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  • Après les législatives en France : Le scrutin majoritaire est un déni de démocratie, Macron doit le réformer

    VoxEurop
    22 juin 2017

    Même si le raz-de-marée n’est pas aussi extrême qu’annoncé, le parti du président aura, dans la nouvelle Assemblée nationale, trois fois plus de députés que la formation politique arrivée en deuxième position. Une anomalie bien française qui découle d’un mode de scrutin majoritaire injuste.

    Les résultats officiels sont tombés : 361 des 577 députés élus à l’Assemblée nationale représenteront un seul et même camp politique, de surcroît celui du président de la République (REM/MD, centre). Cette formation, qui a recueilli 31% des suffrages au premier tour des législatives, remporte ainsi 62% (le double !) des sièges. Comment est-ce possible ?

    Eh bien, figurez-vous que la République française, patrie des droits de l’homme et terre d’accueil des réfugiés politiques, n’est pas une véritable démocratie où les électeurs sont représentés de manière proportionnelle, mais un régime au système majoritaire dans lequel la majorité étouffe les opinions minoritaires. Pour faire simple, le pays est divisé en 577 circonscriptions. Dans chacune d’entre elles, les électeurs élisent un seul député. Si un candidat obtient 51% des voix, celles de 49% des électeurs ne seront pas entendues.

    Répartition des voix lors du premier tour des élections législatives françaises :

    Répartition des sièges à l’Assemblée nationale suite au même scrutin :

    Et pourtant, le président sortant, François Hollande (PS, gauche), avait promis d’instaurer la proportionnelle. A-t-il respecté son engagement ? Que nenni ! Nicolas Sarkozy (LR, droite), son prédécesseur, avait également évoqué la possibilité d’introduire une dose de proportionnelle. Fariboles ! Et François Bayrou, qui s’est rangé derrière la candidature d’Emmanuel Macron en lui assurant la victoire, avait même fait de la proportionnelle un de ses chevaux de bataille qui l’avaient propulsé aux portes du second tour de la présidentielle de 2007. Fera-t-il pression sur son nouveau gourou pour qu’il mette enfin en place la proportionnelle ? Pas si sûr, vu ses nets reculs sur la moralisation de la vie politique dont il devait avoir la charge en tant que Garde des Sceaux. Sa démission précipitée n’arrange pas les choses.

    Pourquoi diantre ces dirigeants politiques ne respectent-ils pas leur promesse de proportionnelle, une fois élus ? Certains diront qu’ils sont obnubilés par le pouvoir et qu’une fois celui-ci obtenu, ils feront tout leur possible pour le garder. Le système majoritaire renforce le plus grand parti et ils se disent qu’il leur est favorable car ils sont aux manettes. Mais la roue tourne ! Cinq ans plus tard, les citoyens ne leur font plus confiance, dépités par les réformes. Leur vote-sanction a des conséquences désastreuses sur le pouvoir sortant, le Parti socialiste en sait quelque chose : il ne gardera qu’une poignée de députés, alors qu’un scrutin proportionnel aurait permis de limiter la casse. Cette vision à court terme a donc contribué à la descente aux enfers des deux grands partis traditionnels (PS et LR).

    C’est quoi, la démocratie ?

    Petit rappel étymologique : le terme démocratie vient des mots grecs « demos » et « kratein » qui, contractés, donnent « le pouvoir du peuple ». Non pas que de la majorité mais du peuple tout entier. Cet idéal ne peut être incarné que par une représentation de tous les courants politiques (hormis ceux qui ont une importance dérisoire) au parlement. Ce n’est qu’ainsi que l’assemblée des représentants du peuple deviendra un temple des débats d’idées, composante essentielle de la démocratie.

    Le scrutin majoritaire est d’autant plus anti-démocratique, au vu des résultats des législatives de 2017, que la cagnotte dont disposera chaque parti au cours des cinq prochaines années dépendra du nombre de députés élus. Ainsi, le Parti socialiste dont le nombre de députés sera divisé par dix et dont le budget repose à 45% sur les subventions de l’État, devra réduire sa voilure. Les Républicains, qui étaient déjà dans l’opposition, voient le nombre de leurs députés reculer d’un tiers, alors que le rôle de premier censeur de France leur incombera toujours car ils resteront le deuxième parti de l’assemblée. Je ne veux pas ici défendre les privilèges des grands partis politiques mais l’un d’entre eux sera-t-il prêt à prendre la relève de la REM, une fois que les citoyens voudront faire le choix de l’alternance ? Il y a fort à parier qu’avec leurs moyens limités, ils ne seront pas plus efficaces dans cinq ans. Et leur faiblesse ouvre une brèche dans laquelle pourraient bien s’engouffrer les extrêmes.

    La faible participation est l’une des conséquences du scrutin majoritaire. A quoi bon se déplacer si les dés sont jetés avant même qu’on vote ? Le désengagement des citoyens ne semble pas avoir profité au Front national cette année, mais on peut s’imaginer que l’électorat frontiste se mobilise lors d’un autre rendez-vous électoral. Ce ne serait pas la première fois dans l’histoire que le manque de vigilance des citoyens permettrait à l’extrême droite d’accéder au pouvoir.

    Comment ça se passe dans d’autres pays ?

    Le scrutin majoritaire a été établi en France pour des raisons historiques. En effet, la IVe République, dont la proportionnelle représentait l’une des caractéristiques, était marquée par les troubles et l’instabilité. Charles de Gaulle a donc décidé d’instaurer un régime avec un exécutif fort qui bénéficierait d’une majorité claire au parlement.

    Néanmoins, la politique des soubresauts de l’après-guerre ne risquerait pas de réémerger en 2017. Dans les années 1940 et 1950, la scène politique était bien plus fragmentée. Depuis des années, un ou deux blocs politiques la dominent.

    De plus, le mode de scrutin proportionnel fait ses preuves dans d’autres pays. En fait, seules la France et le Royaume-Uni ont un système majoritaire parmi les 28 États membres de l’UE. En France, l’élection se décline même en deux tours, ce qui favorise encore davantage les partis dominants. Prenons notre voisin outre-rhin, l’Allemagne, dont nous aimons tellement nous inspirer. Il a un mode de scrutin mixte, alliant proportionnelle et majoritaire, qui pourrait être une première étape intermédiaire avant que la France n’adopte une représentation proportionnelle à scrutin de liste. A l’heure actuelle, la composition du Bundestag allemand est la suivante :

    Répartition des votes :

    Il est vrai qu’aucun parti ne dispose d’une majorité absolue. Mais l’Allemagne n’est pas un pays instable pour autant, bien au contraire. Le pays n’a eu que trois chefs de gouvernement depuis 1982 ! Depuis l’arrivée au pouvoir de la chancelière actuelle, la CDU/CSU a été contrainte à un ménage à trois avec la gauche et le centre à tour de rôle mais les coalitions passent par l’art du compromis, l’essence même de la démocratie. Elles ne l’ont pas empêché de prendre des mesures importantes et de préserver le leadership allemand en Europe.

