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  • Election présidentielle en France : Le marché unique européen responsable de tous les maux

    VoxEurop
    19 avril 2017

    Trois des candidats à la magistrature suprême font de la sortie de l’Europe leur principal cheval de bataille. Les autres ne sont pas en reste et fustigent le carcan imposé par les traités européens et les bureaucrates de Bruxelles. Les politiques français feignent d’avoir oublié les avantages de l’intégration.

    Moment mémorable du seul débat télévisé à onze de cette campagne électorale : discussion autour de la directive sur les travailleurs détachés. La plupart des prétendants – de l’extrême gauche (Jean-Luc Mélenchon) à l’extrême droite (Marine Le Pen) – se sont mis à tirer à boulets rouges sur ce texte honni. Même le candidat de la droite modérée, François Fillon, censé être libre échangiste et libéral, a inscrit l’objectif de “réviser de fond en comble [cette] directive” dans son programme.

    Autre point soulevé lors de cette bataille électorale : la délocalisation de Whirlpool en Pologne. Loin d’être le seul à la critiquer avec virulence, le candidat du Parti socialiste, Benoît Hamon, a déclaré que l’entreprise devait “rembourser immédiatement et intégralement toutes les aides publiques indûment perçues” dans le cadre du CICE (crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi). Une formule qui sonne bien mais qui reste impossible à réaliser car l’objectif affiché consistant à créer des emplois n’était en rien contraignant pour les entreprises et relevait plus de la wish list utopique du gouvernement.

    Or, c’est l’idée même de marché unique européen qui est remise en cause à travers ces tirades marquant l’opposition à la libre circulation des travailleurs et des capitaux. Rappelons que c’est Jacques Delors, un socialiste français, loin d’être le plus fervent partisan d’un capitalisme débridé à tout va, qui a donné l’impulsion à ce marché unique à travers l’Acte unique européen. Il a tout simplement constaté que l’établissement d’un véritable marché intérieur bénéficierait à l’ensemble des nations européennes. D’ailleurs, il ne s’est pas trompé car le marché unique a permis de créer presque 3 millions d’emplois et augmenté le PIB de l’Union de plus de 2 points entre 1992 et 2008. Il a posé les fondations des “quatre libertés” qui ne sont cependant pas encore entièrement garanties et ne le seront peut-être jamais. La création d’un marché unique est plus un processus continu qu’une étape achevée à un moment T. La directive sur les travailleurs détachés y contribue.

    Ce texte est certainement imparfait car il n’est pas accompagné d’une harmonisation des cotisations sociales. Mais l’opposition véhémente et peu constructive des candidats à l’élection présidentielle à son encontre révèle une méfiance plus générale à l’égard de tout ce qui vient du Bruxelles, en particulier en matière d’économie. Or, il convient de constater que c’est grâce à l’UE que :

    • Les exportations françaises vers l’UE s’élèvent à 271 milliards d’euros

    • De nombreux citoyens français – 650 000, selon le registre des Français établis à l’étranger qui ne reflète qu’une partie de la réalité – habitent dans un autre Etat membre de l’UE en bénéficiant du droit au travail et des droits sociaux au même titre que les ressortissants nationaux

    • Les consommateurs français peuvent acheter des marchandises en provenance de toute l’Europe, sans payer de droits de douanes et en ayant la garantie qu’elles respectent les normes qui s’appliquent dans l’Hexagone.

    La liste des avantages de l’intégration est bien plus longue encore. Les entreprises françaises ont investi massivement en Europe centrale et orientale après l’élargissement de 2004, ce qui a redynamisé leur activité et participé au développement de l’économie française.

    Mais s’il y a une particularité bien française, c’est celle de vouloir le beurre et l’argent du beurre. Toutes les dispositions européennes aujourd’hui dénoncées par les candidats participent à un tout qui dans son ensemble profite largement aux Français. Si chaque gouvernement national commençait à mettre des bâtons dans les roues du projet européen en opposant son veto aux textes qui nécessitent des sacrifices pour certaines catégories de sa population, l’Union n’irait pas bien loin. La solidarité européenne suppose que l’on fasse des concessions dans certains domaines pour en obtenir sur d’autres dossiers.

    Les médias nous parlent d’un “match à quatre” candidats à cinq jours du premier tour du scrutin, tellement les écarts entre les candidats sont étriqués. Parmi eux, Marine le Pen qui prône tout bonnement la sortie de l’UE, et Jean-Luc Mélenchon qui veut imposer sa vision du Vieux Continent aux 26 autres partenaires européens. Si cette condition n’est pas satisfaite, il sortira la France de l’Union. On est bien loin de la culture des consensus européens.

    Faut-il donc craindre un “Frexit”, une sortie de la France de l’UE ? Cette possibilité ne peut certainement pas être exclue. Mais les Français sont une nation capable de prendre la mesure de ses décisions. Et elle ne voudrait certainement pas mettre un trait sur toutes les avancées permises par l’Europe – celles du marché unique, mais aussi l’euro, Erasmus, les programmes européens de recherche et la garantie de vivre sur un continent en paix.

  • Médias : Un nouveau réseau de datajournalisme européen

    VoxEurop
    31 mars 2017

    Nous sommes heureux d’annoncer une nouvelle initiative de datajournalisme au service des médias. A partir d’octobre 2017, le European Data Journalism Network – EDJNet commencera à produire, partager et publier des contenus d’actualité data sur les affaires européennes en Europe et au-delà. Son objectif est de fournir aux médias européens des contenus d’actualité fiables et rigoureux, une assistance technique et éditoriale, et une source d’information utile et accessible pour mieux comprendre l’Europe.

    Les contenus produits par EDJNet seront en accès libre à travers un site multilingue et open source et sur les sites web des partenaires. EDJNet a été créé par un consortium de médias européens menés par Osservatorio Balcani e Caucaso Transeuropa (Italie) et VoxEurop (France), en partenariat étroit avec trois autres médias – Alternatives économiques (France), Spiegel Online (Allemagne), EUObserver (Belgique) – ainsi que trois agences spécialisées dans le datajournalisme – Journalism++ (France); Local Focus (Pays-Bas) et Journalism Robotics (Suède). Huit autres médias – deux spécialisés dans le datajournalisme (BIQdata chez Gazeta Wyborcza en Pologne et Pod črto en Slovénie) et six médias réputés dans leurs pays respectifs (Askanews et Internazionale en Italie, NRC Handelsblad aux Pays-Bas , El Confidential en Espagne, H-Alter en Croatie et Ouest-France en France) – font déjà partie des premiers partenaires du réseau étendu d’EDJNet. L’audience cumulée des membres du réseau est de 70 millions de visiteurs uniques par mois et le réseau sera bien sûr ouvert à de nouveaux membres.

    La rédaction transnationale d’EDJNet va :

    • Produire des enquêtes data, des articles d’analyse et d’approfondissement, du journalisme explicatif, des infographies, des animations vidéo et des revues de presse en 12 langues.

    • Développer des outils automatiques afin d’augmenter la productivité des rédactions sur les questions européennes et assurer la curation des ressources data, les outils et les infos existants, afin d’encourager les utilisateurs à suivre et à couvrir les affaires européennes.

    • Fournir un conseil à la demande et sur mesure pour les datajournalistes à travers son assistance en ligne et ses webinaires.

    • Lancer des projets de coproduction et de partage de contenus avec d’autres médias européens, à travers des partenariats éditoriaux et la syndication.

    Les contenus seront produits par un ou plusieurs partenaires conjointement. Ils seront adaptés et édités en fonction des besoins des partenaires et des habitudes de lecture de chaque public.

    Le projet est financé par une bourse de la Commission européenne. Les membres jouissent d’une pleine et complète indépendance éditoriale.

    Les médias intéressés peuvent aller sur EDJnet à partir du mois d’octobre 2017.

    En attendant, nous publierons des mises à jour sur les sites des partenaires et sur #EDJNet et #ddj.

    Contacts:

    Nicole Corritore

    Osservatorio Balcani e Caucaso Transeuropa

    corritore@balcanicaucaso.org

    Gian Paolo Accardo

    VoxEurop

    editor@voxeurop.eu

  • 8 mars Journée internationale des droits des femmes : Pas de roses ni de rouge à lèvres, mais des droits !

