Industrie automobile : Le diesel n’a plus la cote

7 février 2018 – Gazeta Wyborcza (Varsovie)

Malgré le scandale Dieselgate, les voitures alimentées au gazole restent les plus populaires en Europe. Mais cette tendance change lentement, car les gouvernements et l’opinion publique commencent à prendre conscience de leur impact sur la santé publique.

Aucun continent n’a été autant séduit par le diesel que l’Europe. L’Autriche, l’Italie, le Luxembourg, l’Irlande, le Portugal, la Suède et l’Espagne sont des pays dans lesquels ce type de motorisation continue à dominer, même dans les ventes de nouvelles voitures – il y représente plus de la moitié des immatriculations. Ce chiffre est à peine plus faible en France, en Belgique et en Grèce. A titre de comparaison, aux Etats-Unis, à peine trois véhicules sur cent sont dotés de moteurs diesel.

A quoi est due cette popularité du diesel de ce côté de l’Atlantique ? Les raisons sont multiples. Premièrement, le gazole est moins cher. Deuxièmement, le niveau moins élevé d’émissions des moteurs diesel (une conséquence de leur efficience plus importante). Troisièmement, une offre de diesels plus importante en Europe, fabriqués surtout par les constructeurs allemands. Au cours de la dernière décennie, un abattement fiscal était appliqué sur le diesel dans 17 Etats membres de l’UE, où les taxes automobiles dépendaient des émissions de CO2 (inférieures dans les moteurs diesel). Ce qui a rendu l’utilisation des diesels encore moins onéreuse.

Et c’est pour cette raison qu’entre 2004 et 2014 pas moins de 10 millions de propriétaires sont passés de l’essence au diesel rien qu’au Royaume-Uni. En 2012, le rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMC) a mis en lumière les inconvénients des moteurs diesel. Il s’est avéré qu’ils émettent 15 fois moins de CO2 mais 4 fois plus de NO2 (un gaz dix fois plus nuisible que le monoxyde de carbone) et 20 fois plus de particules microscopiques appelées matière particulaire ou particules fines (PM, responsable de développement de cancer). Ainsi, les coûts pour la santé de ce carburant sont dix fois supérieurs que ceux des véhicules essence. En 2012, leur vente a commencé à décliner après des années de hausse.

Le scandale du truquage des émissions par Volkswagen (Dieselgate) qui a eclaté en 2015 n’a fait qu’accélérer la chute du gazole. Pour réussir les tests rigoureux aux émissions aux USA, en particulier en Californie, 11 millions de véhicules de la marque de Wolfsburg étaient équipés de logiciels détectant les procédures de mesure et réduisant les émissions d’oxydes d’azote (NOx) jusqu’à 40 fois pour la durée des tests. La pratique, dévoilée au grand jour par le Conseil international pour un transport propre (ICCT), avait été mise en place six ans auparavant. Cette réalité ayant été ébruitée, le cours des actions a baissé d’un tiers en quelques jours et la multinationale est devenue la cible d’investigations judiciaires dans de nombreux pays.

Les dimensions et la notoriété du scandale ont porté préjudice à l’image du diesel. Dès l’année suivante, en 2016, les ventes des diesels ont reculé en Europe de 4,1 %. Qui en a profité ? Les hybrides (surtout essence-électrique) notamment. Au premier semestre 2017, leurs ventes avaient augmenté de 54 % par rapport à l’année précédente. Les véhicules électriques gagnent du terrain chaque année, bien que l’effet d’une faible base soit toujours visible. La Norvège fait figure d’exception. L’année dernière, elle est est devenu le premier pays au monde où la part des voitures électriques et hybrides (52 %) dans les ventes a dépassé celle des véhicules dotés de moteurs à combustion interne.

Les diesels continuent à dominer dans les véhicules haut de gamme (82 % des ventes) et les 4x4, même si ces derniers seront progressivement remplacés par des systèmes hybrides. En 2016, 41 % de toutes les voitures particulières sur les routes de l’UE étaient des diesels, alors que les moteurs à essence représentaient 54 %. La part des diesels est la plus élevé en Lettonie (69 %), au Luxembourg (66 %) et en France (64 %). Les véhicules essence règnent en Grèce (95 %), à Chypre (89 %) et en Hongrie (73 %). La Pologne a deux fois plus de diesels (58 % contre 28 %) et la part la plus élevée de GPL – 13,5 %. Dans cette catégorie, elle devance l’Italie (9,6 %) et la Bulgarie (6,8 %).