    Mais allons un peu plus à l’est, en Pologne. Car si l’Allemagne, la Hongrie, la Roumanie et la Lituanie ont un système mixte, les 22 autres Etats membres ont opté pour le scrutin purement proportionnel. Du côté de Varsovie, les premières années de la démocratie post-communiste étaient quelques peu traumatisantes : les premières élections législatives entièrement libres, en 1991, ont donné lieu à une assemblée composée de 29 partis dont des mouvements aussi incongrus que le Parti polonais des amis de la bière ou l’Alliance des femmes contre les difficultés de la vie. La formation la plus forte ne disposait que de 62 députés. La composition du gouvernement changeait tous les quelques mois.

    Mais la scène politique s’est progressivement cristallisée et un seul Premier ministre a même gouverné le pays entre 2007 et 2014. Un seul parti dispose actuellement d’une courte majorité à la Diète :

    Répartition des votes :

    Appel lancé à Emmanuel Macron

    La démocratie française est malade. Ce n’est pas normal qu’un parti rafle 62% des sièges avec les voix de 16% des électeurs inscrits. Les expériences de nos voisins européens montrent que le scrutin proportionnel ne condamne pas un pays au chaos. Nous avons déjà le Sénat qui représente les territoires de l’Hexagone dans sa diversité. Laissons au peuple au moins l’Assemblée nationale. Pour que toutes les voix puissent s’y exprimer. Le meilleur moyen de combattre l’extrême droite, ce n’est pas de lui barrer la route du parlement mais de la laisser enchaîner ses incohérences dans l’Hémicycle. Il vaut mieux catalyser la colère de ses électeurs dans ce lieu de débat démocratique plutôt que de l’inciter à créer un Etat parallèle au fur et à mesure de sa montée en puissance.

    M. Macron, en tant que grand démocrate, devrait comprendre cet appel. Il devrait être celui qui, contrairement à ses prédécesseurs, franchira véritablement le pas et inscrira durablement le principe de la proportionnelle dans la loi électorale française. Non pas pour des raisons conjoncturelles, comme l’avait fait François Mitterrand pour une seule élection. Mais pour raviver cette démocratie à bout de souffle.

    Et pourquoi attendre 2022 ? Je l’exhorte à convoquer de nouvelles élections dans l’immédiat, s’il en a le cran, s’il veut véritablement créer un nouveau style politique. Non pas par calcul comme l’avait fait Jacques Chirac. Non pas pour avoir encore plus de députés, mais justement pour en avoir moins car dans le cas contraire le camp gouvernemental risque de plonger dans l’inertie, faute d’opposition forte.

  • Débâcle de Theresa May aux législatives : Pourquoi jouer avec les peurs anti-européennes n’a pas payé

    VoxEurop
    09 juin 2017

    Les élections législatives d’hier ont démontré que, malgré les apparences, le peuple britannique veut rester ancré dans l’Europe.

    Même si le Brexit est devenu un enjeu de second plan dans la dernière ligne droite de la campagne des législatives, nous devons nous souvenir du fait que Theresa May avait convoqué ce scrutin anticipé au nom d’un "Brexit stable". Autrement dit, un Brexit à tout prix. Un Brexit dur. Un Brexit sans concessions.

    Mais est-ce vraiment ce que voulaient les Britanniques en s’exprimant dans les urnes le 23 juin 2016 ? Une chose est indéniable : les sujets de la reine ont décidé de la sortie du Royaume-Uni de l’UE et il faut respecter ce choix. Les deux principaux partis en ont d’ailleurs pris acte. Mais le diable se niche dans les détails.

    Les citoyens du Royaume-Uni avaient-ils voté contre le marché unique européen ? Contre le droit des ressortissants communautaires, dont une partie exerce les métiers les plus ingrats en rendant ainsi service à la société, de travailler dans leur pays ? Contre le droit des seniors britanniques de prendre leur retraite sous le soleil d’Espagne ? Contre la lutte anti-terroriste commune ? Contre la charte des droits fondamentaux ?

    Je pense que la correction infligée à Theresa May lors des législatives répond à ces questions. Les Britanniques voulaient se libérer du carcan de la bureaucratie bruxelloise. Ils avaient certainement des doutes sur la rationalité des dépenses de l’UE. La libre circulation des personnes leur faisait peut-être peur. Mais leur vote d’hier montre que le peuple britannique reste profondément ancré en Europe.

    Les partisans du Bremain ont majoritairement voté pour le Parti travailliste (gauche). A tort ou à raison, son leader Jeremy Corbyn est apparu comme le candidat pro-européen. Les électeurs savent qu’il se battra pour un divorce en douceur. La Première ministre voulait une majorité claire au Parlement pour les négociations avec l’UE, estimant que la gauche et les Ecossais lui mettaient des bâtons dans les roues. Au final, de nombreux électeurs de droite ont profité du scrutin pour virer dans le camp pro-européen du Parti travailliste.

    Les tories incarnent donc le camp du hard Brexit (même si May avait fait campagne pour le Bremain), balayant le UKIP anti-européen (dont le résultat a été divisé par sept en deux ans), les travaillistes celui du soft Brexit, voire du Bremain. En somme, la Première ministre voulait une clarification, elle en a obtenu une autre.

    Dessin de Władysław Bibrowski: Saloperie ! C’est bien trop étroit !

  • UE-Chine : Pékin, ce partenaire indispensable

    VoxEurop
    26 mai 2017

    Les relations entre la Chine et la communauté européenne ont été officialisé en 1975, permettant de nouveaux liens, souvent économiques, entre les deux aires géographiques : à l’époque l’Europe de l’ouest et, donc, la Chine. Ces relations se situent particulièrement dans le domaine économique mais cachent l’exercice de rapports de force qui changent au cours des années. Les relations avec la Chine sont une chance pour l’UE de renforcer son poids géopolitique, et de faire de la première puissance commerciale du monde un allié précieux.

    La Chine est une puissance économique majeure. En 2013 elle est devenue la plus grande puissance économique mondiale, même si les chiffres qu’elles donnent (quant à la croissance de son PIB notamment) sont parfois remis en cause. Les relations entre la Chine et la communauté européenne sont donc particulièrement fortes sur le plan commercial, puisque la Chine est le deuxième partenaire économique de l’Union Européenne.

    Des relations commerciales perturbées

    Le développement de la Chine a rendu ces deux aires géographiques très interdépendantes, n’échappant donc pas aux conséquences de la mondialisation. Ces liens toujours plus forts ont permis le développement respectif des deux entités. L’Union Européenne a apporté, par le biais de ses entreprises, les investissements nécessaires au développement économique de la Chine. En échange, l’ouverture (très lente et progressive) du marché intérieur Chinois aux entreprises étrangères leur a offert des perspectives de croissance indéniable (comme pour Peugeot par exemple, même si un partenariat avec une entreprise nationale est obligatoire) et ont permis d’importer certains produits à moindre coût.

