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  • L'Europe et les Etats-Unis : Entre l’OTAN et l’Europe, il va falloir choisir

    VoxEurop
    06 février 2017

    Dans une situation géopolitique toujours plus instable et imprévisible, l’Europe est coincée entre une Russie toujours plus belliqueuse, une Amérique qui se replie sur elle-même et un Moyen-Orient empêtré dans de multiples conflits. C’est pour cela que l’Union Européenne doit choisir : le statu quo en choisissant l’OTAN pour sa défense ou une démarche proactive : faire d’une défense européenne une réalité.

    L’OTAN a longtemps été nécessaire à notre continent. Il fut nécessaire dans les années qui ont suivi la guerre, face à l’URSS. Et si l’influence américaine était déjà contestable, elle était obligatoire dans une Europe décimée par la guerre, les nationalismes extrêmes et l’horreur de la Seconde Guerre Mondiale.

    Cette dépendance européenne à cette alliance transatlantique a été indispensable, notamment pour l’ensemble des pays de l’ancien bloc de l’est, qui cherchent d’ailleurs à y faire intégrer leurs voisins les plus proches (Ukraine, Géorgie….). Cette protection mutuelle, surtout aujourd’hui face aux dérives de Vladimir Poutine, a pour avantage de protéger, d’une certaine manière, notre continent de la guerre.

    Néanmoins, l’OTAN a très clairement été un outil pour les Etats-Unis afin d’assurer leur puissance et a rencontré beaucoup (trop) d’échecs : les multiples interventions au Moyen-Orient (pas toujours suivies par les membres de l’alliance), le bourbier dans la guerre de Yougoslavie.

    L’organisation actuelle de la coopération transatlantique est obsolète.

    L’OTAN est une organisation d’un monde bipolarisé qui n’a plus lieu d’être. L’élection de Donald Trump aux Etats-Unis donne l’occasion à l’Europe de mettre fin à cette dépendance et d’enfin construire sa propre défense, pour enfin avoir une Europe indépendante et souveraine dans un monde toujours plus instable.

    L’alliance transatlantique, telle qu’envisagée aujourd’hui, est obsolète. Car si elle nous éloigne de la guerre, elle nous rapproche des tensions. Ces tensions tiennent aux provocations que les mouvements de l’OTAN peuvent engendrer (comme les essais en Pologne ou la possible adhésion de l’Ukraine), au bon vouloir des Etats-Unis alors que c’est notre propre continent, et lui seul, qui en serait affecter si ces tensions ne sont pas apaisées.

    L’élection de Trump est donc une raison (une occasion) pour l’Europe de se détacher de l’OTAN. Les dépenses inhérentes à l’OTAN étant majoritairement à la charge des Etats-Unis, un potentiel retrait ou repli oblige l’Europe à passer par d’autres canaux pour assurer sa défense. Puisque l’élection de Donald Trump annonce probablement le retour de la doctrine Monroe comme fil rouge de la diplomatie américaine et une Amérique isolationniste, une Europe isolée doit se doter d’une défense propre.

    L’OTAN est une vieille institution fondée sur la peur du communisme, sur une peur de la Russie. Cette peur, légitime, n’a plus vraiment de réalité aujourd’hui. La faiblesse de la Russie, que ce soit sur la scène internationale ou quant au commerce international (au vu des difficultés économiques graves que le pays rencontre) prouve que, malgré ses tentations expansionnistes, la Russie ne peut être seule. Et elle sera forcée à la discussion si elle fait face à un bloc, qui représenterait la première puissance commerciale et une des zones les plus puissantes du monde : l’Union Européenne.

    La suprématie américaine dans le commandement de l’OTAN doit nous inciter à s’en dégager. La coopération transatlantique est indispensable, mais elle doit se faire à part égale. Quelle aptitude a le pays de l’Oncle Sam à connaitre une situation géographique qui est la nôtre ? Comment peut-il déduire que ce qui est bon pour nous est d’avoir telle ou telle position sur la situation dans les Balkans ou en Lybie ? Il ne peut pas, il n’agit qu’en fonction de ses intérêts, ce qui paraît logique lorsqu’on est la première, ou deuxième, puissance du monde !

