduction : EUobserver

Une erreur factuelle ou de traduction ? Signalez-la