    Néanmoins la crise économique et financière a changé les rapports de force économique entre les deux aires géographiques : la Chine, elle aussi impactée, a pu se redresser et a conservé sa puissance économique. La situation des Etats-membres de l’Union Européenne s’est largement détériorée. La situation politique de ces pays a poussé l’Union Européenne a redoublé d’effort face au dumping que la Chine a pu pratiquer. Certains droits de douane ont été augmentés, et d’autres domaines, comme celui des panneaux solaires, ont fait l’objet d’intenses tractations devant l’Organisme de Règlement des Différends de l’OMC.

    Une autre tension s’est créée autour du statut d’économie de marché. Ce statut est automatique pour tout pays ayant adhéré à l’OMC depuis au moins 15 ans, ce qui fut le cas pour la Chine en décembre 2016. Ce statut a causé de grandes tensions au sein de l’Union Européenne. La plupart des pays membres y étaient opposés, et le parlement européen a voté une résolution pour inciter la commission à ne pas accorder ce statut à la Chine (546 voix pour). Néanmoins, la commission n’avait pas le pouvoir de l’empêcher. En effet, le statut d’économie de marché rend plus difficiles pour l’UE de prendre des mesures de rétorsions vis-à-vis de la Chine (elles sont plus difficiles à justifier, le pays plaignant devant prouver des distorsions de marché du fait de l’importation de produit chinois dans ce cas précis).

    Pour remédier à ce problème, la commission a d’une part renforcé les mesures anti-dumping, qui s’appliquent à tous les pays, mais qui concernent particulièrement la Chine car la majorité des enquêtes pour la violation des règles commerciales européennes impliquent une entreprise chinoise. Proposée en 2013, ces nouvelles mesures consistent à abandonner la règle du « droit moindre » dans certaines circonstances. Cette règle, impose que droit de douane soit proportionnel au dommage subi, ce qui limite la capacité de réponse de l’Union Européenne face au dumping chinois. Elle est aujourd’hui sur la table du conseil de l’Europe.

    On peut donc être heureux que l’Union européenne ait pu contourner les problèmes causés par ce statut. C’est une preuve d’un changement au sein des institutions européennes : tout en ne froissant pas les institutions internationales, l’UE a mis fin à sa naïveté face à la mondialisation.

    D’autre part, l’Union européenne a aussi proposé en novembre 2016 à l’OMC que les mesures anti-dumping soient calculées autrement, en prenant notamment en compte les politiques publiques et l’influence de l’Etat (concentration d’entreprises publiques), et non seulement le prix sur le marché intérieur.

    Les stratégies géopolitique et commerciale chinoises font d’elle un partenaire précieux

    La situation économique des pays européens pousse l’Union européenne a réagir très prudemment face aux distorsions de concurrence que peut engendrer les échanges commerciaux avec la Chine, ce qu’elle a fait en ne remettant pas en cause le nouveau statut de la Chine à l’OMC, qualifié de « non-évènement » par certains fonctionnaires européens.

    En effet, l’Union européenne est en panne d’investissement, et la Chine peut remédier, en partie, à ce problème macroéconomique qui handicape grandement la zone euro notamment. Les investissements chinois sont passés de 6 milliards en 2010 à 27 milliards en 2014 au sein de l’Union européenne, notamment par des rachats emblématiques (aéroport de Toulouse ou une partie du port du Pirée à Athènes).

    La Chine reste donc un atout précieux pour l’Union européenne dans la mondialisation, particulièrement du fait de la position chinoise aujourd’hui qui s’explique par les deux stratégies qu’elle mène. D’une part, Pékin a engagé une nouvelle politique concernant sa situation nationale : « la nouvelle donne » ou « new normal ». Le but est « d’accepter » la plus lente croissance du pays, en se tournant toujours plus vers son marché intérieur et s’ouvrant plus aux investissements étrangers. Cela devrait faciliter les relations avec l’Union européenne et ses Etats-membres et donc approfondir leurs relations sur le plan économique mais aussi politique.

    La deuxième stratégie de la Chine repose sur l’idée d’internationalisation ou « going global ». Cette stratégie n’est pas nouvelle, on peut la faire remonter aux années 1990, années précédant l’entrée à l’OMC en 2001. Mais auparavant, elle était tournée vers la préparation de la Chine à la concurrence. Aujourd’hui, elle a pour objectif d’accompagner les entreprises chinoises à l’étranger. Cette stratégie repose sur l’investissement dans les infrastructures de transport internationales (l’ouverture récente de la nouvelle « route de la soie » en est un exemple) mais aussi une plus grande ouverture économique : seules la Norvège et la Suisse ont signé un accord de libre-échange avec la Chine en Europe.

    L’Union européenne, pour avoir un poids commercial et diplomatique significatif, doit donc obtenir un accord avec la Chine, sans être naïve, pour faire de la Chine le nouveau partenaire privilégié de l’Union. Cela lui permettra d’avoir une voix au chapitre international, et de faire avancer ses idées, comme les droits de l’homme.

    Les difficultés à entretenir une relation unique avec la Chine

    Pour faire de la Chine un partenaire, et donc bénéficier de tous les avantages politique et économique qui en découlent, l’Union européenne négocie un Traité Bilatéral d’Investissement avec cette dernière. Les deux partis n’en sont qu’au 13ème cycle de négociation. Pourquoi ce traité ? L’Union européenne souhaite avoir une relation homogène avec la Chine, ce que cette dernière ne souhaite pas vraiment. Elle privilégie en effet les relations bilatérales avec les Etats-membres, particulièrement sur le plan diplomatique, et ce pour deux raisons, qui illustrent la faiblesse de l’Union européenne au niveau géopolitique.

    La première est la plus simple : l’Union européenne a un faible poids diplomatique, du fait des discordances internes, mais aussi de son manque de moyens. Sa seule influence découle des dons au développement qu’elle distribue (l’UE est la première donatrice au monde), mais dont ne bénéficie pas ou peu la Chine.

    La seconde tient plutôt à une stratégie précise de la Chine : face au désordre diplomatique européen, un dialogue avec l’Union européenne est considéré comme secondaire. Incapable d’avoir une position commune sur les « dossiers brûlants » (comme pour le Kosovo, ou encore plus récemment la Syrie), l’Union européenne ne peut être un allié fiable pour la Chine, en dépit de sa stratégie « multipolaire ». Ainsi, la première visite d’un président chinois aux institutions européennes date de 2014 (seulement !!).

    L’Union européenne doit faire valoir ses atouts

    Pour devenir un acteur incontournable face à la Chine, et pour avoir un poids géopolitique fort, l’Union européenne doit faire valoir ses atouts. Le premier est bien évidemment économique, face au ralentissement de la croissance chinoise, les entreprises européennes vont jouer un rôle majeur dans les prochaines années pour soutenir le développement de la Chine (surtout si elle s’appuie sur son marché intérieur). Cela peut devenir un levier efficace pour Frederica Mogherini, la représentante de la diplomatie européenne.

    Comme la Chine fait du « soft power » l’une de ses armes pour établir son influence, l’Union européenne devrait faire de même, sur la base des valeurs qu’elle porte (droits de l’homme, liberté ….) mais aussi du modèle de société qu’elle incarne, celui d’un modèle social protecteur et la protection de l’environnement. Ainsi depuis 2003, les relations UE-Chine ont pris un nouvel élan avec le lancement d’un Partenariat global qui « s’étend désormais aux questions de politique étrangère, de sécurité, autant qu’aux enjeux globaux comme le changement climatique ou la gouvernance économique internationale » selon la délégation française à la diplomatie européenne.