    VoxEurop
    08 mars 2017

    Il n'y a qu'une manière d'être féministe c'est de respecter la femme comme l’égale de l’homme. Mais il y a mille et unes manières de blesser une femme et de ne pas la respecter.

    En lui donnant un salaire moins important, en ne lui laissant pas de place dans une profession, en faisant une blague de gros lourd dans un cabinet médical ( du légendaire humour de médecine nommé « tradition carabine »), en la touchant un peu dans le métro l’air de rien, en la sifflant gentiment (pour la quinzième fois de la journée!!!) dans la rue, en l'insultant quand elle dit non -ou pire en la contraignant, en l’utilisant dans la Pub pour vendre des yaourts, des vêtements, une voiture, un bidet, un mauvais canapé…, en lui indiquant comment s’habiller/ se déshabiller été comme hiver, et surtout quel poids elle doit faire ( selon les magazines une femme ne doit jamais dépasser la taille d une fille de 14 ans, merci la mode mais les hommes et les femmes semblent aussi aimer les formes), en ignorant ses émotions, en la blessant moralement ou même, physiquement...

    Et puis en lui demandant parfois pardon pour mieux recommencer. En refusant son consentement. En la pliant à ses désirs, égoïstement. En lui indiquant quand elle doit avoir un enfant, quand et comment elle doit le faire ou ne pas le faire et en jugeant ses choix, quels qu’ils soient. À part cela la femme est libre ! Alors de quoi se plaint elle ? Et toutes ces « connasses » de féministes castratrices que veulent elles de plus ? Elles ont voulu l’égalité elles l’ont mais elles en veulent toujours plus. Bref. En France, pays civilisé s’il en est, une femme meurt encore sous les coups de son conjoint tous les trois jours. Sans compter toutes les autres femmes blessées : celles que l’on maltraite au travail par exemple. De toute façon il lui faudra dix ans pour s’en remettre et il y aura prescription bien avant qu’une femme puisse s'en relever. N'est-ce pas les Baupin, les DSK, les patrons de presse désinhibés ?

    Denis Baupin vient justement de déposer une poursuite judiciaire à l’encontre des femmes qui avaient porté plainte pour harcèlement sexuel, elles qui ont été déboutées pour prescription.

    Alors de grâce, Messieurs, n'offrez pas de roses et ne mettez pas de rouge à lèvres mais élevez votre voix pour défendre nos droits. La journée de la femme est une ineptie, mais une ineptie nécessaire, et ce, tant que la volonté d’une femme sera ignorée ou jugée secondaire par rapport à celle d’un homme, ou d’une société patriarcale. LA FEMME EST UN HOMME COMME LES AUTRES. Alors traitez-nous comme vos égales, en droits. Si, comme moi, vous en avez assez du 8 mars, œuvrez à changer les choses, à bouger les lignes, à faire en sorte que tous les êtres humains aient le même respect de leur dignité.

    Et vous n'entendrez plus de voix s'élever le 8 mars.

    À la veille de la présidentielle, pourquoi ne pas demander des lois renforçant les droits des femmes ?

    • le retrait de la prescription pour toute affaire relative aux violences sexistes/sexuelles

    • l’égalité des salaires

    • la PMA pour toutes les femmes sans conditions discriminatoires

    • la même chance professionnelle dans tous les domaines et peu importe la hiérarchie quitte à favoriser l’embauche positive (discrimination positive)

    • des sanctions strictes appliquées à l'encontre d'auteurs de violences sexistes ainsi qu’un travail d’intérêt général à la faveur de l’égalité homme-femme

    • une retraite pour les prostituées (qui paient un impôt sur le travail !)

    • proscrire les expressions sexistes pugnitives : « pute » «poufiasse » (on ne dit pas « espèce de pouffion » ni « sale puton » à un homme)

    • une formation sur l'égalité des sexes à l'école intégrée au parcours scolaire afin d'éduquer les futures générations

    D'autres idées ? Profitez du 8 mars pour les lister, ce sera plus utile qu'un bouquet de fleurs ;)

  • 60 ans du Traité de Rome : On ne badine pas avec l’Union Européenne

    VoxEurop
    03 mars 2017

    Le climat actuel est particulièrement anxiogène et nous pensons que nous, les citoyens, devons prendre la parole et faire entendre notre voix. C'est pourquoi des élèves du Lycée Franco-Allemand de Fribourg en Allemagne ont écrit et traduit ce texte ci-joint. Cette tribune est soutenue par le conseil des délégués des élèves, le conseil des parents, l'ensemble des professeurs et la direction de l'établissement.

    Non à l’UE !” disent-ils. D’accord. Et après? Le nationalisme? L’exclusion et l’isolationnisme? Susciter la haine et fermer les frontières?

    Les mouvements anti-européens ont le vent en poupe et pas seulement en Grande-Bretagne, chez nous aussi. Ils montrent clairement que l'euroscepticisme est devenu une menace pour les valeurs fondamentales de la vie commune européenne. Pourquoi 60 ans après la création de la Communauté Économique Européenne les Européens tournent-ils le dos à une de leurs plus grandes avancées?

    Il est compréhensible que certains des 510 millions de citoyens de l’UE la remettent en question. En effet, notre UE, telle qu’elle existe aujourd’hui, est imparfaite et complexe. Elle avantage fortement les lobbies et tend à abandonner le simple citoyen. L’UE se veut être une unité mais n’est pas capable de mener une politique homogène et cohérente. L’absence d’une telle politique empêche de combattre l’accroissement des inégalités économiques et sociales entre les différents citoyens des différents pays.

    Il est inutile de rappeler ici les conséquences d’une Europe divisée et opposée. Ou peut-être le faut-il? La première moitié du siècle dernier peut servir d’avertissement.

    La Communauté Économique Européenne a été fondée il y a 60 ans avec la volonté de garantir et préserver la paix. Or, c’est précisément à une époque comme la nôtre, dans un monde incertain, où des milliers de personnes fuient la terreur et les guerres, que nous devons apprécier à sa juste valeur un si beau cadeau et le protéger à tout prix. Il serait vraiment très imprudent de sous-estimer les dangers qui la menacent.

    N’oublions pas que l’UE protège la démocratie, la liberté de presse, d’expression et de religion, pour ne citer que quelques uns des droits inviolables, dont nous Européens, nous pouvons profiter. N’est-ce pas un privilège de vivre dans un pays dans lequel les principes de liberté et d’autodétermination sont ancrés dans la Constitution?

    Tous les États de l’UE doivent respecter les principes démocratiques, et les États candidats à une adhésion ne peuvent échapper aux processus de réformes qui vont dans ce sens. L’UE contribue ainsi à la diffusion de ces valeurs démocratiques.

    En outre, deux des aspects les plus importants sont la libre circulation des personnes et la monnaie commune. Certes, nous sommes loin d’avoir atteint la perfection dans ces domaines et l’euro est souvent sous le feu des critiques. Dans la zone euro, le change de monnaie a disparu, tout comme les coûts de conversion. Nous pouvons voyager dans chaque pays, sans contrôle de passeport, ni même de visa. L’Accord de Schengen, qui assure le passage des frontières, ne contribue donc pas seulement à la dynamique économique, mais aussi à un échange culturel et par là, à la compréhension et à la paix entre les différentes cultures.

    Quand nous entendons que d’autres pays veulent dresser des murs, nous ne pouvons que nous indigner. L’Europe a vécu la division dans sa chair, avec un mur. Nous ne voulons pas revivre cela. La remise en cause de la libre circulation des personnes serait un coup dur pour une Europe si libre et si diversifiée!

    L’UE n’est pas parfaite. Mais elle protège la paix en Europe.

    Critiquer l’Union Européenne est légitime. La détruire ne l’est pas ! Bien sûr, des réformes et des améliorations sont nécessaires afin de préparer l’UE au futur. Mais ces réformes doivent se faire dans l’unité et la cohérence, et non pas dans le rejet et la discorde.