    Les difficultés pour mettre en place une défense européenne

    L’Europe est pourtant aujourd’hui incapable de se résoudre à enfin se doter d’une défense commune. Le Brexit et les réticences de la France, attachée à sa tradition interventionniste, sont les premières raisons de l’absence de défense européenne. Mais elles ne sont pas seules. Une défense européenne supposant une diplomatie à peu près commune et démocratique (c’est-à-dire sans remettre en cause les positions actuelles de chacun), elle est difficile à mettre en œuvre. La dépendance au gaz russe en est le premier exemple : comment compter dans ses membres un pays qui s’approvisionne majoritairement par la Russie, elle qui peut couper les vannes en cas de conflit. Comment, alors, avoir une même position sur le sujet ?

    Le meilleur exemple de ces difficultés étant aussi la position sur la Syrie aujourd’hui : la France tient une position stricte sur le départ de Bachar Al Assad alors que dans le même temps F.Mogherini essaye de préserver l’influence de l’Europe en proposant un compromis axé autour d’un accord commercial.

    Une défense européenne représente donc un nouveau palier d’intégration, une intégration « régalienne ». Elle aurait l’avantage de donner à l’Europe ce qu’elle n’a jamais eu : une réelle souveraineté militaire et diplomatique, indépendante.

    Les chantres de la « coopération militaire » se leurrent : si une défense européenne ne peut commencer que par des coopérations, elle ne peut s’y limiter ! Si certains pays préféreraient intervenir à la place des autres tout en les faisant participer, cela n’est pas tenable. C’est impossible car cette « semi-intégration » a toujours montré ses limites. Comment interdire un droit de regard à un pays tiers qui finance vos opérations ? Et s'il a sa part de décision, de choix, comment le faire accepter par un Etat-major national et des hommes au sol qui ont une nationalité différente.

    Sans faire de parallèle hasardeux, l’Europe n’a pas connu la guerre, pour les plus vieux de ses pays, depuis bien longtemps. Une coopération ne dure que peu longtemps face à une situation nouvelle et dangereuse, et la France et le Royaume-Uni étaient bien les alliés de la Tchécoslovaquie en 1937-1938. Une coopération militaire sur certains projets, même opérationnelle, n’est pas tenable sur le long terme.

    La nécessité d’une Europe de la défense

    Pour ce faire, il ne faut pas répéter les mêmes erreurs : il est nécessaire d’harmoniser avant d’unir, ce qui prendra du temps, sur tout en matière de politique étrangère. Trouver des compromis reste donc essentiel, même si certaines positions semblent être fédératrices chez un grand nombre de pays.

    Il faut donc rendre interdépendants les pays européens et pouvoir organiser une défense commune. Evidemment une défense européenne aboutie n’interviendrait que dans plusieurs années voire plusieurs décennies. Si elle nécessite un abandon de souveraineté, une défense européenne permettrait de retrouver une souveraineté que les pays partageraient : les interventions des pays, seuls, ne sont plus tenables : manque de moyens, mauvaise organisation voire échec total de l’intervention (Lybie, la situation en Centrafrique est loin d’être stable), ainsi que des opportunités manquées (comment ne pas se désoler de l’absence d’intervention contre le régime syrien après l’utilisation d’armes chimiques, du fait des réticences américaines).

    Un corps européen (EUROCORP) existe déjà, mais il est peu opérationnel et représente un nombre très peu élevé de militaires (57 militaires seulement de cette force qui regroupe aujourd'hui à peine 1000 soldats ont participé au renouvellement des forces au Mali). Une défense européenne commencerait donc par la création d’un QG regroupant et organisant les différentes coopérations européennes (réelles cette fois-ci). Il s’agirait ensuite d’entraîner et de mettre en commun des forces provenant de chaque pays, afin de les rendre opérationnelles. Un fonds stratégique, déjà proposé par la commission mais très insuffisant, mettrait en commun des fonds de recherche militaire et permettrait de faire des achats communs, cela permettrait d'éviter des situations abracadabrantesques comme pour l’armée Française : seul un blindé sur deux est aujourd’hui utilisable du fait de l’obsolescence des véhicules et du manque de moyens pour les renouveler.