    Si les relations entre la Chine et l’Union européenne montrent la faiblesse diplomatique de l’Europe, leur développement est souhaitable dans un monde multipolaire. Développer les relations avec la Chine permettrait aussi d’être un interlocuteur privilégié des tensions géopolitiques dans la région (tensions en mer de Chine, essais balistiques nord-coréen).

    De plus, diversifier ses relations diplomatiques est nécessaire pour l’Union européenne : développer le commerce avec la Chine permettrait d’accéder plus largement à toute la région, et d’obtenir des ressources pus difficiles d’accès pour les Etats-membres, notamment énergétiques. En effet, la complexification des relations entre la Russie et l’Europe et le (prétendu) retrait américain montrent que l’Union européenne doit développer ses relations diplomatiques avec la Chine.

    La Chine est donc un partenaire indispensable à l'Europe en dépit des tensions commerciales qui peuvent venir gangrener leurs relations. Face au retrait américain, face aux tensions russo-européennes, la Chine doit devenir un pilier fondamental de la diplomatie européenne.

    Cartoon : Simon Lavenne

  • Election présidentielle en France : Le marché unique européen responsable de tous les maux

    VoxEurop
    19 avril 2017

    Trois des candidats à la magistrature suprême font de la sortie de l’Europe leur principal cheval de bataille. Les autres ne sont pas en reste et fustigent le carcan imposé par les traités européens et les bureaucrates de Bruxelles. Les politiques français feignent d’avoir oublié les avantages de l’intégration.

    Moment mémorable du seul débat télévisé à onze de cette campagne électorale : discussion autour de la directive sur les travailleurs détachés. La plupart des prétendants – de l’extrême gauche (Jean-Luc Mélenchon) à l’extrême droite (Marine Le Pen) – se sont mis à tirer à boulets rouges sur ce texte honni. Même le candidat de la droite modérée, François Fillon, censé être libre échangiste et libéral, a inscrit l’objectif de “réviser de fond en comble [cette] directive” dans son programme.

    Autre point soulevé lors de cette bataille électorale : la délocalisation de Whirlpool en Pologne. Loin d’être le seul à la critiquer avec virulence, le candidat du Parti socialiste, Benoît Hamon, a déclaré que l’entreprise devait “rembourser immédiatement et intégralement toutes les aides publiques indûment perçues” dans le cadre du CICE (crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi). Une formule qui sonne bien mais qui reste impossible à réaliser car l’objectif affiché consistant à créer des emplois n’était en rien contraignant pour les entreprises et relevait plus de la wish list utopique du gouvernement.

    Or, c’est l’idée même de marché unique européen qui est remise en cause à travers ces tirades marquant l’opposition à la libre circulation des travailleurs et des capitaux. Rappelons que c’est Jacques Delors, un socialiste français, loin d’être le plus fervent partisan d’un capitalisme débridé à tout va, qui a donné l’impulsion à ce marché unique à travers l’Acte unique européen. Il a tout simplement constaté que l’établissement d’un véritable marché intérieur bénéficierait à l’ensemble des nations européennes. D’ailleurs, il ne s’est pas trompé car le marché unique a permis de créer presque 3 millions d’emplois et augmenté le PIB de l’Union de plus de 2 points entre 1992 et 2008. Il a posé les fondations des “quatre libertés” qui ne sont cependant pas encore entièrement garanties et ne le seront peut-être jamais. La création d’un marché unique est plus un processus continu qu’une étape achevée à un moment T. La directive sur les travailleurs détachés y contribue.

    Ce texte est certainement imparfait car il n’est pas accompagné d’une harmonisation des cotisations sociales. Mais l’opposition véhémente et peu constructive des candidats à l’élection présidentielle à son encontre révèle une méfiance plus générale à l’égard de tout ce qui vient du Bruxelles, en particulier en matière d’économie. Or, il convient de constater que c’est grâce à l’UE que :

    • Les exportations françaises vers l’UE s’élèvent à 271 milliards d’euros

    • De nombreux citoyens français – 650 000, selon le registre des Français établis à l’étranger qui ne reflète qu’une partie de la réalité – habitent dans un autre Etat membre de l’UE en bénéficiant du droit au travail et des droits sociaux au même titre que les ressortissants nationaux

    • Les consommateurs français peuvent acheter des marchandises en provenance de toute l’Europe, sans payer de droits de douanes et en ayant la garantie qu’elles respectent les normes qui s’appliquent dans l’Hexagone.

    La liste des avantages de l’intégration est bien plus longue encore. Les entreprises françaises ont investi massivement en Europe centrale et orientale après l’élargissement de 2004, ce qui a redynamisé leur activité et participé au développement de l’économie française.

    Mais s’il y a une particularité bien française, c’est celle de vouloir le beurre et l’argent du beurre. Toutes les dispositions européennes aujourd’hui dénoncées par les candidats participent à un tout qui dans son ensemble profite largement aux Français. Si chaque gouvernement national commençait à mettre des bâtons dans les roues du projet européen en opposant son veto aux textes qui nécessitent des sacrifices pour certaines catégories de sa population, l’Union n’irait pas bien loin. La solidarité européenne suppose que l’on fasse des concessions dans certains domaines pour en obtenir sur d’autres dossiers.

    Les médias nous parlent d’un “match à quatre” candidats à cinq jours du premier tour du scrutin, tellement les écarts entre les candidats sont étriqués. Parmi eux, Marine le Pen qui prône tout bonnement la sortie de l’UE, et Jean-Luc Mélenchon qui veut imposer sa vision du Vieux Continent aux 26 autres partenaires européens. Si cette condition n’est pas satisfaite, il sortira la France de l’Union. On est bien loin de la culture des consensus européens.

    Faut-il donc craindre un “Frexit”, une sortie de la France de l’UE ? Cette possibilité ne peut certainement pas être exclue. Mais les Français sont une nation capable de prendre la mesure de ses décisions. Et elle ne voudrait certainement pas mettre un trait sur toutes les avancées permises par l’Europe – celles du marché unique, mais aussi l’euro, Erasmus, les programmes européens de recherche et la garantie de vivre sur un continent en paix.

  • Médias : Un nouveau réseau de datajournalisme européen

    VoxEurop
    31 mars 2017

    Nous sommes heureux d’annoncer une nouvelle initiative de datajournalisme au service des médias. A partir d’octobre 2017, le European Data Journalism Network – EDJNet commencera à produire, partager et publier des contenus d’actualité data sur les affaires européennes en Europe et au-delà. Son objectif est de fournir aux médias européens des contenus d’actualité fiables et rigoureux, une assistance technique et éditoriale, et une source d’information utile et accessible pour mieux comprendre l’Europe.

