Législatives aux Pays-Bas : “Le printemps patriotique annoncé par Geert Wilders est un mirage”

16 mars 2017
VoxEurop
NRC Handelsblad, De Volkskrant, Trouw & 2 autres

Le Parti libéral (VVD) du Premier ministre sortant Mark Rutte a remporté les élections du 15 mars. La déferlante du parti islamophobe et populiste de Geert Wilders, annoncée pendant des mois et qui faisait craindre un nouveau coup dur pour l’Europe, n’a pas eu lieu.

Alors que les résultats sont quasiment définitifs, les principaux journaux néerlandais accueillent avec soulagement un “retour à la normale” et à la “modération” qui caractérise les Pays-Bas.

Les Néerlandais se sont réveillés dans un pays normal. Il n’y a pas eu de révolte populiste ou d’incroyables surprises électorales. Et, heureusement, la participation a été élevée.” Une tendance émerge du vote, note NRC Handelsblad :

NRC Handelsblad, Amsterdam

le centre politique a remporté les élections. Les extrémistes populistes qui devaient triompher n’ont pas pris racine dans le pays. Le printemps patriotique annoncé par le chef du PVV Geert Wilders est un mirage. Les Pays-bas restent ce qu’ils sont de manière stable depuis des décennies : un pays varié et modéré. […] Un autre résultat du vote, c’est que gouverner ne paie pas. Les Pays-Bas sont un des pays qui s’en sortent le mieux au sein de l’UE. Pourtant, les électeurs ont sévèrement puni la coalition.

Pour le Premier ministre Mark Rutte, les élections du 15 mars étaient “les quarts de finale du match contre les démagogues. La demi-finale se joue en France et la finale à Berlin”, écrit Bart Wagendorp. Selon l’éditorialiste de De Volkskrant,

De Volkskrant, Amsterdam

après le Brexit et la victoire de Trump, les Pays-Bas devaient être le troisième domino à tomber. Ça ne s’est pas passé comme ça, notamment parce que le VVD de Rutte et le CDA [chrétiens-démocrates] se sont en partie appropriés les idées de Geert Wilders. L’influence de l’oracle de Venlo est plus importante que ce que sa déception laissait entendre hier soir. Au-delà de la défaite du populisme, nous avons assisté à celle de la social-démocratie. Pour la première fois, les travaillistes sont descendus sous la barre des dix sièges.

La première conclusion que l’on doit tirer du vote, c’est que gouverner ne procure pas d'avantages. Pour le Premier ministre Mark Rutte, le fait que son parti reste largement le premier du pays au sein d’un paysage bouleversé n’est qu’une maigre consolation”, récite l’éditorial de Trouw, qui ajoute que

Trouw, Amsterdam

la deuxième conclusion, c’est que les Pays-Bas confirment qu’ils sont un pays où les modérés sont la majorité et ils tiennent bon. Notre société n’aime pas les extrêmes. Le PVV hostile au système progresse un peu, mais nettement moins par rapport à ce que laissaient présager les sondages.

Ces dernières années, on a beaucoup parlé de la fracture croissante entre les citoyens et les politiques, et la colère des gens vis-à-vis des intrigues politiques au sein du Binnenhof”, le siège du gouvernement néerlandais. Pourtant, écrit le Telegraaf,

De Telegraaf, Amsterdam

l’importante participation d’hier a démontré que les citoyens hollandais sont encore très impliqués dans la vie publique. Les citoyens ne se contentent pas facilement, mais ils ne renoncent pas en masse non plus. Il n’y a pas eu d’indifférence croissante comme aux Etats-Unis, où Donald Trump a été élu avec moins de voix que le candidat battu à la présidentielle précédente. L’enthousiasme pour les élections est encore élevé dans notre pays. […] Les citoyens ont fait preuve de confiance. Il est essentiel que les politiques ne la trahissent pas.

Lorsque les premiers sondages sortie des urnes sont tombés, j’ai éprouvé un sentiment d’orgueil et de soulagement”, écrit Özcan Akyol dans Algemeen Dagblad :

Algemeen Dagblad, Rotterdam

le monde entier nous regardait ; tout le monde voulait savoir si les populistes allaient prendre le pouvoir, avec toutes les conséquences que cela aurait comporté. […] Les Pays-Bas sont moins hystériques que ce que nous pensions. Dans les faits, notre pays tend vers le centre. Il s’agit de toute manière d’un signal : même si les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont alimenté nos craintes, aux Pays-Bas vivent des gens plutôt civilisés, qui ne se laissent pas séduire par la rhétorique creuse des populistes. Cela me soulage et me rend fier. La conclusion devrait être que les gens normaux veulent le meilleur pour ce pays, et cela ne passe pas par les cris – et cela, nous l’avons trop longtemps ignoré.

Cet article est publié en partenariat avec Internazionale.