    Il devient plus nécessaire que jamais de consolider l’UE. N’est-ce pas un privilège que de considérer ses voisins comme des amis? De pouvoir se déplacer librement et sans contrôle? De ne jamais devoir changer sa monnaie? Et surtout, de vivre en paix?

    Pour nous, Européens, ces avantages sont devenus une évidence, comme tant de choses de l’UE. Mais cependant, tout pourrait disparaître si nous n’y prenons pas garde.

    Chers concitoyens européens,

    Nous sommes pro-européens et le proclamons haut et fort!

    Nous sommes fiers de faire partie d’une Union de 510 millions de personnes de cultures diverses et variées!

    Nous voulons des échanges et pas de murs! Notre Union Européenne doit être synonyme de liberté, de sécurité et de paix!

    Nous voulons une Union Européenne plus démocratique, plus transparente et plus juste socialement!

    Nous avons besoin de projets fédérateurs.

    Dessin de Claudio Cadei/Cartoon Movement

  • L'Europe et les Etats-Unis : Entre l’OTAN et l’Europe, il va falloir choisir

    VoxEurop
    06 février 2017

    Dans une situation géopolitique toujours plus instable et imprévisible, l’Europe est coincée entre une Russie toujours plus belliqueuse, une Amérique qui se replie sur elle-même et un Moyen-Orient empêtré dans de multiples conflits. C’est pour cela que l’Union Européenne doit choisir : le statu quo en choisissant l’OTAN pour sa défense ou une démarche proactive : faire d’une défense européenne une réalité.

    L’OTAN a longtemps été nécessaire à notre continent. Il fut nécessaire dans les années qui ont suivi la guerre, face à l’URSS. Et si l’influence américaine était déjà contestable, elle était obligatoire dans une Europe décimée par la guerre, les nationalismes extrêmes et l’horreur de la Seconde Guerre Mondiale.

    Cette dépendance européenne à cette alliance transatlantique a été indispensable, notamment pour l’ensemble des pays de l’ancien bloc de l’est, qui cherchent d’ailleurs à y faire intégrer leurs voisins les plus proches (Ukraine, Géorgie….). Cette protection mutuelle, surtout aujourd’hui face aux dérives de Vladimir Poutine, a pour avantage de protéger, d’une certaine manière, notre continent de la guerre.

    Néanmoins, l’OTAN a très clairement été un outil pour les Etats-Unis afin d’assurer leur puissance et a rencontré beaucoup (trop) d’échecs : les multiples interventions au Moyen-Orient (pas toujours suivies par les membres de l’alliance), le bourbier dans la guerre de Yougoslavie.

    L’organisation actuelle de la coopération transatlantique est obsolète.

    L’OTAN est une organisation d’un monde bipolarisé qui n’a plus lieu d’être. L’élection de Donald Trump aux Etats-Unis donne l’occasion à l’Europe de mettre fin à cette dépendance et d’enfin construire sa propre défense, pour enfin avoir une Europe indépendante et souveraine dans un monde toujours plus instable.

    L’alliance transatlantique, telle qu’envisagée aujourd’hui, est obsolète. Car si elle nous éloigne de la guerre, elle nous rapproche des tensions. Ces tensions tiennent aux provocations que les mouvements de l’OTAN peuvent engendrer (comme les essais en Pologne ou la possible adhésion de l’Ukraine), au bon vouloir des Etats-Unis alors que c’est notre propre continent, et lui seul, qui en serait affecter si ces tensions ne sont pas apaisées.

    L’élection de Trump est donc une raison (une occasion) pour l’Europe de se détacher de l’OTAN. Les dépenses inhérentes à l’OTAN étant majoritairement à la charge des Etats-Unis, un potentiel retrait ou repli oblige l’Europe à passer par d’autres canaux pour assurer sa défense. Puisque l’élection de Donald Trump annonce probablement le retour de la doctrine Monroe comme fil rouge de la diplomatie américaine et une Amérique isolationniste, une Europe isolée doit se doter d’une défense propre.

    L’OTAN est une vieille institution fondée sur la peur du communisme, sur une peur de la Russie. Cette peur, légitime, n’a plus vraiment de réalité aujourd’hui. La faiblesse de la Russie, que ce soit sur la scène internationale ou quant au commerce international (au vu des difficultés économiques graves que le pays rencontre) prouve que, malgré ses tentations expansionnistes, la Russie ne peut être seule. Et elle sera forcée à la discussion si elle fait face à un bloc, qui représenterait la première puissance commerciale et une des zones les plus puissantes du monde : l’Union Européenne.

    La suprématie américaine dans le commandement de l’OTAN doit nous inciter à s’en dégager. La coopération transatlantique est indispensable, mais elle doit se faire à part égale. Quelle aptitude a le pays de l’Oncle Sam à connaitre une situation géographique qui est la nôtre ? Comment peut-il déduire que ce qui est bon pour nous est d’avoir telle ou telle position sur la situation dans les Balkans ou en Lybie ? Il ne peut pas, il n’agit qu’en fonction de ses intérêts, ce qui paraît logique lorsqu’on est la première, ou deuxième, puissance du monde !

    Les difficultés pour mettre en place une défense européenne

    L’Europe est pourtant aujourd’hui incapable de se résoudre à enfin se doter d’une défense commune. Le Brexit et les réticences de la France, attachée à sa tradition interventionniste, sont les premières raisons de l’absence de défense européenne. Mais elles ne sont pas seules. Une défense européenne supposant une diplomatie à peu près commune et démocratique (c’est-à-dire sans remettre en cause les positions actuelles de chacun), elle est difficile à mettre en œuvre. La dépendance au gaz russe en est le premier exemple : comment compter dans ses membres un pays qui s’approvisionne majoritairement par la Russie, elle qui peut couper les vannes en cas de conflit. Comment, alors, avoir une même position sur le sujet ?

    Le meilleur exemple de ces difficultés étant aussi la position sur la Syrie aujourd’hui : la France tient une position stricte sur le départ de Bachar Al Assad alors que dans le même temps F.Mogherini essaye de préserver l’influence de l’Europe en proposant un compromis axé autour d’un accord commercial.

    Une défense européenne représente donc un nouveau palier d’intégration, une intégration « régalienne ». Elle aurait l’avantage de donner à l’Europe ce qu’elle n’a jamais eu : une réelle souveraineté militaire et diplomatique, indépendante.

    Les chantres de la « coopération militaire » se leurrent : si une défense européenne ne peut commencer que par des coopérations, elle ne peut s’y limiter ! Si certains pays préféreraient intervenir à la place des autres tout en les faisant participer, cela n’est pas tenable. C’est impossible car cette « semi-intégration » a toujours montré ses limites. Comment interdire un droit de regard à un pays tiers qui finance vos opérations ? Et s'il a sa part de décision, de choix, comment le faire accepter par un Etat-major national et des hommes au sol qui ont une nationalité différente.

    Sans faire de parallèle hasardeux, l’Europe n’a pas connu la guerre, pour les plus vieux de ses pays, depuis bien longtemps. Une coopération ne dure que peu longtemps face à une situation nouvelle et dangereuse, et la France et le Royaume-Uni étaient bien les alliés de la Tchécoslovaquie en 1937-1938. Une coopération militaire sur certains projets, même opérationnelle, n’est pas tenable sur le long terme.

    La nécessité d’une Europe de la défense

    Pour ce faire, il ne faut pas répéter les mêmes erreurs : il est nécessaire d’harmoniser avant d’unir, ce qui prendra du temps, sur tout en matière de politique étrangère. Trouver des compromis reste donc essentiel, même si certaines positions semblent être fédératrices chez un grand nombre de pays.

    Il faut donc rendre interdépendants les pays européens et pouvoir organiser une défense commune. Evidemment une défense européenne aboutie n’interviendrait que dans plusieurs années voire plusieurs décennies. Si elle nécessite un abandon de souveraineté, une défense européenne permettrait de retrouver une souveraineté que les pays partageraient : les interventions des pays, seuls, ne sont plus tenables : manque de moyens, mauvaise organisation voire échec total de l’intervention (Lybie, la situation en Centrafrique est loin d’être stable), ainsi que des opportunités manquées (comment ne pas se désoler de l’absence d’intervention contre le régime syrien après l’utilisation d’armes chimiques, du fait des réticences américaines).