    Les contenus produits par EDJNet seront en accès libre à travers un site multilingue et open source et sur les sites web des partenaires. EDJNet a été créé par un consortium de médias européens menés par Osservatorio Balcani e Caucaso Transeuropa (Italie) et VoxEurop (France), en partenariat étroit avec trois autres médias – Alternatives économiques (France), Spiegel Online (Allemagne), EUObserver (Belgique) – ainsi que trois agences spécialisées dans le datajournalisme – Journalism++ (France); Local Focus (Pays-Bas) et Journalism Robotics (Suède). Huit autres médias – deux spécialisés dans le datajournalisme (BIQdata chez Gazeta Wyborcza en Pologne et Pod črto en Slovénie) et six médias réputés dans leurs pays respectifs (Askanews et Internazionale en Italie, NRC Handelsblad aux Pays-Bas , El Confidential en Espagne, H-Alter en Croatie et Ouest-France en France) – font déjà partie des premiers partenaires du réseau étendu d’EDJNet. L’audience cumulée des membres du réseau est de 70 millions de visiteurs uniques par mois et le réseau sera bien sûr ouvert à de nouveaux membres.

    La rédaction transnationale d’EDJNet va :

    • Produire des enquêtes data, des articles d’analyse et d’approfondissement, du journalisme explicatif, des infographies, des animations vidéo et des revues de presse en 12 langues.

    • Développer des outils automatiques afin d’augmenter la productivité des rédactions sur les questions européennes et assurer la curation des ressources data, les outils et les infos existants, afin d’encourager les utilisateurs à suivre et à couvrir les affaires européennes.

    • Fournir un conseil à la demande et sur mesure pour les datajournalistes à travers son assistance en ligne et ses webinaires.

    • Lancer des projets de coproduction et de partage de contenus avec d’autres médias européens, à travers des partenariats éditoriaux et la syndication.

    Les contenus seront produits par un ou plusieurs partenaires conjointement. Ils seront adaptés et édités en fonction des besoins des partenaires et des habitudes de lecture de chaque public.

    Le projet est financé par une bourse de la Commission européenne. Les membres jouissent d’une pleine et complète indépendance éditoriale.

    Les médias intéressés peuvent aller sur EDJnet à partir du mois d’octobre 2017.

    En attendant, nous publierons des mises à jour sur les sites des partenaires et sur #EDJNet et #ddj.

    Contacts:

    Nicole Corritore

    Osservatorio Balcani e Caucaso Transeuropa

    corritore@balcanicaucaso.org

    Gian Paolo Accardo

    VoxEurop

    editor@voxeurop.eu

  • 8 mars Journée internationale des droits des femmes : Pas de roses ni de rouge à lèvres, mais des droits !

    VoxEurop
    08 mars 2017

    Il n'y a qu'une manière d'être féministe c'est de respecter la femme comme l’égale de l’homme. Mais il y a mille et unes manières de blesser une femme et de ne pas la respecter.

    En lui donnant un salaire moins important, en ne lui laissant pas de place dans une profession, en faisant une blague de gros lourd dans un cabinet médical ( du légendaire humour de médecine nommé « tradition carabine »), en la touchant un peu dans le métro l’air de rien, en la sifflant gentiment (pour la quinzième fois de la journée!!!) dans la rue, en l'insultant quand elle dit non -ou pire en la contraignant, en l’utilisant dans la Pub pour vendre des yaourts, des vêtements, une voiture, un bidet, un mauvais canapé…, en lui indiquant comment s’habiller/ se déshabiller été comme hiver, et surtout quel poids elle doit faire ( selon les magazines une femme ne doit jamais dépasser la taille d une fille de 14 ans, merci la mode mais les hommes et les femmes semblent aussi aimer les formes), en ignorant ses émotions, en la blessant moralement ou même, physiquement...

    Et puis en lui demandant parfois pardon pour mieux recommencer. En refusant son consentement. En la pliant à ses désirs, égoïstement. En lui indiquant quand elle doit avoir un enfant, quand et comment elle doit le faire ou ne pas le faire et en jugeant ses choix, quels qu’ils soient. À part cela la femme est libre ! Alors de quoi se plaint elle ? Et toutes ces « connasses » de féministes castratrices que veulent elles de plus ? Elles ont voulu l’égalité elles l’ont mais elles en veulent toujours plus. Bref. En France, pays civilisé s’il en est, une femme meurt encore sous les coups de son conjoint tous les trois jours. Sans compter toutes les autres femmes blessées : celles que l’on maltraite au travail par exemple. De toute façon il lui faudra dix ans pour s’en remettre et il y aura prescription bien avant qu’une femme puisse s'en relever. N'est-ce pas les Baupin, les DSK, les patrons de presse désinhibés ?

    Denis Baupin vient justement de déposer une poursuite judiciaire à l’encontre des femmes qui avaient porté plainte pour harcèlement sexuel, elles qui ont été déboutées pour prescription.

    Alors de grâce, Messieurs, n'offrez pas de roses et ne mettez pas de rouge à lèvres mais élevez votre voix pour défendre nos droits. La journée de la femme est une ineptie, mais une ineptie nécessaire, et ce, tant que la volonté d’une femme sera ignorée ou jugée secondaire par rapport à celle d’un homme, ou d’une société patriarcale. LA FEMME EST UN HOMME COMME LES AUTRES. Alors traitez-nous comme vos égales, en droits. Si, comme moi, vous en avez assez du 8 mars, œuvrez à changer les choses, à bouger les lignes, à faire en sorte que tous les êtres humains aient le même respect de leur dignité.

    Et vous n'entendrez plus de voix s'élever le 8 mars.

    À la veille de la présidentielle, pourquoi ne pas demander des lois renforçant les droits des femmes ?

    • le retrait de la prescription pour toute affaire relative aux violences sexistes/sexuelles

    • l’égalité des salaires

    • la PMA pour toutes les femmes sans conditions discriminatoires

    • la même chance professionnelle dans tous les domaines et peu importe la hiérarchie quitte à favoriser l’embauche positive (discrimination positive)

    • des sanctions strictes appliquées à l'encontre d'auteurs de violences sexistes ainsi qu’un travail d’intérêt général à la faveur de l’égalité homme-femme

    • une retraite pour les prostituées (qui paient un impôt sur le travail !)

    • proscrire les expressions sexistes pugnitives : « pute » «poufiasse » (on ne dit pas « espèce de pouffion » ni « sale puton » à un homme)

    • une formation sur l'égalité des sexes à l'école intégrée au parcours scolaire afin d'éduquer les futures générations

    D'autres idées ? Profitez du 8 mars pour les lister, ce sera plus utile qu'un bouquet de fleurs ;)

  • 60 ans du Traité de Rome : On ne badine pas avec l’Union Européenne

    VoxEurop
    03 mars 2017

    Le climat actuel est particulièrement anxiogène et nous pensons que nous, les citoyens, devons prendre la parole et faire entendre notre voix. C'est pourquoi des élèves du Lycée Franco-Allemand de Fribourg en Allemagne ont écrit et traduit ce texte ci-joint. Cette tribune est soutenue par le conseil des délégués des élèves, le conseil des parents, l'ensemble des professeurs et la direction de l'établissement.

    Non à l’UE !” disent-ils. D’accord. Et après? Le nationalisme? L’exclusion et l’isolationnisme? Susciter la haine et fermer les frontières?

