Elections en Italie : Comprendre le populisme à l’italienne

25 février 2018 – VoxEurop

Donné favori par les sondages dans les élections législatives du 4 mars, le Mouvement 5 étoiles de Beppe Grillo constitue un ovni dans la galaxie des populismes européens, comme l'explique le politologue Jérémy Dousson dans un ouvrage paru tout récemment.

A quelques semaines des élections législatives du 4 mars en Italie, les yeux de l’Europe se braquent sur le pays. Si l’on en croit en effet les derniers sondages, ce membre fondateur de l’Union européenne pourrait se retrouver avec un Parlement largement acquis aux forces eurosceptiques et populistes. Celles-ci sont incarnées par Forza Italia, le parti de Silvio Berlusconi, revenu sur le devant de la scène à 82 ans, et par le Mouvement 5 étoiles.

Fondé il y a moins de dix ans par le comique Beppe Grillo et l’entrepreneur multimédia Gianroberto Casaleggio, ce parti qui a longtemps refusé d’être classé comme tel pour ne pas être assimilé aux représentants d’une politique dont il dénonçait la corruption, est ainsi aujourd’hui le premier en termes d’intentions de vote, avec près de 28 %, devant le Parti démocrate de l’actuel président du Conseil, Paolo Gentiloni (27 %). S’il devait remporter les élections, son candidat Luigi Di Maio, 31 ans, pourrait ainsi accéder au poste de président du Conseil.

Mais s’il s’est désormais installé dans le paysage politique italien et européen (ses élus siègent au Parlement européen dans le Groupe pour la Liberté et la Démocratie directe), le “M5S”, comme on l’appelle en Italie, est encore relativement peu connu pour ce qui est de son histoire et de son fonctionnement. Disruptif et prônant – et pratiquant parfois à l’extrême – la démocratie directe et la transparence absolue (quoique pratiquant un peu moins sur ce front-là), voire le qualificatif de “populiste” parce que réellement proche du peuple, le M5S est atypique et réellement innovant à plusieurs égards, tout en ayant des aspects obscurs quant à sa gestion, et une classe dirigeante dont la fraîcheur détonne avec l’homogénéité et le cynisme de la classe politique italienne, mais dont le dilettantisme s’est parfois révélé être un handicap.

Comment un mouvement issu d’une série de manifestations de protestation tous azimuts – les célèbres “Vaffanculo Days” –, organisées par Grillo, s’est-il transformé en machine de guerre électorale et est parvenu à récolter les fruits politiques de la colère grandissante des Italiens vis-à-vis de leurs institutions et de leur mécontentement face à une situation économique dont ils ne perçoivent pas d’amélioration depuis dix ans ? Comment a été mis en place et comment fonctionne “Rousseau”, la plateforme de démocratie participative conçue par Casaleggio pour gérer le processus décisionnel et électoral au sein du M5S ? Quelles sont les relations entre Grillo, le leader incontesté – quoique non élu – du Mouvement, et ses ouailles (ou adeptes, comme le sous-entendent les critiques), ainsi qu’entre les élus du M5S et la Casaleggio Associati, qui gère “Rousseau” ?

Dans son ouvrage Un populisme à l’italienne, Jérémy Dousson tente de répondre à ces questions et retrace l’ascension fulgurante du M5S, ses propositions souvent à l’avant-garde en matière d’environnement, de protection sociale, d’économie et de participation, ainsi que la manière dont les partis traditionnels ont tenté de s’y opposer. Si l’auteur ne cache pas une certaine sympathie pour le Mouvement, il maintient un regard lucide sur ses qualités et ses défauts, et livre une analyse précieuse sur un paysage politique des plus complexes en Europe, à la veille d’une élection cruciale à plusieurs égards quant au rôle que l’Italie est amenée à y jouer. Un paysage sur lequel, comme il le rappelle, plane toujours l’ombre de Tancrède, le jeune révolutionnaire héros du Guépard de Giuseppe Tommasi di Lampedusa, qui devait “tout changer pour que rien ne change”.

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