Premier tour de la présidentielle en France : “L’impensable s’est imposé”

24 avril 2017
VoxEurop
Le Figaro, Libération, La Croix & 3 autres

Au lendemain du premier tour de l’élection présidentielle, qui a vu le candidat indépendant de centre-gauche Emmanuel Macron et celle d’extrême droite europhobe Marine Le Pen se qualifier pour le second tour, les journaux français s’accordent pour dire qu’une nouvelle ère politique s’ouvre.

Une ère qui, si la tendance du premier tour se confirme, clôt celle du bipartisme gaullistes-socialistes et où les partis traditionnels risquent d’être les acteurs de second plan, face à des mouvements plus dynamiques et mieux à même des répondre aux inquiétudes des Français.

Pour Alexis Brézet, avec la défaite du candidat de la droite François Fillon, “L'imperdable a été perdu. L'impensable s'est imposé. L'impossible est advenu”. Le directeur du Figaro écrit que

Le Figaro, Paris

la droite, qui pendant cinq ans aura étrillé les socialistes dans tous les scrutins, la droite, dont les idées et les valeurs n'ont jamais été aussi majoritaires dans les profondeurs du pays, cette droite à qui la victoire ne pouvait pas échapper a été, hier, sèchement éliminée. Alors que le désir d'alternance, après un quinquennat unanimement jugé calamiteux, n'a jamais été aussi puissant, elle ne sera pas, pour la première fois de son histoire, représentée au second tour de l'élection présidentielle.

“*Victoire de Macron, succès relatif de Le Pen, chute de Fillon, percée de Mélenchon : quel pays ! *”, s’exclame Laurent Joffrin. Pour le directeur du quotidien de la gauche,

Libération, Paris

la France, divisée depuis deux siècles entre droite et gauche, choisit un centriste néophyte auteur d’une ébouriffante cavalcade et une candidate d’extrême droite au score inférieur à ses attentes, laissant droite et gauche sur le bord de la route. La France, désabusée à l’égard de sa classe politique, devait voter en traînant les pieds : c’est un sursaut civique qui se produit. […] La France, enfin, rejetait sans appel le quinquennat Hollande : elle place en tête un conseiller puis ministre dudit Hollande, pour une variante un peu plus libérale de la politique jusque-là vouée aux gémonies. […] Le second tour opposera donc le social-libéralisme au nationalisme, l’ouverture à la fermeture, l’Europe unie à la France seule. En principe, grâce aux républicains de tous les partis, le jeune premier du scrutin l’emporte sur la vilaine marâtre. Mais le FN réalise le score le plus fort de son histoire à une présidentielle. Et si le combat se change en une confrontation peuple-élites, qui peut augurer à coup sûr du résultat ? Dans un décor neuf, tout est possible.

Le résultat du premier tour de la présidentielle “constitue un séisme dont les répliques seront durables”, note François Ernenwein. Pour le directeur du quotidien catholique,

La Croix, Paris

une recomposition politique assez radicale a débuté. […] Le second tour opposera deux visions de l’avenir et deux projets distincts. Le programme de Marine Le Pen propose à la France une stratégie de repli et son corollaire de rejets massifs : rejet de l’Union européenne et de l’euro, rejet des étrangers présents sur notre sol… Un Frexit qui ne dit pas son nom. […] Face à elle, Emmanuel Macron incarne une forme de continuité si l’on s’en tient à ce qu’il a dévoilé de ses intentions. Son offre s’inscrit dans la poursuite de la politique sociale-libérale conduite par François Hollande, le maintien de l’ancrage de la France en Europe, un assouplissement et une modernisation de la gouvernance économique et politique.

Pour Etienne Lefèbvre, “que la fille de Jean-Marie Le Pen parvienne comme son père à se qualifier, avec un projet qui conduirait le pays à la ruine et à l'isolement, constitue un camouflet pour toutes les autres formations, dont un PS en miettes, et plus particulièrement pour la droite de gouvernement, écartée du second tour d'une élection jugée imperdable quatre mois plus tôt.” Le rédacteur en chef International des Echos estime que le vote

Les Echos, Paris

illustre la profondeur de la crise politique et sociale qui traverse le pays. […] Il ne faudra jamais banaliser la présence de l'extrême droite au second tour. […] En dépit d'un contexte de menace terroriste favorable au vote extrémiste, elle termine derrière Emmanuel Macron, candidat novice, appuyé par une formation politique lancée il y a à peine plus d'un an, et qui devrait aborder le second tour en grand favori. […] Le score du second tour et l'ampleur de la participation seront des éléments déterminants pour démontrer que l'extrême droite n'est pas et ne peut pas être une option de gouvernement, et pour donner au prochain locataire de l'Elysée l'élan nécessaire afin de réformer le pays en profondeur. Ce n'est pas gagné.

C’est une toute nouvelle page de l’histoire de la Ve République que les électeurs français ont ouverte, ce dimanche 23 avril, en éliminant de la présidentielle tous les représentants des partis politiques qui, à un titre ou à un autre, avaient gouverné dans les décennies passées”, estime Nicolas Beytout. Le directeur du quotidien conservateur ajoute :

L’Opinion, Paris

Fruit d’une colère et d’un invraisemblable scénario de campagne, ce premier tour de l’élection présidentielle débouche en tout cas sur une période de grande inconnue. Pas tant pour le second tour — le plafond de verre devrait une fois de plus empêcher Marine Le Pen de conquérir une majorité — mais sur la suite du scénario. […] Ce qu’Emmanuel Macron a déjà réussi est exceptionnel. Dans ce système français où les hommes politiques ne naissent ni ne meurent jamais du premier coup, son ascension et l’engouement qu’il aura suscité sont assurément historiques. Mais en chamboulant l’ordre établi, la perspective de l’arrivée du leader d’En Marche ! à l’Elysée annonce une autre période d’incertitude jusqu’aux législatives. Et peut-être au-delà.

Une à une les planètes semblent s’aligner”, observe Stéphane Albouy, à propos de la conjonction astrale favorable à Emmanuel Macron :

Aujourd'hui en France - Le Parisien, Paris

Un président sortant contraint de renoncer à se représenter. Des concurrents qui se neutralisent et des adversaires qui trébuchent à tour de rôle. Depuis des mois, les obstacles qui se dressaient sur la longue route vers l’Elysée disparaissent les uns après les autres devant Emmanuel Macron. Le candidat qui, il faut le rappeler, ne s’était jamais présenté à aucune élection jusqu’à présent ne doit son succès qu’aux échecs de ses opposants. Il répond ainsi aussi à l’attente de renouveau exprimée par les Français qui a abouti à ce grand chambardement. […] Même si les principaux candidats, à l’exception notable de Jean-Luc Mélenchon, ont appelé à faire barrage à Marine Le Pen, la marche du FN n’est pas stoppée, loin s’en faut.

Cet article est publié en partenariat avec Internazionale.