    Cette situation transitoire permettrait de créer une réelle dynamique, et de faire un pas de plus vers une défense européenne.

    Avoir une défense européenne, c’est donc s’assurer d’avoir sa voix au chapitre des grands de ce monde. Le poids économique n’étant pas éternel (aucun des pays de l’UE ne sera dans le G8 dans les prochaines décennies) ni facteur automatique de puissance diplomatique, le choix d’une défense européenne paraît le choix le plus judicieux.

    Il n’est pas non plus exclusif d’une coopération transatlantique. Remettre en cause l’OTAN sous sa forme actuelle n’est pas une tare : cela nous incite seulement à nous poser cette question, l’OTAN est-il toujours adapté aux enjeux de sécurité pesant sur l’UE ? Non, à partir de ce diagnostic, avoir une défense européenne permettrait d’avoir une réelle coopération transatlantique, côte à côte, d’égal à égal.

    Et la difficulté de la tâche ne doit pas nous rebuter : toucher à l’instrument d’exercice de puissance des Etats est symbolique. Le leadership des Etats-nations s’en retrouverait affaibli. Et si on peut toujours faire jouer la petite musique du « there is no alternative », la vraie raison est qu’une défense européenne a tout lieu d’être : elle nous assure la souveraineté (et réelle cette fois-ci, où l’on ne manquera pas de missiles, comme la France, pour mener ses opérations en Irak et en Syrie) et l’indépendance, elle nous assure d’être une puissance pacifique, qui ne tombera plus jamais dans les travers de la surenchère militariste que nous avons vécu dans l’entre-deux-guerres.

    Les difficultés techniques ne doivent pas non plus nous repousser, elles s’effaceront avec le temps. Le « lissage » de notre diplomatie, nécessitant des institutions fortes et démocratiques, se fera petit à petit, il faudra aussi trouver une réponse au droit de veto, français, à l’ONU, et la manière d’intégrer le Royaume-Uni si ce dernier souhaite y participer.

    Il est bien temps de réagir. Fukuyama annonçait la fin de l’Histoire, mais elle n’a jamais cessé d’être modelée par nos choix, par les décisions des grandes puissances. L’Europe devrait se penser comme telle pour qu’elle puisse elle aussi façonner le sens de l’Histoire, pour qu’elle puisse y participer en mettant en avant ses valeurs.

    Si tel n’est pas le cas, l’UE et ses Etats-membres seront déstabilisés par les soubresauts d’une Histoire qui reste le fruit de nos choix, et cela se fera au détriment de la paix, de la prospérité et de la sécurité de nos concitoyens.

    La défense européenne, c’est l’avenir de notre continent. C’est avant tout un instrument de paix et de diplomatie, c’est aussi un instrument de protection, et c’est enfin, espérons ne pas en venir à là, un instrument de dissuasion. L’unité est notre avenir, ne manquons pas de la parachever lorsque l’Histoire nous en donne l’occasion, comme aujourd’hui.

    Cartoon de Marian Kamensky, montant Jean-Claude Juncker devant Vladimir Poutine : "Ne t'inquiète pas Vladimir ! L'armée de l'Union Européenne n'est pas destinée à être envoyée tout de suite"

  • 2017, année électorale : Osez l’Europe !

    VoxEurop
    03 février 2017

    Présidentielle en France, législatives aux Pays-Bas et en Allemagne : 2017 est une année cruciale pour l'Europe. Pour cela, et pour contrer la vague populiste qui menace de les balayer, les candidats doivent saisir l'occasion d'avancer leurs idées pour l'avenir de l'Union.

    Des élections nationales auront lieu dans plusieurs pays européens en 2017, pour élire le futur chefs de l’Etat en France et celui du gouvernement en Allemagne, notamment. Dans le contexte des campagnes électorales qui s'annoncent, nous appelons les candidat(e)s à mettre en avant le débat concernant leurs propositions d'avenir pour l'Europe, et tout particulièrement pour la zone Euro et la zone Schengen.