Les véhicules à combustion interne dominent encore

Pas moins de 95 % des 15 millions de voitures immatriculées en Europe en 2016 étaient dotées d’un moteur à combustion interne essence ou diesel. Seuls 177 000 fonctionnaient au GPL (propane-butane), GNC (gaz naturel) ou E85 (ethanol). 90 795 véhicules électriques étaient immatriculés (en hausse de 3 % par rapport à l’année précédente), 112 999 hybrides rechargeables (augmentation de 17 %) et 303 506 hybrides classiques (+29 %). Au total, 690 000 voitures à propulsion alternative (autre qu’alimentée uniquement au pétrole) ont été immatriculées en Europe, ce qui représente moins de 5 % du marché. C’était cependant 6,5 % de plus que l’année précédente.

Le marché des voitures électriques en Pologne ne fait que décoller. 164 s’en sont vendus en 2016 dans ce pays ; avec les hybrides rechargeables – 556. Le nombre d’hybrides classiques croît bien plus rapidement – en 2016, 10 000 véhicules ont été enregistrés, au premier semestre 2017 – 8 500. Et bien que 64 personnes aient acheté une Tesla en 2016 (une hausse de plus de 300 %), il faut s’attendre à ce que la transition de la combustion interne aux véhicules à zéro émission prenne deux ou trois décennies en Pologne.

Evolution des ventes de véhicules neufs en Europe

Entre 4 et 8 % — tel était le taux de croissance du marché des voitures p

articulières en Europe ces trois dernières années. La Pologne fait partie du peloton de tête, avec une hausse à deux chiffres (17 % l’année dernière – 483 200 exemplaires). Une hausse plus importante – 20 % – n’a été enregistrée qu’aux Pays-Bas.

Le constructeur préféré des Européens ? Volkswagen – 1 696 950 exemplaires écoulés. Modèle favori ? La Golf – pour la dixième année consécutive. Bien que ses ventes aient subi une baisse de 11 % en 2017, elle reste clairement en tête (25 000 exemplaires) devant la Ford Fiesta. En troisième position – tout comme deux ans auparavant – on retrouve la Renault Clio. Les quatrième, cinquième et sixième restent également les mêmes. Il s’agit de la Volkswagen Polo, de l’ Opel/Vauxhall Corsa et du Nissan Qashqai respectivement.

L’Open Astra fabriquée en Pologne est passée de la 16e place en 2015 au 7e rang en 2017 – il y a deux ans, une nouvelle version est sortie, séduisant des dizaines de milliers de nouveaux acquéreurs. En 2015, le modèle ne figurait dans le top 5 des best-sellers d’aucun pays européen. En 2017, il s’y était classé dans quatre pays : les Pays-Bas, la Finlande, l’Allemagne et la Pologne. C’est le contraire qui est arrivé à son concurrent de longue date – la Golf : en 2015, elle se trouvait dans le top 5 dans pas moins de 11 pays, à la tête du classement dans 5 pays. Actuellement, elle n’est leader plus que dans trois pays : l’Autriche, l’Allemagne et la Norvège. Par contraste, au Danemark, en Espagne, aux Pays-Bas, en Finlande et en Lettonie, la Golf a perdu sa place parmi les cinq modèles les mieux vendus.

La Norvège est le seul pays du monde où les bestsellers sont des voitures électriques : la BMW i3 se place en deuxième position (occupée par la Tesla modèle S il y a deux ans) et la Nissan Leaf en quatrième position.