    Un corps européen (EUROCORP) existe déjà, mais il est peu opérationnel et représente un nombre très peu élevé de militaires (57 militaires seulement de cette force qui regroupe aujourd'hui à peine 1000 soldats ont participé au renouvellement des forces au Mali). Une défense européenne commencerait donc par la création d’un QG regroupant et organisant les différentes coopérations européennes (réelles cette fois-ci). Il s’agirait ensuite d’entraîner et de mettre en commun des forces provenant de chaque pays, afin de les rendre opérationnelles. Un fonds stratégique, déjà proposé par la commission mais très insuffisant, mettrait en commun des fonds de recherche militaire et permettrait de faire des achats communs, cela permettrait d'éviter des situations abracadabrantesques comme pour l’armée Française : seul un blindé sur deux est aujourd’hui utilisable du fait de l’obsolescence des véhicules et du manque de moyens pour les renouveler.

    Cette situation transitoire permettrait de créer une réelle dynamique, et de faire un pas de plus vers une défense européenne.

    Avoir une défense européenne, c’est donc s’assurer d’avoir sa voix au chapitre des grands de ce monde. Le poids économique n’étant pas éternel (aucun des pays de l’UE ne sera dans le G8 dans les prochaines décennies) ni facteur automatique de puissance diplomatique, le choix d’une défense européenne paraît le choix le plus judicieux.

    Il n’est pas non plus exclusif d’une coopération transatlantique. Remettre en cause l’OTAN sous sa forme actuelle n’est pas une tare : cela nous incite seulement à nous poser cette question, l’OTAN est-il toujours adapté aux enjeux de sécurité pesant sur l’UE ? Non, à partir de ce diagnostic, avoir une défense européenne permettrait d’avoir une réelle coopération transatlantique, côte à côte, d’égal à égal.

    Et la difficulté de la tâche ne doit pas nous rebuter : toucher à l’instrument d’exercice de puissance des Etats est symbolique. Le leadership des Etats-nations s’en retrouverait affaibli. Et si on peut toujours faire jouer la petite musique du « there is no alternative », la vraie raison est qu’une défense européenne a tout lieu d’être : elle nous assure la souveraineté (et réelle cette fois-ci, où l’on ne manquera pas de missiles, comme la France, pour mener ses opérations en Irak et en Syrie) et l’indépendance, elle nous assure d’être une puissance pacifique, qui ne tombera plus jamais dans les travers de la surenchère militariste que nous avons vécu dans l’entre-deux-guerres.

    Les difficultés techniques ne doivent pas non plus nous repousser, elles s’effaceront avec le temps. Le « lissage » de notre diplomatie, nécessitant des institutions fortes et démocratiques, se fera petit à petit, il faudra aussi trouver une réponse au droit de veto, français, à l’ONU, et la manière d’intégrer le Royaume-Uni si ce dernier souhaite y participer.

    Il est bien temps de réagir. Fukuyama annonçait la fin de l’Histoire, mais elle n’a jamais cessé d’être modelée par nos choix, par les décisions des grandes puissances. L’Europe devrait se penser comme telle pour qu’elle puisse elle aussi façonner le sens de l’Histoire, pour qu’elle puisse y participer en mettant en avant ses valeurs.

    Si tel n’est pas le cas, l’UE et ses Etats-membres seront déstabilisés par les soubresauts d’une Histoire qui reste le fruit de nos choix, et cela se fera au détriment de la paix, de la prospérité et de la sécurité de nos concitoyens.

    La défense européenne, c’est l’avenir de notre continent. C’est avant tout un instrument de paix et de diplomatie, c’est aussi un instrument de protection, et c’est enfin, espérons ne pas en venir à là, un instrument de dissuasion. L’unité est notre avenir, ne manquons pas de la parachever lorsque l’Histoire nous en donne l’occasion, comme aujourd’hui.

    Cartoon de Marian Kamensky, montant Jean-Claude Juncker devant Vladimir Poutine : "Ne t'inquiète pas Vladimir ! L'armée de l'Union Européenne n'est pas destinée à être envoyée tout de suite"

  • 2017, année électorale : Osez l’Europe !

    VoxEurop
    03 février 2017

    Présidentielle en France, législatives aux Pays-Bas et en Allemagne : 2017 est une année cruciale pour l'Europe. Pour cela, et pour contrer la vague populiste qui menace de les balayer, les candidats doivent saisir l'occasion d'avancer leurs idées pour l'avenir de l'Union.

    Des élections nationales auront lieu dans plusieurs pays européens en 2017, pour élire le futur chefs de l’Etat en France et celui du gouvernement en Allemagne, notamment. Dans le contexte des campagnes électorales qui s'annoncent, nous appelons les candidat(e)s à mettre en avant le débat concernant leurs propositions d'avenir pour l'Europe, et tout particulièrement pour la zone Euro et la zone Schengen.

    Les principaux thèmes d'une campagne politique nationale d'aujourd'hui sont en effet trop étroitement liés à la coopération européenne pour pouvoir occulter le rôle central de cette dernière.

    Par exemple, il n’est plus crédible de concevoir une politique économique et sociale d'envergure sans régler la question européenne.

    Il est vain d'envisager notre sécurité et un maintien durable de la paix, répondants aux grandes questions géopolitiques ou migratoires du 21ème siècle, sans parler d’Europe.

    De même, il est illusoire d'espérer lutter efficacement contre le changement climatique et pour la préservation de l'environnement sans pouvoir s'appuyer sur un échelon européen uni.

    Enfin, il est inconcevable de bâtir la démocratie de notre avenir sans choisir entre d’un côté, un retour assumé vers des nations indépendantes similaires aux années 1930, ou au contraire une avancée résolue vers une entité fédérale européenne en lien direct avec ses citoyens.

    Osons vraiment l'Europe ! Ou alors, abandonnons ce projet : exit l'Europe. Entre ces deux choix clairs, il n’y a rien qui tienne vraiment la route.

    L'Europe souffre actuellement de dysfonctionnements car c'est une construction inachevée. Mais ce n'est pas une fatalité, bien au contraire ! Si l'approche intergouvernementale ayant prédominé jusqu'ici a atteint ses limites, le potentiel bénéfique et fédérateur de l'Europe reste a priori immense et sous-employé.

    Dans notre contexte de mondialisation inéluctable, l’origine de la vague populisme actuelle et de la relative impuissance de diverses politiques nationales n'est pas sans lien avec le manque de cohérence, de transparence et de perspectives en ce qui concerne l'Europe. Nous nous trouvons maintenant au moment clef où il faut mettre fin à ce manque, et à ses conséquences néfastes.

    Nous appelons donc les candidat(e)s à se saisir pleinement de ce sujet lors des débats publics menant aux élections prochaines. Vos concitoyens ont besoin d'un débat de premier plan alimenté par vos propositions pour avancer sur une question centrale pour notre avenir à tous : l'Europe.

  • Conférence A Soul for Europe : Urgent – cherche une âme pour l’Europe

    VoxEurop
    20 novembre 2016

    Le titre ne pouvait être mieux choisi pour exprimer le moment que traversent l'Europe et le projet européen, sous le coup de plusieurs menaces, comme une crise de l'euro irrésolue, des désertions comme celle du Brexit, avec des désaccords sur des questions globales, comme l'a révélé au grand jour la signature après moult discussions du traité de libre échange avec le Canada et, au final, la victoire de Donald Trump à la présidentielle aux Etats-Unis et son intention de réviser les rapports transatlantiques. Un ensemble d'incertitudes qui nous interpellent sur l'actualité du projet européen, de sa perception et sur les réponses que ces menaces appellent.

    C'est dans ce but que s'est déroulée à Berlin la conférence A Soul for Europe, les 8 et 9 novembre derniers, à l'initiative de la Fondation Allianz et la Fondation Berlin Zukunft. Elle a réuni des responsables politiques, des acteurs de la société civile, des journalistes et des experts afin de discuter du projet européen et sur quels axes le relancer. La première journée était entièrement consacrée au débat sur la position des villes, ces acteurs-clé de la construction européenne. Trois débats ont émaillé la segonde : la culture comme facteur d'intégration, le phénomène de l'immigration et la manière dont il affecte la construction européenne et la construction de l'Europe des citoyens à partir de ces derniers. Des participants comme Ivan Krastev ou Ulrike Guerot ont conclu que la participation des citoyens est fondamentale pour la formation d'un "démos" européen et pour revitaliser le projet européen. Pour cela, il faut renforcer ces moyens de participation, à partir des institution. Un point de vue soutenu également par des blogueurs comme Jon Worth.