    Les mouvements anti-européens ont le vent en poupe et pas seulement en Grande-Bretagne, chez nous aussi. Ils montrent clairement que l'euroscepticisme est devenu une menace pour les valeurs fondamentales de la vie commune européenne. Pourquoi 60 ans après la création de la Communauté Économique Européenne les Européens tournent-ils le dos à une de leurs plus grandes avancées?

    Il est compréhensible que certains des 510 millions de citoyens de l’UE la remettent en question. En effet, notre UE, telle qu’elle existe aujourd’hui, est imparfaite et complexe. Elle avantage fortement les lobbies et tend à abandonner le simple citoyen. L’UE se veut être une unité mais n’est pas capable de mener une politique homogène et cohérente. L’absence d’une telle politique empêche de combattre l’accroissement des inégalités économiques et sociales entre les différents citoyens des différents pays.

    Il est inutile de rappeler ici les conséquences d’une Europe divisée et opposée. Ou peut-être le faut-il? La première moitié du siècle dernier peut servir d’avertissement.

    La Communauté Économique Européenne a été fondée il y a 60 ans avec la volonté de garantir et préserver la paix. Or, c’est précisément à une époque comme la nôtre, dans un monde incertain, où des milliers de personnes fuient la terreur et les guerres, que nous devons apprécier à sa juste valeur un si beau cadeau et le protéger à tout prix. Il serait vraiment très imprudent de sous-estimer les dangers qui la menacent.

    N’oublions pas que l’UE protège la démocratie, la liberté de presse, d’expression et de religion, pour ne citer que quelques uns des droits inviolables, dont nous Européens, nous pouvons profiter. N’est-ce pas un privilège de vivre dans un pays dans lequel les principes de liberté et d’autodétermination sont ancrés dans la Constitution?

    Tous les États de l’UE doivent respecter les principes démocratiques, et les États candidats à une adhésion ne peuvent échapper aux processus de réformes qui vont dans ce sens. L’UE contribue ainsi à la diffusion de ces valeurs démocratiques.

    En outre, deux des aspects les plus importants sont la libre circulation des personnes et la monnaie commune. Certes, nous sommes loin d’avoir atteint la perfection dans ces domaines et l’euro est souvent sous le feu des critiques. Dans la zone euro, le change de monnaie a disparu, tout comme les coûts de conversion. Nous pouvons voyager dans chaque pays, sans contrôle de passeport, ni même de visa. L’Accord de Schengen, qui assure le passage des frontières, ne contribue donc pas seulement à la dynamique économique, mais aussi à un échange culturel et par là, à la compréhension et à la paix entre les différentes cultures.

    Quand nous entendons que d’autres pays veulent dresser des murs, nous ne pouvons que nous indigner. L’Europe a vécu la division dans sa chair, avec un mur. Nous ne voulons pas revivre cela. La remise en cause de la libre circulation des personnes serait un coup dur pour une Europe si libre et si diversifiée!

    L’UE n’est pas parfaite. Mais elle protège la paix en Europe.

    Critiquer l’Union Européenne est légitime. La détruire ne l’est pas ! Bien sûr, des réformes et des améliorations sont nécessaires afin de préparer l’UE au futur. Mais ces réformes doivent se faire dans l’unité et la cohérence, et non pas dans le rejet et la discorde.

    Il devient plus nécessaire que jamais de consolider l’UE. N’est-ce pas un privilège que de considérer ses voisins comme des amis? De pouvoir se déplacer librement et sans contrôle? De ne jamais devoir changer sa monnaie? Et surtout, de vivre en paix?

    Pour nous, Européens, ces avantages sont devenus une évidence, comme tant de choses de l’UE. Mais cependant, tout pourrait disparaître si nous n’y prenons pas garde.

    Chers concitoyens européens,

    Nous sommes pro-européens et le proclamons haut et fort!

    Nous sommes fiers de faire partie d’une Union de 510 millions de personnes de cultures diverses et variées!

    Nous voulons des échanges et pas de murs! Notre Union Européenne doit être synonyme de liberté, de sécurité et de paix!

    Nous voulons une Union Européenne plus démocratique, plus transparente et plus juste socialement!

    Nous avons besoin de projets fédérateurs.

    Dessin de Claudio Cadei/Cartoon Movement

  • L'Europe et les Etats-Unis : Entre l’OTAN et l’Europe, il va falloir choisir

    VoxEurop
    06 février 2017

    Dans une situation géopolitique toujours plus instable et imprévisible, l’Europe est coincée entre une Russie toujours plus belliqueuse, une Amérique qui se replie sur elle-même et un Moyen-Orient empêtré dans de multiples conflits. C’est pour cela que l’Union Européenne doit choisir : le statu quo en choisissant l’OTAN pour sa défense ou une démarche proactive : faire d’une défense européenne une réalité.

    L’OTAN a longtemps été nécessaire à notre continent. Il fut nécessaire dans les années qui ont suivi la guerre, face à l’URSS. Et si l’influence américaine était déjà contestable, elle était obligatoire dans une Europe décimée par la guerre, les nationalismes extrêmes et l’horreur de la Seconde Guerre Mondiale.

    Cette dépendance européenne à cette alliance transatlantique a été indispensable, notamment pour l’ensemble des pays de l’ancien bloc de l’est, qui cherchent d’ailleurs à y faire intégrer leurs voisins les plus proches (Ukraine, Géorgie….). Cette protection mutuelle, surtout aujourd’hui face aux dérives de Vladimir Poutine, a pour avantage de protéger, d’une certaine manière, notre continent de la guerre.

    Néanmoins, l’OTAN a très clairement été un outil pour les Etats-Unis afin d’assurer leur puissance et a rencontré beaucoup (trop) d’échecs : les multiples interventions au Moyen-Orient (pas toujours suivies par les membres de l’alliance), le bourbier dans la guerre de Yougoslavie.

    L’organisation actuelle de la coopération transatlantique est obsolète.

    L’OTAN est une organisation d’un monde bipolarisé qui n’a plus lieu d’être. L’élection de Donald Trump aux Etats-Unis donne l’occasion à l’Europe de mettre fin à cette dépendance et d’enfin construire sa propre défense, pour enfin avoir une Europe indépendante et souveraine dans un monde toujours plus instable.

    L’alliance transatlantique, telle qu’envisagée aujourd’hui, est obsolète. Car si elle nous éloigne de la guerre, elle nous rapproche des tensions. Ces tensions tiennent aux provocations que les mouvements de l’OTAN peuvent engendrer (comme les essais en Pologne ou la possible adhésion de l’Ukraine), au bon vouloir des Etats-Unis alors que c’est notre propre continent, et lui seul, qui en serait affecter si ces tensions ne sont pas apaisées.

    L’élection de Trump est donc une raison (une occasion) pour l’Europe de se détacher de l’OTAN. Les dépenses inhérentes à l’OTAN étant majoritairement à la charge des Etats-Unis, un potentiel retrait ou repli oblige l’Europe à passer par d’autres canaux pour assurer sa défense. Puisque l’élection de Donald Trump annonce probablement le retour de la doctrine Monroe comme fil rouge de la diplomatie américaine et une Amérique isolationniste, une Europe isolée doit se doter d’une défense propre.

