UE-Chine :

Pékin, ce partenaire indispensable

VoxEurop
26 mai 2017

Les relations entre la Chine et la communauté européenne ont été officialisé en 1975, permettant de nouveaux liens, souvent économiques, entre les deux aires géographiques : à l’époque l’Europe de l’ouest et, donc, la Chine. Ces relations se situent particulièrement dans le domaine économique mais cachent l’exercice de rapports de force qui changent au cours des années. Les relations avec la Chine sont une chance pour l’UE de renforcer son poids géopolitique, et de faire de la première puissance commerciale du monde un allié précieux.

La Chine est une puissance économique majeure. En 2013 elle est devenue la plus grande puissance économique mondiale, même si les chiffres qu’elles donnent (quant à la croissance de son PIB notamment) sont parfois remis en cause. Les relations entre la Chine et la communauté européenne sont donc particulièrement fortes sur le plan commercial, puisque la Chine est le deuxième partenaire économique de l’Union Européenne.

Des relations commerciales perturbées

Le développement de la Chine a rendu ces deux aires géographiques très interdépendantes, n’échappant donc pas aux conséquences de la mondialisation. Ces liens toujours plus forts ont permis le développement respectif des deux entités. L’Union Européenne a apporté, par le biais de ses entreprises, les investissements nécessaires au développement économique de la Chine. En échange, l’ouverture (très lente et progressive) du marché intérieur Chinois aux entreprises étrangères leur a offert des perspectives de croissance indéniable (comme pour Peugeot par exemple, même si un partenariat avec une entreprise nationale est obligatoire) et ont permis d’importer certains produits à moindre coût.

Néanmoins la crise économique et financière a changé les rapports de force économique entre les deux aires géographiques : la Chine, elle aussi impactée, a pu se redresser et a conservé sa puissance économique. La situation des Etats-membres de l’Union Européenne s’est largement détériorée. La situation politique de ces pays a poussé l’Union Européenne a redoublé d’effort face au dumping que la Chine a pu pratiquer. Certains droits de douane ont été augmentés, et d’autres domaines, comme celui des panneaux solaires, ont fait l’objet d’intenses tractations devant l’Organisme de Règlement des Différends de l’OMC.

Une autre tension s’est créée autour du statut d’économie de marché. Ce statut est automatique pour tout pays ayant adhéré à l’OMC depuis au moins 15 ans, ce qui fut le cas pour la Chine en décembre 2016. Ce statut a causé de grandes tensions au sein de l’Union Européenne. La plupart des pays membres y étaient opposés, et le parlement européen a voté une résolution pour inciter la commission à ne pas accorder ce statut à la Chine (546 voix pour). Néanmoins, la commission n’avait pas le pouvoir de l’empêcher. En effet, le statut d’économie de marché rend plus difficiles pour l’UE de prendre des mesures de rétorsions vis-à-vis de la Chine (elles sont plus difficiles à justifier, le pays plaignant devant prouver des distorsions de marché du fait de l’importation de produit chinois dans ce cas précis).

Pour remédier à ce problème, la commission a d’une part renforcé les mesures anti-dumping, qui s’appliquent à tous les pays, mais qui concernent particulièrement la Chine car la majorité des enquêtes pour la violation des règles commerciales européennes impliquent une entreprise chinoise. Proposée en 2013, ces nouvelles mesures consistent à abandonner la règle du « droit moindre » dans certaines circonstances. Cette règle, impose que droit de douane soit proportionnel au dommage subi, ce qui limite la capacité de réponse de l’Union Européenne face au dumping chinois. Elle est aujourd’hui sur la table du conseil de l’Europe.

On peut donc être heureux que l’Union européenne ait pu contourner les problèmes causés par ce statut. C’est une preuve d’un changement au sein des institutions européennes : tout en ne froissant pas les institutions internationales, l’UE a mis fin à sa naïveté face à la mondialisation.

D’autre part, l’Union européenne a aussi proposé en novembre 2016 à l’OMC que les mesures anti-dumping soient calculées autrement, en prenant notamment en compte les politiques publiques et l’influence de l’Etat (concentration d’entreprises publiques), et non seulement le prix sur le marché intérieur.

Les stratégies géopolitique et commerciale chinoises font d’elle un partenaire précieux

La situation économique des pays européens pousse l’Union européenne a réagir très prudemment face aux distorsions de concurrence que peut engendrer les échanges commerciaux avec la Chine, ce qu’elle a fait en ne remettant pas en cause le nouveau statut de la Chine à l’OMC, qualifié de « non-évènement » par certains fonctionnaires européens.

En effet, l’Union européenne est en panne d’investissement, et la Chine peut remédier, en partie, à ce problème macroéconomique qui handicape grandement la zone euro notamment. Les investissements chinois sont passés de 6 milliards en 2010 à 27 milliards en 2014 au sein de l’Union européenne, notamment par des rachats emblématiques (aéroport de Toulouse ou une partie du port du Pirée à Athènes).