    Plusieurs projets allant dans ce sens étaient présenté dans l'espace Marketplace Europe, tels vonkiezzukiez.eu (“De quartier à quartier"), qui vise à mettre en relation les problèmes qu'affrontent les quartiers et les villes européens à travers une discussion collective entre citoyens et représentants des institutions. Le projet Migration Matters vise à montrer au grand public la réalité des migrations à travers des enquêtes rigoureuses. European Alternatives, s'active pour l'"émergence d'un espace politique transnational qui attribue aux citoyens la capacité de décision."

    La journée a été clôturée par l'intervention du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, avec un discours sur l'état de l'Europe, avec le soutien de la Fondation Konrad Adenauer. Juncker, qui de près apparaît plus humain et moins médiatisé que son image publique laisse entendre, a insisté sur un point essentiel pour tous ceux qui sont impliqués ou affectés par le projet européen : "je lis souvent que l'Union européenne est le problème principal du contient européen. Je pense au contraire que c'est la seule solution possible afin que l'Europe soit capable de survivre dans le monde de demain."

  • Crise de la gauche européenne : La social-démocratie victime de son époque

    VoxEurop
    11 octobre 2016

    Les partis sociaux-démocrates sont en perte de vitesse. A l’origine de cette tendance, les conséquences de la crise économique et l’émergence de nouveaux acteurs politiques qui leur disputent leur rôle traditionnel.

    C’est un moment difficile pour le centre-gauche en Europe. Au Royaume-Uni, en proie à une crise de leadership, le Parti travailliste gère difficilement les conséquences du vote pour le Brexit. Jeremy Corbyn, son chef, a été réélu lors du récent congrès du parti. Ce dernier a été marqué par la guerre interne qui a éclaté après la victoire du “Leave”, les adversaires de M. Corbyn lui reprochant d’avoir été inexistant face à l’irruption des partis populistes comme le UKIP, qui a soutiré de nombreuses voix au sein d’une classe ouvrière apeurée.

    En Espagne, la crise de gouvernance qui traverse le pays depuis maintenant neuf mois, avec la perspective de troisièmes et nouvelles élections législatives si un accord entre les partis ne devait pas être conclu, s’est accompagnée d’une crise, voire d’une guerre ouverte au sein du Parti socialiste (PSOE), entre l’ancien chef Pedro Sánchez et ses adversaires. Ce dernier s’est toujours opposé à ce que son parti s’abstienne, en facilitant la formation d’un gouvernement minoritaire mené par le Premier ministre sortant, le conservateur Mariano Rajoy, et soutenait la formation d’une coalition alternative avec Podemos et d’autres partis. Une partie du PSOE estimait pour sa part que la priorité, c’était la formation d’un gouvernement. Elle a fini par s’imposer, en contraignant Sánchez à la démission.

    En France, François Hollande assiste impuissant à l’érosion continue de sa popularité auprès des électeurs, tandis que ses collaborateurs quittent l’un après l’autre un navire privé de cap. Dernier en date, Emmanuel Macron, son ministre des Finances. En même temps, l’ex-président Nicolas Sarkozy ressurgit avec force, et promet aux électeurs sécurité et identité, face à la fragilité perçue en France après les attentats terroristes des derniers mois et la crise migratoire. Ailleurs, la situation des gauches n’est pas meilleure : en Italie, le Premier ministre Matteo Renzi risque de voir son étoile s’effacer s’il n’emporte pas le référendum constitutionnel du 4 décembre.

    La social-démocratie européenne est décapitée. Les raisons, qui s’ajoutent aux difficultés internes, sont imputables à une tendance qui s’est manifestée ces dernières années et qui estreliée à la crise politique des partis qui ont occupé le centre politique en Europe depuis la Seconde guerre mondiale. La crise économique y est pour beaucoup, à laquelle se sont greffées les crises de l’euro, de l’UE et de l’idée européenne. L’émergence des partis alternatifs, à gauche et à droite, populistes, xénophobes et dans tous les cas, radicalement opposés à l’establishment, a porté un dur coup aux partis sociaux-démocrates, qui restent solidement ancrés dans la dichotomie centre-gauche/centre-droite caractéristique de l’Europe depuis la fin de la guerre.

    L’Union européenne et les décennies de paix qu’elle a assurées à l’Europe sont le fruit de l’accord tacite entre les forces conservatrices et les sociaux-démocrates. C’est donc avec ironie que l’on constate que la social-démocratie est “morte victime de son succès”, une fois que le “pacte pour le bien-être” a été accepté par la plupart des pays d’Europe occidentale. Avec la nouveauté, pour les partis sociaux-démocrates, de se voir obligés à présent de se battre pour conquérir leurs électeurs traditionnels de la classe moyenne et ouvrière, attirés par les mouvements émergents à droite et à gauche. A ce sujet, l’essayiste Paul Mason écrit dans le Guardian que

    la social-démocratie paraît privée des ressources intellectuelles pour se rénover. Et c’est là le produit d’une incohérence encore plus profonde : […] l’historien américano-hongrois Karl Polanyi estimait que le capitalisme était composé d’un “double mouvement” : la poussée vers le marché et une force contraire qui s’y oppose. Les réguler est dans l’intérêt de la société. Le beauté de l’idée de Polany était qu’elle permettait au centre-gauche dans les années 1980 de trouver une justification à son existence qui survive à la disparition de la classe ouvrière. A la place de “protéger la classe ouvrière”, l’objectif de la social-démocratie était devenu de “réglementer le capitalisme dans son propre intérêt”. La racine de tous les problèmes de la social-démocratie depuis 2008, c’est que la manière dont cet objectif peut être atteint n’est plus très claire. […] A présent que l’élan primaire du néo-libéralisme est brisé, la social-démocratie devrait se concentrer sur l’invention de quelque chose de différent. Mais elle n’en a pas les ressources nécessaires. . La majorité des élites socialistes et des bureaucraties européennes sont habituées à gérer un capitalisme qui ne fonctionne pas et semblent incapables d’imaginer un autre avenir.

    L’urgence à présent pour les partis traditionnels, c’est de recomposer la carte politique et d’occuper à nouveau un rôle prépondérant en son sein. Pour les partis conservateurs, c’est plus simple, car ils sont davantage dans l’air du temps. Le repli identitaire et national et la mise en place de politiques de continuité avec le passé sont rassurantes pour de nombreux électeurs. Pour les partis sociaux-démocrates, le paysage n’est pas si clair que cela. Face aux partis qui émergent avec force à sa gauche, en particulier au sud de l’Europe (Podemos, Syriza,…), il faut repenser le compromis avec le capitalisme “soft” avec lequel ils ont cohabité (et ils se sont accordés) depuis l’après-guerre, à une époque où le néolibéralisme et le capitalisme financier sont décomplexés par rapport au passé.

    Mais la violence de la crise a frappé au sein des électeurs, qui ne veulent plus de ce produit électoral. Alors, les Sociaux-démocrates doivent choisir, et concourir : renouveler le compromis historique ou diviser la gauche. D’où la crise permanente des derniers temps.

    Dessin de Malagón

  • Après le coup d’Etat manqué en Turquie : Pas de vengeance, M. Erdoğan

    VoxEurop
    23 septembre 2016

    Des écrivains, des journalistes et des scientifiques du monde entier ont signé cette pétition, afin de demander au gouvernement turc de mettre un terme aux “purges” au sein de la presse et de l’opposition, en commençant par libérer le romancier Ahmet Altan et son frère, l'écrivain et économiste Mehmet.