La carte de l’Europe et les leaders locaux de ventes montrent le patriotisme national des consommateurs : les Tchèques, Français, Allemands, Suédois et Italiens choisissent en général des véhicules produits dans leur pays. En se basant sur les volumes des ventes, on peut constater que les Italiens préfèrent la Fiat Panda et les Allemands la VW Golf. L’année dernière, la Golf représentait 28,9 % des immatriculations de toutes les Volkswagen vendues en Europe. Néanmoins, certaines marques sont davantage dominées par un modèle unique. Ainsi, pour Lexus ce sera NX (40 %), pour SsangYong, la Tivoli (53 %), pour DS, le modèle 3 (59 %), pour Mini, le modèle éponyme Mini (65 %), pour Jeep, le Renegade (74 %), pour Alfa Romeo, la Giulietta (63 %), pour Infiniti, le Q30 (60 %) et pour Lancia, la Ypsilon, le seul modèle encore vendu par ce constructeur (100 %).

Peloton de tête et lanternes rouges de la production et des ventes en Europe

En 2016, la production automobile s’était établie à 95 millions d’exemplaires. La Chine en représentait plus d’un tiers (35 %) et l’Europe presque un quart (24 %). L’Allemagne est le leader européen avec 5,8 millions de véhicules. L’Espagne suit avec 2,4 millions de voitures, puis le Royaume-Uni avec 1,7 million, la France avec 1,6 million, la République tchèque avec 1,3 million, la Slovaquie, 1 million, la Turquie, 950 000, l’Italie, 715 000 et la Pologne, 550 000. La Hongrie, la Roumanie, la Belgique, la Suède et la Slovénie, le Portugal et l’Autriche sont derrière la Pologne. Le pays est 21e dans le monde et 9e en Europe.

Qu’en est-il des ventes ? L’Allemagne produit plus de voitures qu’elle n’en achète (3,7 millions de nouvelles immatriculations, 4e rang mondial), contrairement au Royaume-Uni (3,1 millions, 6e place) et à la France (2,5 millions, 7e place). En 2016, la Pologne était le 25e marché automobile au monde en termes de taille avec 500 000 véhicules. Le pays est toujours celui où l’âge moyen de la voiture est le plus élevé dans les classements de l’UE (16,6 ans, 6 ans de plus que la moyenne européenne) et il le restera jusqu’à ce que la base de données du Registre central des véhicule soit remis en ordre – pour l’instant, les « âmes mortes » y sont toujours nombreuses.

En ce qui concerne l’emploi automobile, la Pologne se classe derrière l’Allemagne (250 000) et la France (178 000), avec 169 000 salariés travaillant dans le secteur. C’est un peu moins que le nombre total de mineurs polonais (171 000) et un peu plus que le nombre de médecins (164 000). C’est un chiffre assez conséquent pour un pays qui n’a pas sa propre marque dans le segment des voitures particulières.

Un rabattement significatif des cartes a eu lieu sur le marché automobile au cours des dix dernières années. Entre 2006 et 2015, les entreprises suivantes ont connu les hausses les plus significatives en matière de parts de marché en fonction du nombre de clients en Europe : Dacia (190 %, ce qui l’a fait passer de 0,9 % à 2,6 %), Porsche (+150 %), Jeep et Land Rover (+100 %), Mini (+85,7 %) et Kia (+80 %).

Alfa Romeo (-56 %), Honda (-50 %), Lancia (-45 %) et Citroën (-33 %) ont enregistré les plus fortes baisses.

Où a été produite votre voiture ?

Si vous voyez une Toyota, vous vous dites – Japon. Faux : la plupart des modèles vendus en Pologne ont été produits en Europe. Aygo, en République tchèque, Avensis, au Royaume-Uni, Yaris en France, Corolla et C-HR en Turquie. Seul le RAV4 vient du Japon. La Turquie fabrique les Renault Clio, Fiat Tipo et Hyundai i20. La Hyundai i30 est assemblée en République tchèque et en Corée du Sud. La production d’Opel est dispersée : les Corsa et Insignia trois portes sont faites en Allemagne, mais la Corsa cinq portes en Espagne, le Mokka X en Corée du Sud et l’Astra au Royaume-Uni (5 portes, Sports Tourer) et en Pologne (5 portes, GTC, berline). Les Kia Cee’d et Sportage sont produites en Slovaquie et les Suzuki en Hongrie. Mazda est moins cosmopolite – la majorité des modèles vendus en Pologne sont made in Japan.

Traduction : Frédéric Schneider

Cet article est publié en partenariat avec The European Data Journalism Network.

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