Allemagne, Autriche, Suisse : La tentation xénophobe des Liberaux

Sur un bus électoral du leader du Parti libéral autrichien, Hans-Christian Strache.
Sur un bus électoral du leader du Parti libéral autrichien, Hans-Christian Strache.
12 janvier 2018 – VoxEurop

En Autriche, le Parti de la liberté est passé de la force politique la plus pro-européenne à la plus eurosceptique. Tandis qu'en Allemagne, le Parti libéral démocrate, opposé à l'accueil des migrants, a fait voler en éclat les négociations de coalition.

Le 9 février 2014, 50,3% des électeurs helvètes qui se sont déplacés aux urnes se sont prononcés, dans un référendum, “contre l’immigration de masse”. Certes, les autorités ont par la suite édulcoré la décision sur les quotas d’étrangers, toutes les forces politiques à une exception près étant opposées à cette mesure. Mais cette “exception près” est l’Union démocratique du centre (UDC), arrivée en tête des élections législatives avec 29,4% des voix et 65 des 200 sièges en 2015, et sa montée en force pourrait présager une arrivée au pouvoir inéluctable dans un avenir plus ou moins proche.

Comment un parti centriste peut-il exiger d’imposer un contingent concernant le nombre de réfugiés – ce qui est contraire au droit d’asile ? Eh bien, ce mouvement était centriste à ses débuts, dans les années 1970. Mais rapidement, dès les années 1980, ses dirigeants ont donné un coup de barre à droite en insistant sur la nécessité de préserver l’indépendance de la Suisse. Le seul libéralisme dont peut encore se prévaloir l’UDC est le libéralisme économique.

Cette période coïncide avec celle où le Parti de la liberté d’Autriche (FPÖ) a également retourné sa veste. Il faut croire que le discours nationaliste avait le vent en poupe dans les pays germanophones. Alors qu’en 1980 l’aile européenne s’empare de la direction du FPÖ, en 1986 c’est le charismatique Jörg Haider, farouche opposant à l’intégration européenne, qui en prend le contrôle. Coup de théâtre dans le parti qui était le premier, dès les années 1950, à évoquer l’idée de rejoindre la Communauté économique européenne pour rompre l’isolement de l’Autriche, coincée entre les deux blocs de la Guerre froide.

Le Parti libéral démocrate (FDP) allemand serait-il le prochain à changer son fusil d’épaule ? Cette possibilité n’est pas à exclure. Dès la campagne électorale, la formation a affiché la nouvelle couleur: l’accueil des réfugiés n’est pas notre priorité. Pas question de reproduire les erreurs de 2012, lorsque le mouvement a payé les frais d’une trop grande confusion entre son programme et celui d’Angela Merkel avec lequel il était en coalition, ce qui l’a éjecté hors du parlement.

La nouvelle garde du FDP a refusé de conclure une coalition avec les Verts, estimant que leurs programmes étaient inconciliables sur des questions comme le réchauffement climatique et l’immigration. Sur ce dernier dossier, les libéraux démocrates se sont montrés particulièrement intraitables. De plus en plus de commentateurs estiment donc que le FDP ne se trouve plus à gauche mais à droite de la CDU sur l’échiquier politique allemand. De quoi craindre un rapprochement politique avec l’AfD, le parti d’extrême-droite.

Une influence grandissante

18 décembre 2017. Sebastian Kurz annonce la formation du nouveau gouvernement autrichien. Le jeune chancelier de 31 ans ne semble pas affecté outre mesure par le fait que tous les ministères régaliens – intérieur, défense, affaires étrangères – reviennent au FPÖ.

En effet, cela fait belle lurette que le discours de son ÖVP prétendument conservatrice s’est quasiment aligné sur celui de l’extrême droite sur les questions liées à l’immigration. Il n’a de cesse de marteler que l’Autriche n’a pas vocation à accueillir toute la misère du monde et de qualifier de folie la politique européenne en matière d’immigration: “La politique de quotas de réfugiés que l’UE voulait imposer il y a deux ans n’avait pas de sens. A l’heure actuelle, les limites entre le droit d’asile et les migrations économiques sont assez floues.” Le nouvel hôte du Budeskanzleramt de Vienne reprend à son compte la rhétorique de l’extrême droite européenne selon laquelle il convient d’aider les immigrés dans leur pays d’origine et non sur le Vieux Continent. Si cela n’est pas possible, ils devraient être accueillis dans des pays voisins stables et non de l’autre côté de la Méditerranée.

Le virage à droite du FDP risque d’avoir un effet similaire sur la scène politique allemande. Malgré tous ses avantages, le système démocratique a comme défaut de faire d’une campagne électorale une foire d’empoigne où l’avantage est donné au mieux-disant : les électeurs vomissent les personnalités tièdes et se tournent de plus en plus vers celles qui présentent des schémas simples. Angela Merkel, dont la position a déjà fléchi, sera donc certainement encore moins intransigeante sur la question de l’accueil des réfugiés. Et si elle est amenée à démissionner, son successeur à la tête du camp conservateur n’hésitera pas à faire porter aux immigrés le chapeau de tous les maux de l’Allemagne. Face aux positions dures de l’AfD et du FDP, la seule autre force politique de droite ne pourra garder son discours humaniste, au risque d’être taxée de gauchisme.

Mais des alternatives

Le positionnement très droitier des “libéraux” mentionnés ci-dessus ne signifie pas que ces pays sont totalement dépourvus de partis véritablement libéraux et centristes. En Suisse, des formations aux noms aussi évocateurs que les Vert’libéraux, les Libéraux Démocrates ou encore le Parti chrétien social s’étaient déclarés opposés au texte contre “l’immigration de masse”. Ils ne correspondent pas tous à la même sensibilité, loin s’en faut, mais ils ont en commun leur caractère humaniste et ils prônent l’ouverture sur le monde.

En Autriche, le NEOS (Nouvelle Autriche et Forum libéral) a fait son irruption au Parlement en 2013. On aurait pu croire à un engouement éphémère pour ce parti, mais il a amélioré son résultat lors du scrutin de 2017 en passant de la 6e à la 4e position.

Si la reconversion du FDP en mouvement moins ouvert sur les immigrés est actée et si elle se confirme au cours des années à venir, d’autres forces politiques verront sans doute le jour en Allemagne également. Mais il est encore trop tôt pour déterminer si c’est ce qui arrivera dans ce pays. Le président du FDP Christian Lindner n’est pas Jörg Haider – il ne jouit pas de son autorité au sein du parti et il n’a pas aligné ses idées relatives aux étrangers sur celles de l’ancien dirigeant du FPÖ. Il se pourrait donc que cette formation revienne dans le bercail des forces libérales traditionnelles.

En attendant, c’est paradoxalement la CDU qui joue le rôle de parti véritablement libéral – sur le plan économique, mais aussi sur les questions de société comme l’a montré l’accord tacite d’Angela Merkel pour le mariage homosexuel et la politique d’ouverture à l’égard des migrants.

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