    Le 15 juillet dernier, un coup d’Etat contre les institutions turques échouait. Organisé par une faction au sein des forces armées turques, auto-proclamé le Conseil pour paix à l’Intérieur, ses promoteurs dénonçaient l’érosion de la laïcité, de l’Etat de droit, le non-respect des droits humains et la perte de crédibilité de la Turquie au sein de la communauté internationale. Ils ont été défaits au final par les militaires loyalistes, tandis que le gouvernement les a accusés d’être liés au leader religieux en exil et opposant du président Recep Tayyip Erdoğan, Fethullah Gülen.

    Plus de 300 personnes ont été tuées et plus de 2 100 blessées pendant le putsch, qui a été suivi d’une vague d’arrestations massive : au moins 6 000 personnes ont été arrêtées, parmi lesquelles au moins 2 839 militaires et 2 745 juges. 15 000 personnels de l’éducation nationale ont été également suspendus et les licences de 21 000 enseignants travaillant dans le privé ont été révoquées, et 42 journalistes arrêtés, avec l’accusation d’être fidèles à Gülen.

    Des écrivains, des journalistes et de scientifiques du monde entier sont en train de signer cette pétition, afin de demander au gouvernement turc de mettre un terme au coup de force contre la presse et l’opposition, en commençant par libérer le célèbre écrivain Ahmet Altan et son frère, l’économiste Mehmet Altan:

    Nous, soussignés, appelons les démocrates du monde entier ainsi que ceux qui s’inquiètent pour l’avenir de la Turquie et de la région dans laquelle elle joue un rôle de premier plan, à protester contre la vendetta que le gouvernement exerce contre ses penseurs et ses écrivains les plus brillants ne partageant peut-être pas son point de vue.

    Le contexte de cette lettre est celui du coup d’Etat du 15 juillet 2016, qui heureusement a échoué et a été rapidement maîtrisé. Si les Turcs eux-mêmes n’avaient pas résisté à cet assaut contre leurs institutions, nous aurions eu des années de misère.

    A la suite du coup, il est compréhensible que le gouvernement ait imposé un état d’urgence temporaire. Cependant, le coup d’Etat manqué ne devrait pas être le prétexte de mener une chasse aux sorcières à la McCarthy, ni que cet état d’urgence soit appliqué avec peu d’égards pour les droits fondamentaux, la règle de preuves, ni même le bon sens.

    Nous, en tant qu’écrivains, chercheurs et défenseurs de la liberté d’expression, sommes particulièrement inquiets de voir des collègues que nous connaissons et respectons emprisonnés sous les nouvelles réglementations de l’état d’urgence. Des journalistes comme Şahin Alpay, Nazlı Ilıcak ou l’écrivain Aslı Erdoğan ont été des fervents défenseurs de la démocratie et des opposants au militarisme et aux tyrannies de toute sorte.

    Nous sommes particulièrement inquiets de voir le célèbre écrivain Ahmet Altan, et son frère, Mehmet Altan, un écrivain et éminent professeur d’économie, être détenus suite à une perquisition le 10 septembre 2016. Tous deux sont accusés d’avoir lancé d’une façon ou d’une autre des messages subliminaux visant à rallier les supporters du coup lors d’un débat télévisé le 14 juillet, la nuit qui a précédé la tentative de coup d’Etat.

    Ahmet Altan est l’un des écrivains les plus importants de Turquie, dont les romans sont traduits et vendus par millions. Il a également été le rédacteur pendant cinq ans du quotidien de gauche Taraf. Le journal mettait en avant le droit du public de savoir. Il a été poursuivi de nombreuses fois au cours de sa carrière – dans les années 1990 pour avoir essayé d’inciter les lecteurs turcs à compatir avec les Kurdes du pays, et plus récemment pour avoir essayé d’obtenir des excuses du Premier ministre pour le massacre de Roboski dans lequel 34 villageois ont été bombardés.

    Il a comparu devant la cour aussi récemment que le 2 septembre, accusé de détenir des secrets d’Etat, sur la base d’une inculpation qui résultait en grande partie un copier-coller de deux cas entièrement différents.

    Mehmet Altan est professeur à l’université d’Istanbul, et un chroniqueur dont les nombreux livres ont plaidé pour une reconstruction de l’identité de la Turquie qui soit basée non sur la race ou la religion, mais sur le respect des droits humains.

    Comme son frère ou d’autres maintenant en prison, son crime n’est pas d’avoir soutenu un coup mais d’avoir critiqué efficacement le gouvernement actuel, dont les progrès initiaux pour élargir la démocratie ont ensuite fait chemin arrière.

    Nous appelons donc le gouvernement turc à stopper ses persécutions envers les écrivains reconnus et à accélérer la libération d’Ahmet et de Mehmet Altan tout comme que celle de nombreux collègues accusés à tort.

    Héctor Abad, Writer.

    Daron Acemoğlu, Professor of Economics, Massachusetts Institute of Technology.

    Dogan Akhanli, Writer, PEN Germany.

    Meena Alexander, Poet, writer ; Distinguished Professor of English, Hunter College and CUNY Graduate Center in the PhD program in English.

    Monica Ali, Writer.

    Professor Rosental Calmon Alves, Knight Chair in Journalism & UNESCO Chair in Communication ; Director, Knight Center for Journalism in the Americas, University of Texas at Austin.

    Gillian Anderson, Film, television, theatre actress.

    Kwame Anthony Appiah, Philosopher, cultural theorist and novelist.

    Chloe Aridjis, Writer, Mexico / United Kingdom.

    Ingeborg Arlt, Writer, PEN Germany.

    John Ashbery, Poet.

    Margaret Atwood, Writer.

    Michael Augustin, Poet, translator, Germany.

    Thomas Bachmann, Author.

    Çiğdem Balım, Senior lecturer, Indiana University.

    Etienne Balibar, Philosopher ; Professor Emeritus, University of Paris-Ouest ; Anniversary Chair in Modern European Philosophy, Kingston University, London.

    Hans Jürgen Balmes, Editor, S. Fischer Verlage.

    Russell Banks, Writer.

    Peter Barbey, Publisher, The Village Voice.

    Julian Barnes, Writer.

    Robert Barnett, Senior Research Fellow and Director, Modern Tibetan Studies, Columbia University.

    Jürgen Baurmann, Professor Emeritus, University of Wuppertal, Germany.

    John Berger, Writer.

    Sara Bershtel, Publisher, Metropolitan Books / Henry Holt.

    Johann Bihr, Head of the Eastern Europe & Central Asia desk, Reporters Without Borders (RSF).

    Clifford Bob, Raymond J. Kelley Endowed Chair in International Relations, Duquesne University.

    Eric Bogosian, Actor, playwright, novelist and historian.

    Mirko Bonné, Writer.

    Vera Botterbusch, Filmmaker, photographer, writer.

    Patrick Boucheron, Professor, History, Collège de France.

    Olivier Bouquet, Professor, History, University of Paris VII.

    Hamit Bozarslan, Professor, History, EHESS.

    Warren Breckman, Rose Family Endowed Term Chair, Professor of History, University of Pennsylvania.

    Breyten Breytenbach, Writer, South Africa / France.

    Daphné Breytenbach, Independent journalist, France.

    Lisette Buchholz, Publisher, persona verlag.

    A.S. Byatt (Dame Susan Duffy), Novelist, poet, Booker Prize winner.

    Jamie Byng, Publisher, Canongate Books.

    Simon Callow, Actor, musician, writer and theatre director.

    Peter Carey, Writer.

    Nick Cave, Musician, author, screenwriter.

    Baltasar Cevc, Lawyer, Erlangen, Germany.

    Ying Chan, Journalist, Winner of CPJ International Press Freedom Award.

    Roger Chartier, Professor, History, Collège de France.

    Frances Dal Chele, Photographer.

    Noam Chomsky, Linguist ; Institute Professor of Emeritus, Massachusetts Institute of Technology.

    Claus Clausen, Publisher, Tiderne Skifter, Denmark.

    Nathalie Clayer, Professor, History, EHESS.

    Jonathan Coe, Novelist.

    JM Coetzee, Nobel Laureate in Literature.

    Professor Dominique Custos, Centre for Research on Fundamental Rights and the Evolution of Law (CRDFED), University of Caen, France.

    Burak Çopur, Political Scientist, University of Duisburg-Essen, Germany.

    Sophie Dahl, Writer.