La Chine reste donc un atout précieux pour l’Union européenne dans la mondialisation, particulièrement du fait de la position chinoise aujourd’hui qui s’explique par les deux stratégies qu’elle mène. D’une part, Pékin a engagé une nouvelle politique concernant sa situation nationale : « la nouvelle donne » ou « new normal ». Le but est « d’accepter » la plus lente croissance du pays, en se tournant toujours plus vers son marché intérieur et s’ouvrant plus aux investissements étrangers. Cela devrait faciliter les relations avec l’Union européenne et ses Etats-membres et donc approfondir leurs relations sur le plan économique mais aussi politique.

La deuxième stratégie de la Chine repose sur l’idée d’internationalisation ou « going global ». Cette stratégie n’est pas nouvelle, on peut la faire remonter aux années 1990, années précédant l’entrée à l’OMC en 2001. Mais auparavant, elle était tournée vers la préparation de la Chine à la concurrence. Aujourd’hui, elle a pour objectif d’accompagner les entreprises chinoises à l’étranger. Cette stratégie repose sur l’investissement dans les infrastructures de transport internationales (l’ouverture récente de la nouvelle « route de la soie » en est un exemple) mais aussi une plus grande ouverture économique : seules la Norvège et la Suisse ont signé un accord de libre-échange avec la Chine en Europe.

L’Union européenne, pour avoir un poids commercial et diplomatique significatif, doit donc obtenir un accord avec la Chine, sans être naïve, pour faire de la Chine le nouveau partenaire privilégié de l’Union. Cela lui permettra d’avoir une voix au chapitre international, et de faire avancer ses idées, comme les droits de l’homme.

Les difficultés à entretenir une relation unique avec la Chine

Pour faire de la Chine un partenaire, et donc bénéficier de tous les avantages politique et économique qui en découlent, l’Union européenne négocie un Traité Bilatéral d’Investissement avec cette dernière. Les deux partis n’en sont qu’au 13ème cycle de négociation. Pourquoi ce traité ? L’Union européenne souhaite avoir une relation homogène avec la Chine, ce que cette dernière ne souhaite pas vraiment. Elle privilégie en effet les relations bilatérales avec les Etats-membres, particulièrement sur le plan diplomatique, et ce pour deux raisons, qui illustrent la faiblesse de l’Union européenne au niveau géopolitique.

La première est la plus simple : l’Union européenne a un faible poids diplomatique, du fait des discordances internes, mais aussi de son manque de moyens. Sa seule influence découle des dons au développement qu’elle distribue (l’UE est la première donatrice au monde), mais dont ne bénéficie pas ou peu la Chine.

La seconde tient plutôt à une stratégie précise de la Chine : face au désordre diplomatique européen, un dialogue avec l’Union européenne est considéré comme secondaire. Incapable d’avoir une position commune sur les « dossiers brûlants » (comme pour le Kosovo, ou encore plus récemment la Syrie), l’Union européenne ne peut être un allié fiable pour la Chine, en dépit de sa stratégie « multipolaire ». Ainsi, la première visite d’un président chinois aux institutions européennes date de 2014 (seulement !!).

L’Union européenne doit faire valoir ses atouts

Pour devenir un acteur incontournable face à la Chine, et pour avoir un poids géopolitique fort, l’Union européenne doit faire valoir ses atouts. Le premier est bien évidemment économique, face au ralentissement de la croissance chinoise, les entreprises européennes vont jouer un rôle majeur dans les prochaines années pour soutenir le développement de la Chine (surtout si elle s’appuie sur son marché intérieur). Cela peut devenir un levier efficace pour Frederica Mogherini, la représentante de la diplomatie européenne.

Comme la Chine fait du « soft power » l’une de ses armes pour établir son influence, l’Union européenne devrait faire de même, sur la base des valeurs qu’elle porte (droits de l’homme, liberté ….) mais aussi du modèle de société qu’elle incarne, celui d’un modèle social protecteur et la protection de l’environnement. Ainsi depuis 2003, les relations UE-Chine ont pris un nouvel élan avec le lancement d’un Partenariat global qui « s’étend désormais aux questions de politique étrangère, de sécurité, autant qu’aux enjeux globaux comme le changement climatique ou la gouvernance économique internationale » selon la délégation française à la diplomatie européenne.

Si les relations entre la Chine et l’Union européenne montrent la faiblesse diplomatique de l’Europe, leur développement est souhaitable dans un monde multipolaire. Développer les relations avec la Chine permettrait aussi d’être un interlocuteur privilégié des tensions géopolitiques dans la région (tensions en mer de Chine, essais balistiques nord-coréen).

De plus, diversifier ses relations diplomatiques est nécessaire pour l’Union européenne : développer le commerce avec la Chine permettrait d’accéder plus largement à toute la région, et d’obtenir des ressources pus difficiles d’accès pour les Etats-membres, notamment énergétiques. En effet, la complexification des relations entre la Russie et l’Europe et le (prétendu) retrait américain montrent que l’Union européenne doit développer ses relations diplomatiques avec la Chine.

La Chine est donc un partenaire indispensable à l'Europe en dépit des tensions commerciales qui peuvent venir gangrener leurs relations. Face au retrait américain, face aux tensions russo-européennes, la Chine doit devenir un pilier fondamental de la diplomatie européenne.

Cartoon : Simon Lavenne