    L’OTAN est une vieille institution fondée sur la peur du communisme, sur une peur de la Russie. Cette peur, légitime, n’a plus vraiment de réalité aujourd’hui. La faiblesse de la Russie, que ce soit sur la scène internationale ou quant au commerce international (au vu des difficultés économiques graves que le pays rencontre) prouve que, malgré ses tentations expansionnistes, la Russie ne peut être seule. Et elle sera forcée à la discussion si elle fait face à un bloc, qui représenterait la première puissance commerciale et une des zones les plus puissantes du monde : l’Union Européenne.

    La suprématie américaine dans le commandement de l’OTAN doit nous inciter à s’en dégager. La coopération transatlantique est indispensable, mais elle doit se faire à part égale. Quelle aptitude a le pays de l’Oncle Sam à connaitre une situation géographique qui est la nôtre ? Comment peut-il déduire que ce qui est bon pour nous est d’avoir telle ou telle position sur la situation dans les Balkans ou en Lybie ? Il ne peut pas, il n’agit qu’en fonction de ses intérêts, ce qui paraît logique lorsqu’on est la première, ou deuxième, puissance du monde !

    Les difficultés pour mettre en place une défense européenne

    L’Europe est pourtant aujourd’hui incapable de se résoudre à enfin se doter d’une défense commune. Le Brexit et les réticences de la France, attachée à sa tradition interventionniste, sont les premières raisons de l’absence de défense européenne. Mais elles ne sont pas seules. Une défense européenne supposant une diplomatie à peu près commune et démocratique (c’est-à-dire sans remettre en cause les positions actuelles de chacun), elle est difficile à mettre en œuvre. La dépendance au gaz russe en est le premier exemple : comment compter dans ses membres un pays qui s’approvisionne majoritairement par la Russie, elle qui peut couper les vannes en cas de conflit. Comment, alors, avoir une même position sur le sujet ?

    Le meilleur exemple de ces difficultés étant aussi la position sur la Syrie aujourd’hui : la France tient une position stricte sur le départ de Bachar Al Assad alors que dans le même temps F.Mogherini essaye de préserver l’influence de l’Europe en proposant un compromis axé autour d’un accord commercial.

    Une défense européenne représente donc un nouveau palier d’intégration, une intégration « régalienne ». Elle aurait l’avantage de donner à l’Europe ce qu’elle n’a jamais eu : une réelle souveraineté militaire et diplomatique, indépendante.

    Les chantres de la « coopération militaire » se leurrent : si une défense européenne ne peut commencer que par des coopérations, elle ne peut s’y limiter ! Si certains pays préféreraient intervenir à la place des autres tout en les faisant participer, cela n’est pas tenable. C’est impossible car cette « semi-intégration » a toujours montré ses limites. Comment interdire un droit de regard à un pays tiers qui finance vos opérations ? Et s'il a sa part de décision, de choix, comment le faire accepter par un Etat-major national et des hommes au sol qui ont une nationalité différente.

    Sans faire de parallèle hasardeux, l’Europe n’a pas connu la guerre, pour les plus vieux de ses pays, depuis bien longtemps. Une coopération ne dure que peu longtemps face à une situation nouvelle et dangereuse, et la France et le Royaume-Uni étaient bien les alliés de la Tchécoslovaquie en 1937-1938. Une coopération militaire sur certains projets, même opérationnelle, n’est pas tenable sur le long terme.

    La nécessité d’une Europe de la défense

    Pour ce faire, il ne faut pas répéter les mêmes erreurs : il est nécessaire d’harmoniser avant d’unir, ce qui prendra du temps, sur tout en matière de politique étrangère. Trouver des compromis reste donc essentiel, même si certaines positions semblent être fédératrices chez un grand nombre de pays.

    Il faut donc rendre interdépendants les pays européens et pouvoir organiser une défense commune. Evidemment une défense européenne aboutie n’interviendrait que dans plusieurs années voire plusieurs décennies. Si elle nécessite un abandon de souveraineté, une défense européenne permettrait de retrouver une souveraineté que les pays partageraient : les interventions des pays, seuls, ne sont plus tenables : manque de moyens, mauvaise organisation voire échec total de l’intervention (Lybie, la situation en Centrafrique est loin d’être stable), ainsi que des opportunités manquées (comment ne pas se désoler de l’absence d’intervention contre le régime syrien après l’utilisation d’armes chimiques, du fait des réticences américaines).

    Un corps européen (EUROCORP) existe déjà, mais il est peu opérationnel et représente un nombre très peu élevé de militaires (57 militaires seulement de cette force qui regroupe aujourd'hui à peine 1000 soldats ont participé au renouvellement des forces au Mali). Une défense européenne commencerait donc par la création d’un QG regroupant et organisant les différentes coopérations européennes (réelles cette fois-ci). Il s’agirait ensuite d’entraîner et de mettre en commun des forces provenant de chaque pays, afin de les rendre opérationnelles. Un fonds stratégique, déjà proposé par la commission mais très insuffisant, mettrait en commun des fonds de recherche militaire et permettrait de faire des achats communs, cela permettrait d'éviter des situations abracadabrantesques comme pour l’armée Française : seul un blindé sur deux est aujourd’hui utilisable du fait de l’obsolescence des véhicules et du manque de moyens pour les renouveler.

    Cette situation transitoire permettrait de créer une réelle dynamique, et de faire un pas de plus vers une défense européenne.

    Avoir une défense européenne, c’est donc s’assurer d’avoir sa voix au chapitre des grands de ce monde. Le poids économique n’étant pas éternel (aucun des pays de l’UE ne sera dans le G8 dans les prochaines décennies) ni facteur automatique de puissance diplomatique, le choix d’une défense européenne paraît le choix le plus judicieux.

    Il n’est pas non plus exclusif d’une coopération transatlantique. Remettre en cause l’OTAN sous sa forme actuelle n’est pas une tare : cela nous incite seulement à nous poser cette question, l’OTAN est-il toujours adapté aux enjeux de sécurité pesant sur l’UE ? Non, à partir de ce diagnostic, avoir une défense européenne permettrait d’avoir une réelle coopération transatlantique, côte à côte, d’égal à égal.

    Et la difficulté de la tâche ne doit pas nous rebuter : toucher à l’instrument d’exercice de puissance des Etats est symbolique. Le leadership des Etats-nations s’en retrouverait affaibli. Et si on peut toujours faire jouer la petite musique du « there is no alternative », la vraie raison est qu’une défense européenne a tout lieu d’être : elle nous assure la souveraineté (et réelle cette fois-ci, où l’on ne manquera pas de missiles, comme la France, pour mener ses opérations en Irak et en Syrie) et l’indépendance, elle nous assure d’être une puissance pacifique, qui ne tombera plus jamais dans les travers de la surenchère militariste que nous avons vécu dans l’entre-deux-guerres.