    Christophe Deloire, Secretary-General, Reporters Without Borders (RSF).

    Ariel Dorfman, Novelist, playwright ; Walter Hines Page Research Professor Emeritus of Literature, Duke University.

    Costas Douzinas, Professor of Law, University of London.

    Tanja Dückers, Writer.

    Horst Eckert, Writer.

    Scott Ellsworth, Author ; lecturer, Department of Afroamerican and African Studies, University of Michigan.

    Jean Louis Fabiani, Professor, Humanities, EHESS.

    Catherine Farin, Editor, S. Fischer Verlage.

    Rita Felski, Professor of literature, University of Virginia and University of Southern Denmark.

    Elena Ferrante, Writer.

    Sandro Ferri, Publisher, edizioni e/o, Europa editions.

    Sascha Feuchert, Vice-President and Writers-in-Prison-Commissioner of PEN Germany ; Professor of Literature, University of Giessen.

    Stephen Frears, Film director.

    Maureen Freely, Writer ; President of English PEN.

    Uwe Friesel, Writer and translator ; Member of International PEN / First President of the German Union VS.

    Neil Gaiman, Writer.

    Rebeca García Nieto, Writer, Spain.

    Marcel Gauchet, Philosopher, EHESS ; publisher of Le Debat.

    Graeme Gibson, Novelist.

    Mario Giordano, Writer.

    Maurice Godelier, Professor of Anthropology, EHESS, Paris.

    Jordan Goodman, Honorary Research Fellow in the Wellcome Trust Centre for the History of Medicine at College, London .

    Professor Anthony T. Grafton, Historian, Princeton University.

    Roland Greene, Mark Pigott KBE Professor in the School of Humanties and Sciences, Professor of English and Comparative Literature, Stanford University.

    Constanze Güthenke, Associate Professor of Greek Literature, Faculty of Classics, University of Oxford.

    Ulla Hahn, Writer.

    Matt Haig, Novelist and journalist.

    Anton Harber, Caxton Professor of Journalism at University of the Witwatersrand, Johannesburg and chair of the Freedom of Expression Institute.

    David Hare, Playwright.

    Josef Haslinger, President, PEN-Centers, Germany.

    Chris Hedges, Author, Pulitzer Prize Winner.

    Amy Hempel, Short story writer and journalist.

    Wolfgang Hermann, Author, Austria.

    Uwe-Karsten Heye, Writer.

    Jim Hicks, Executive Editor of the Massachusetts Review ; Professor at University of Massachusetts, Amherst.

    Kathy High, Interdisciplinary artist, curator, scholar.

    Adam Hochschild, Journalist, historian.

    James Hollings, Senior Lecturer in Journalism, Massey University Wellington, New Zealand.

    Nick Hornby, Writer.

    Violaine Huisman, Director of Humanities, Brooklyn Academy of Music.

    Mark Lee Hunter, Investigative journalist, Paris.

    Zehra İpşiroğlu, Author ; Professor of Theatre Studies, University of Duisburg-Essen.

    Ayesha Jalal, Mary Richardson Professor of History ; Director, Center for South Asian and Indian Ocean Studies, Tufts University.

    Gabriela Jaskulla, Writer and journalist.

    Amy Edith Johnson, Columbia University.

    Joachim Kalka, Writer and translator.

    Karin Karlekar, Director of Free Expression At Risk Programs, PEN America.

    A.L. Kennedy, Writer.

    Tanja Kinkel, Writer.

    Hubert Klöpfer, Publisher and member of PEN Germany.

    Laurens van Krevelen, Writer and publisher, The Netherlands.

    Barbara Krohn, Writer.

    Hari Kunzru, Novelist and journalist.

    Hanif Kureishi, Writer.

    Olivia Laing, Writer and critic.

    Jean-Manuel Larralde, Professor of Public Law, University of Caen, Normandy.

    Camille Laurens, Writer.

    Marie Lecomte-Tilouine, Director of research at CNRS, France.

    Joanne Leedom-Ackerman, Vice President of PEN International.

    Jo Lendle, Publisher, Carl Hanser Verlage.

    Wolf Lepenies, Professor, Sociology, Wissenschaftskolleg zu Berlin; Freie Universität.

    Mark Lilla, Writer, Professor of Humanities, Columbia University.

    Antoine Lilti, Professor, History, EHESS.

    Professor Christoph Lindenmeyer, Author and journalist ; member of PEN-Center Germany.

    Clementina Liuzzi, Literary agent.

    Gert Loschütz, Writer.

    Gila Lustiger, Writer, Germany / France.

    Jonas Lüscher, Writer ; member of PEN-Center Germany.

    Lindsay Mackie, Board member of English PEN and chair of its Readers and Writers Programme.

    Alberto Manguel, Writer, Director of the National Library of Argentina.

    Anthony Marx, President and CEO of The New York Public Library ; former president of Amherst College.

    Frédérique Longuet Marx, Maître de conférences en sociologie à l'Université de Caen.

    Hisham Matar, Writer.

    Claudia Mattalucci, Professor, Anthropology, University of Milan-Bicocca.

    Tom McCarthy, National affairs correspondent, The Guardian.

    Ian McEwan, Novelist and screenwriter.

    Jay McInerney, Novelist.

    Maureen N. McLane, Professor of English, Director of Honors, New York University.

    Norbert Mecklenburg, Professor of Literature, University of Cologne.

    Allan Megill, Professor of History, University of Virginia.

    Maria Meinel, Translator.

    Laurent Mignon, Associate Professor of Turkish ; Fellow of St Antony’s College, Oriental Institute, University of Oxford.

    Rick Moody, Writer.

    Luiza Franco Moreira, Poet ; Professor and Chair, Department of Comparative Literaure at Binghampton University.

    Paul W. Morris, Director of Literary Programs at PEN American Center.

    Dirk Moses, Professsor, History, University of Sydney.

    Glenn W. Most, Professor of Classics, Scuola Normale Superiore, Pisa ; The University of Chicago, Committee on Social Thought.

    Madhusree Mukerjee, Writer.

    Neel Mukherjee, Writer.

    Enrique Murillo, Editor, Los libros del lince.

    Herta Müller, Nobel Laureate in Literature.

    Sten Nadolny, Novelist.

    Azar Nafisi, Writer.

    Ralf Nestmeyer, Author, historian.

    Mary Ann Newman, Translator.

    Steve Newman, Associate Professor, Director of Graduate Studies, Department of English, Temple University.

    Thandie Newton, Actress.

    Dr. Bui Hanh Nghi, Author.

    Dr. Wulf Noll, Writer.

    Olivier Nora, Publisher, Editions Grasset.

    Françoise Nyssen, Publisher, Actes Sud.

    Andrew O’Hagan, Novelist.

    Hans-Christian Oeser, Literary Translator, Member of PEN.

    Osman Okkan, Turkish-German Forum of Culture.

    Michael Ondaatje, Novelist and poet.

    Sandra Ozzola, Publisher, edizioni e/o, Europa editions.

    Erol Önderoğlu, Reporters Without Borders (RSF), Turkey.

    Cem Özdemir, Chairman and Member of Parliament, Alliance 90/ The Greens, Germany.

    Orhan Pamuk, Nobel Laureate in Literature.

    Christian Parenti, Author, investigative journalist.

    Tim Parks, Writer.

    Philip N. Pettit, Historian, Philosopher, Princeton University; Australian National University.

    DBC Pierre, Writer.

    Angela Pimenta, Columnist and president of Projor (The Institute for Development of Journalism), São Paulo.

    Philip Pullman, Writer.

    Justin Quinn, Writer, translator ; Associate Professor, University of West Bohemia, Czech Republic.

    Eduardo Rabasa, Writer.

    Marie-Joëlle Redor-Fichot, Professor of Public Law, University of Caen, Normandy.

    Daniel Rondeau, Writer; former ambassador.

    Professor Michael Rothberg, 1939 Society Samuel Goetz Chair in Holocaust Studies, UCLA.

    Frederick J. Ruf, Professor, Department of Theology, Georgetown University.

    Alan Rusbridger, Journalist, Principal of Lady Margaret Hall, Oxford and the former editor-in-chief of The Guardian.

