Elections aux Pays-Bas : Le “Nexit” n’aura pas lieu, mais le pays est plus divisé que jamais

17 mars 2017 – VoxEurop

Le barrage contre Geert Wilders a tenu, mais les idées du leader populiste et xénophobe peroxydé se retrouvent dans les discours des vainqueurs, à commencer par les libéraux du Premier ministre sortant Mark Rutte. Ce dernier risque d’avoir des difficultés à monter une coalition de gouvernement.

Ce jeudi matin, les grands médias néerlandais et internationaux ont salué le résultat des élections législatives aux Pays-Bas. Après le Brexit et Donald Trump, il s’agirait enfin d’une victoire ‘contre le populisme’. Le raz-de-marée annoncé pour Geert Wilders n’a pas eu lieu. La mayonnaise anti-européenne du candidat national-populiste n’a pas prise. Le leader du PVV a surtout payé son absence dans les débats publics. Il n'a pas fait beaucoup de déplacements ni organisé de meetings, préférant réserver sa parole aux réseaux sociaux. Une stratégie qui a échoué.

Pourtant, en y regardant de plus près, on s’aperçoit que la situation est beaucoup plus mitigée. Après presque 7 ans en tant que Premier ministre, Mark Rutte a su se maintenir avec 33 sièges (sur 150). Malgré ce bon score, Rutte a été lourdement sanctionné par les électeurs bataves. Son gouvernement perd presque 50% des voix !

C'est une défaite, mais comme son parti le VVD reste le plus grand, le Premier ministre sortant la transforme en victoire. Le mauvais score de son gouvernement sortant peut surprendre. Le pays va assez bien, même extrêmement bien lorsqu’on le compare à la France. Il y a très peu de chômage (5%), la durée de travail hebdomadaire y est la plus courte du monde (29 heures), la richesse est assez bien répartie, des prisons sont fermées faute de criminels, et les Néerlandais sont parmi les peuples les plus heureux au monde.

“Nous avons arrêté la mauvaise sorte de populisme” réagissait Rutte cette nuit, sous-entendant que sa politique serait une forme acceptable du populisme. Et il n’a pas tort. Pendant la campagne, le VVD et le CDA (chrétiens-démocrates) ont intégré tellement d’éléments de langage du leader peroxydé, qu’ils seront maintenant devenus des partis populistes 'light'. Et puis il y a l'entrée du FvD, une version intellectuelle, mais encore plus virulente du PVV, mené par l’historien et polémiste Thierry Baudet, qui obtient 2 sièges.

Le plus marquant dans ce scrutin est sans doute l’excellent score des deux partis très pro-européens, les Verts et le D66 (social-libéral). Surtout le leader des Verts, le charismatique Jesse Klaver (30 ans), surnommé le “Jessias”, en référence au Messie, a conduit une campagne sans faute. Avec 14 sièges, il a réussi à presque quadrupler le score de son parti, le meilleur de son histoire.

Le D66 (19 sièges), avec un discours optimiste, tourné vers l’étranger, enregistre sa neuvième victoire consécutive et est quasiment sûr d’accéder au pouvoir. Ce sont surtout les grandes agglomérations qui ont voté pour ces deux partis. On pourrait en déduire que contrairement aux idées reçues, les Néerlandais ne sont pas près de quitter l’Union européenne. Le “Nexit”, la sortie des Pays-Bas prônée par Wilders, n’aura donc pas lieu.

Comme c’est l’habitude dans ce pays où les coalitions sont la norme, le paysage politique est extrêmement morcelé. Parmi les treize partis qui siègeront à la nouvelle Assemblée, Mark Rutte devra trouver ses partenaires. Aujourd’hui, le Premier ministre posera la première pierre de son prochain gouvernement, c’est la période de la ‘reconnaissance’. Suit ensuite la période de l’information et enfin celle de sa formation. Rutte craint que les négociations soient très complexes et “qu’elles durent beaucoup plus longtemps que la dernière fois”.

En 2012, Rutte avait eu besoin de presque deux mois pour former son gouvernement avec les sociaux-démocrates. A l’époque, ces deux partis disposaient d’une majorité claire à eux deux. Aujourd’hui, la situation est différente. Rutte devra composer avec au moins deux partis : le CDA et le D66 qui tous les deux ont obtenu 19 sièges. Mais cela ne suffit pas pour constituer une majorité. Il manquera encore au moins 5 députés.

Le PVV étant catégoriquement exclu, il reste plusieurs options : les Verts avec 14 sièges, ou moins probable, mais pas exclu, les Chrétiens orthodoxes ou le Parti pour les animaux. Après l’annihilation du PvdA (les sociaux-démocrates), tous les partis savent qu’il est très risqué de former un gouvernement avec Rutte. Au lendemain de l’élection, une alliance Verts-Libéraux paraît le plus probable. Cependant, le populisme est loin d’être vaincu, et le plat pays semble plus divisé que jamais.

Cet article est publié en partenariat avec Internazionale.

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