    Les difficultés techniques ne doivent pas non plus nous repousser, elles s’effaceront avec le temps. Le « lissage » de notre diplomatie, nécessitant des institutions fortes et démocratiques, se fera petit à petit, il faudra aussi trouver une réponse au droit de veto, français, à l’ONU, et la manière d’intégrer le Royaume-Uni si ce dernier souhaite y participer.

    Il est bien temps de réagir. Fukuyama annonçait la fin de l’Histoire, mais elle n’a jamais cessé d’être modelée par nos choix, par les décisions des grandes puissances. L’Europe devrait se penser comme telle pour qu’elle puisse elle aussi façonner le sens de l’Histoire, pour qu’elle puisse y participer en mettant en avant ses valeurs.

    Si tel n’est pas le cas, l’UE et ses Etats-membres seront déstabilisés par les soubresauts d’une Histoire qui reste le fruit de nos choix, et cela se fera au détriment de la paix, de la prospérité et de la sécurité de nos concitoyens.

    La défense européenne, c’est l’avenir de notre continent. C’est avant tout un instrument de paix et de diplomatie, c’est aussi un instrument de protection, et c’est enfin, espérons ne pas en venir à là, un instrument de dissuasion. L’unité est notre avenir, ne manquons pas de la parachever lorsque l’Histoire nous en donne l’occasion, comme aujourd’hui.

    Cartoon de Marian Kamensky, montant Jean-Claude Juncker devant Vladimir Poutine : "Ne t'inquiète pas Vladimir ! L'armée de l'Union Européenne n'est pas destinée à être envoyée tout de suite"

  • 2017, année électorale : Osez l’Europe !

    VoxEurop
    03 février 2017

    Présidentielle en France, législatives aux Pays-Bas et en Allemagne : 2017 est une année cruciale pour l'Europe. Pour cela, et pour contrer la vague populiste qui menace de les balayer, les candidats doivent saisir l'occasion d'avancer leurs idées pour l'avenir de l'Union.

    Des élections nationales auront lieu dans plusieurs pays européens en 2017, pour élire le futur chefs de l’Etat en France et celui du gouvernement en Allemagne, notamment. Dans le contexte des campagnes électorales qui s'annoncent, nous appelons les candidat(e)s à mettre en avant le débat concernant leurs propositions d'avenir pour l'Europe, et tout particulièrement pour la zone Euro et la zone Schengen.

    Les principaux thèmes d'une campagne politique nationale d'aujourd'hui sont en effet trop étroitement liés à la coopération européenne pour pouvoir occulter le rôle central de cette dernière.

    Par exemple, il n’est plus crédible de concevoir une politique économique et sociale d'envergure sans régler la question européenne.

    Il est vain d'envisager notre sécurité et un maintien durable de la paix, répondants aux grandes questions géopolitiques ou migratoires du 21ème siècle, sans parler d’Europe.

    De même, il est illusoire d'espérer lutter efficacement contre le changement climatique et pour la préservation de l'environnement sans pouvoir s'appuyer sur un échelon européen uni.

    Enfin, il est inconcevable de bâtir la démocratie de notre avenir sans choisir entre d’un côté, un retour assumé vers des nations indépendantes similaires aux années 1930, ou au contraire une avancée résolue vers une entité fédérale européenne en lien direct avec ses citoyens.

    Osons vraiment l'Europe ! Ou alors, abandonnons ce projet : exit l'Europe. Entre ces deux choix clairs, il n’y a rien qui tienne vraiment la route.

    L'Europe souffre actuellement de dysfonctionnements car c'est une construction inachevée. Mais ce n'est pas une fatalité, bien au contraire ! Si l'approche intergouvernementale ayant prédominé jusqu'ici a atteint ses limites, le potentiel bénéfique et fédérateur de l'Europe reste a priori immense et sous-employé.

    Dans notre contexte de mondialisation inéluctable, l’origine de la vague populisme actuelle et de la relative impuissance de diverses politiques nationales n'est pas sans lien avec le manque de cohérence, de transparence et de perspectives en ce qui concerne l'Europe. Nous nous trouvons maintenant au moment clef où il faut mettre fin à ce manque, et à ses conséquences néfastes.

    Nous appelons donc les candidat(e)s à se saisir pleinement de ce sujet lors des débats publics menant aux élections prochaines. Vos concitoyens ont besoin d'un débat de premier plan alimenté par vos propositions pour avancer sur une question centrale pour notre avenir à tous : l'Europe.

  • Conférence A Soul for Europe : Urgent – cherche une âme pour l’Europe

    VoxEurop
    20 novembre 2016

    Le titre ne pouvait être mieux choisi pour exprimer le moment que traversent l'Europe et le projet européen, sous le coup de plusieurs menaces, comme une crise de l'euro irrésolue, des désertions comme celle du Brexit, avec des désaccords sur des questions globales, comme l'a révélé au grand jour la signature après moult discussions du traité de libre échange avec le Canada et, au final, la victoire de Donald Trump à la présidentielle aux Etats-Unis et son intention de réviser les rapports transatlantiques. Un ensemble d'incertitudes qui nous interpellent sur l'actualité du projet européen, de sa perception et sur les réponses que ces menaces appellent.

    C'est dans ce but que s'est déroulée à Berlin la conférence A Soul for Europe, les 8 et 9 novembre derniers, à l'initiative de la Fondation Allianz et la Fondation Berlin Zukunft. Elle a réuni des responsables politiques, des acteurs de la société civile, des journalistes et des experts afin de discuter du projet européen et sur quels axes le relancer. La première journée était entièrement consacrée au débat sur la position des villes, ces acteurs-clé de la construction européenne. Trois débats ont émaillé la segonde : la culture comme facteur d'intégration, le phénomène de l'immigration et la manière dont il affecte la construction européenne et la construction de l'Europe des citoyens à partir de ces derniers. Des participants comme Ivan Krastev ou Ulrike Guerot ont conclu que la participation des citoyens est fondamentale pour la formation d'un "démos" européen et pour revitaliser le projet européen. Pour cela, il faut renforcer ces moyens de participation, à partir des institution. Un point de vue soutenu également par des blogueurs comme Jon Worth.

    Plusieurs projets allant dans ce sens étaient présenté dans l'espace Marketplace Europe, tels vonkiezzukiez.eu (“De quartier à quartier"), qui vise à mettre en relation les problèmes qu'affrontent les quartiers et les villes européens à travers une discussion collective entre citoyens et représentants des institutions. Le projet Migration Matters vise à montrer au grand public la réalité des migrations à travers des enquêtes rigoureuses. European Alternatives, s'active pour l'"émergence d'un espace politique transnational qui attribue aux citoyens la capacité de décision."

    La journée a été clôturée par l'intervention du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, avec un discours sur l'état de l'Europe, avec le soutien de la Fondation Konrad Adenauer. Juncker, qui de près apparaît plus humain et moins médiatisé que son image publique laisse entendre, a insisté sur un point essentiel pour tous ceux qui sont impliqués ou affectés par le projet européen : "je lis souvent que l'Union européenne est le problème principal du contient européen. Je pense au contraire que c'est la seule solution possible afin que l'Europe soit capable de survivre dans le monde de demain."