    Salman Rushdie, Writer ; Winned of the Booker Prize for Fiction and the Booker of Bookers prize.

    P. Sainath, Author, journalist.

    Professor Philippe Sands QC, University College London and Matrix Chambers.

    Gisèle Sapiro, Professor of Sociology at the EHESS and Research Director at the CNRS, Vice-President of the EHESS for International Relations.

    Aram Saroyan, Poet and novelist.

    Roberto Saviano, Journalist, writer.

    Rafik Schami, Syrian-German writer.

    Anya Schiffrin, Director (IMAC) at the School of International and Public Affairs, Columbia University.

    Prof Dr. Wilfried F. Schoeller, Author, literary critic, professor of 20th Century Literatute, Literary Criticism Media, University.

    Eugene Schoulgin, Vice President, PEN International.

    Lynne Sharon Schwartz, Writer.

    Professor Salvatore Settis, Art Historian, President of Louvre Museum’s Scientific Board ; Former President of Scuola Normale Superiore di Pisa.

    Elif Shafak, Writer.

    Jayeeta Sharma, Associate Professor of History, University of Toronto.

    Peter Sillem, Editorial Director, S. Fischer Verlag.

    Shelly Silver, Associate Professor, Visual Arts Program, Columbia University.

    Dan Simon, Founder and publisher, Seven Stories Press.

    Laura M. Slatkin, Professor, Classical Studies, New York University.

    Ali Smith, Writer.

    Marie-Carmen Smyrnelis, Historian, EHESS.

    Lorin Stein, Editor of The Paris Review.

    Juliet Stevenson, Stage and screen actress.

    Klaus Stiller, Writer.

    Tom Stoppard, Playwright and screenwriter.

    Ulrich Straeter, Writer and publisher.

    Leander Sukov, Author, Germany.

    Johann P. Tammen, Poet and editor, Member of PEN.

    Adam Thirlwell, Writer.

    Emma Thompson, Actress, comedian, writer.

    Uwe Timm, Writer, Germany.

    Ilija Trojanow, Writer, translator, publisher.

    Özgür Türesay, Senior Lecturer, Applied School of Advanced Studies, 4th Section, Section of historical and philological sciences.’’

    Anja Utler, Writer, Germany.

    Regula Venske, General Secretary, PEN Germany.

    Charles V Wait, President, CEO and chairman of the board of The Adirondack Trust Company, Saratoga Springs, New York ; Director of the New York Bankers Association.

    Immanuel Wallerstein, Yale University.

    Günter Wallraff, Writer.

    Irvine Welsh, Novelist and playwright.

    Herbert Wiesner, Literary Critic, Member of German PEN Centre, Berlin.

    Michel Wieviorka, Professor of Sociology, EHESS.

    Dr. Thomas Wohlfahr, Director of Literature Workshop, House for Poetry, Berlin.

    Felicia Zeller, Writer.

    Cartoon by Enrico Bertuccioli/CartoonMovement

  • Après les cas Apple et Caterpillar : Les leçons pour l’Europe

    VoxEurop
    10 septembre 2016

    La sanction imposée au géant de la Silicon Valley et la fermeture de l'usine belge de pelleteuses rappellent la nécessité d'une réglementation plus à même d'assurer les intérêts des citoyens et des travailleurs européens.

    La décision prise par la Commission européenne d’exiger d’Apple le versement de 13 milliards d'euros à l’Irlande au motif que l’exonération d’impôts dont la société a bénéficié constitue une "aide d’Etat" illégale faussant la concurrence, ainsi que celle de Caterpillar de fermer son usine de Gosselies en Belgique, impliquant des licenciements de quelques 6000 travailleurs, ont largement dominé les actualités économiques récentes.

    Si on pouvait s’attendre à ce qu’Apple manifeste son intention de contester la décision de "Bruxelles", l’opposition du Gouvernement irlandais à cette mesure porte, elle, un nouveau coup de canif à l’autorité des institutions de l’Union.

    De même, la brutalité de l’annonce de Caterpillar souligne le déséquilibre entre le pouvoir de décision d’une importante "société multinationale" et les moyens dont disposent les gouvernements nationaux de l’UE pour s’y opposer.

    Ces deux exemples, fondamentalement différents, soulignent les faiblesses de l’architecture institutionnelle de l’Union. Ils font ressortir de manière criante la nécessité de plus d’Europe (et non seulement de mieux d’Europe) si l’on veut, à la fois, créer un "marché unique" équitable où se déploie une saine compétition fiscale sur un socle commun (mettant fin à la sacrosainte souveraineté absolue des Etats en matière de taxation) et imposer des règles de conduite applicables à ceux qui veulent bénéficier d’un accès à ce marché (limitant la capacité des acteurs économiques à faire du shopping réglementaire).

    Si le maintien du principe de "libre choix de l’option la moins taxée" doit être vigoureusement défendu, il faut cependant qu’un cadre général, applicable à l’ensemble du marché unique (règles sur l’assiette de l’impôt et son lieu de perception et/ou clef de répartition), empêche d’éluder l’impôt dans le respect de la lettre sinon de l’esprit des codes nationaux, comme c’est actuellement le cas.

    Au-delà des modifications nécessaires pour éliminer les excès de l’ingénierie fiscale au sein de l’Union, il sera opportun d’aborder ce problème sur le plan global (au sein du G20). Il est en effet choquant que les Etats-Unis aient la prétention de censurer la Commission dans le cas Apple, invoquant des retombées fiscales négatives sur le trésor américain lors d’un rapatriement éventuel des profits réalisés à l’étranger par des sociétés américaines ! Si, dans l’attente d’un TTIP de plus en plus illusoire, on doit admettre des règles différentes en Europe et aux USA, il y a cependant lieu de veiller à tout le moins à une "réciprocité" de traitement entre juridictions autonomes.

    Le cas Caterpillar est d’une toute autre nature. Il fait peu de doutes que si, en prenant cette décision, la direction devait tenir compte de sa capacité d’opérer sans entraves dans l’ensemble du marché unique, sa position de négociation serait considérablement moins avantageuse que dans ce cas précis où elle n’a comme principaux interlocuteurs étatiques que le gouvernement belge ou même wallon.

    Il faudrait exiger, comme c’est le cas pour les fusions/acquisitions, une procédure de notification préalable à la Commission lorsqu’une entreprise d’une certaine taille (engobant toutes les multinationales) envisage la fermeture ou la restructuration d’une de ses implantations importantes, où que ce soit dans l’UE, accompagnée obligatoirement par le dépôt d’un plan détaillé de l’opération projetée.

    Il devient de plus en plus évident que les pays membres de l’UE sont face à un choix difficile: soit ils privilégient le principe de souveraineté nationale et donc du "chacun pour soi" et la possibilité d’être soumis à un certain chantage ; soit ils sont prêts à mettre en commun certains attributs supplémentaires de cette souveraineté pour renforcer d’autant leur capacité de négociation face aux décisions unilatérales des multinationales. Il est malheureux que ce soit uniquement lorsqu’une partie se retrouve directement affectée et impuissante à réagir efficacement qu’elle fasse appel à la solidarité de l’Union.

    Les partis politiques de tous bords, y compris les plus eurosceptiques, les gouvernements, les directions locales des entreprises et les syndicats représentant les travailleurs doivent tous reconnaître la valeur ajoutée que l’UE peut apporter dans la défense des intérêts des citoyens européens. Le débat autour du Brexit constitue une illustration supplémentaire de ce débat fondamental où le Royaume-Uni sera en situation de faiblesse relative dans ses négociations non seulement avec l’Union mais aussi vis-à-vis de pays tiers comme les USA, la Chine ou l’Inde.

    Si on veut éviter les affres du protectionnisme qui serait désastreux dans un monde où la prospérité à tous niveaux est tributaire de la fluidité des échanges de marchandises, de services, de capitaux et de cerveaux, il faut promouvoir une réglementation permettant de trouver un équilibre entre les divers intérêts légitimes en présence. C’est seulement à ce prix qu’on pourra espérer mettre fin au pouvoir exorbitant des multinationales et à leur capacité de mettre en œuvre leur credo : "diviser pour régner" !