    Les principaux thèmes d'une campagne politique nationale d'aujourd'hui sont en effet trop étroitement liés à la coopération européenne pour pouvoir occulter le rôle central de cette dernière.

    Par exemple, il n’est plus crédible de concevoir une politique économique et sociale d'envergure sans régler la question européenne.

    Il est vain d'envisager notre sécurité et un maintien durable de la paix, répondants aux grandes questions géopolitiques ou migratoires du 21ème siècle, sans parler d’Europe.

    De même, il est illusoire d'espérer lutter efficacement contre le changement climatique et pour la préservation de l'environnement sans pouvoir s'appuyer sur un échelon européen uni.

    Enfin, il est inconcevable de bâtir la démocratie de notre avenir sans choisir entre d’un côté, un retour assumé vers des nations indépendantes similaires aux années 1930, ou au contraire une avancée résolue vers une entité fédérale européenne en lien direct avec ses citoyens.

    Osons vraiment l'Europe ! Ou alors, abandonnons ce projet : exit l'Europe. Entre ces deux choix clairs, il n’y a rien qui tienne vraiment la route.

    L'Europe souffre actuellement de dysfonctionnements car c'est une construction inachevée. Mais ce n'est pas une fatalité, bien au contraire ! Si l'approche intergouvernementale ayant prédominé jusqu'ici a atteint ses limites, le potentiel bénéfique et fédérateur de l'Europe reste a priori immense et sous-employé.

    Dans notre contexte de mondialisation inéluctable, l’origine de la vague populisme actuelle et de la relative impuissance de diverses politiques nationales n'est pas sans lien avec le manque de cohérence, de transparence et de perspectives en ce qui concerne l'Europe. Nous nous trouvons maintenant au moment clef où il faut mettre fin à ce manque, et à ses conséquences néfastes.

    Nous appelons donc les candidat(e)s à se saisir pleinement de ce sujet lors des débats publics menant aux élections prochaines. Vos concitoyens ont besoin d'un débat de premier plan alimenté par vos propositions pour avancer sur une question centrale pour notre avenir à tous : l'Europe.

  • Conférence A Soul for Europe : Urgent – cherche une âme pour l’Europe

    VoxEurop
    20 novembre 2016

    Le titre ne pouvait être mieux choisi pour exprimer le moment que traversent l'Europe et le projet européen, sous le coup de plusieurs menaces, comme une crise de l'euro irrésolue, des désertions comme celle du Brexit, avec des désaccords sur des questions globales, comme l'a révélé au grand jour la signature après moult discussions du traité de libre échange avec le Canada et, au final, la victoire de Donald Trump à la présidentielle aux Etats-Unis et son intention de réviser les rapports transatlantiques. Un ensemble d'incertitudes qui nous interpellent sur l'actualité du projet européen, de sa perception et sur les réponses que ces menaces appellent.

    C'est dans ce but que s'est déroulée à Berlin la conférence A Soul for Europe, les 8 et 9 novembre derniers, à l'initiative de la Fondation Allianz et la Fondation Berlin Zukunft. Elle a réuni des responsables politiques, des acteurs de la société civile, des journalistes et des experts afin de discuter du projet européen et sur quels axes le relancer. La première journée était entièrement consacrée au débat sur la position des villes, ces acteurs-clé de la construction européenne. Trois débats ont émaillé la segonde : la culture comme facteur d'intégration, le phénomène de l'immigration et la manière dont il affecte la construction européenne et la construction de l'Europe des citoyens à partir de ces derniers. Des participants comme Ivan Krastev ou Ulrike Guerot ont conclu que la participation des citoyens est fondamentale pour la formation d'un "démos" européen et pour revitaliser le projet européen. Pour cela, il faut renforcer ces moyens de participation, à partir des institution. Un point de vue soutenu également par des blogueurs comme Jon Worth.

    Plusieurs projets allant dans ce sens étaient présenté dans l'espace Marketplace Europe, tels vonkiezzukiez.eu (“De quartier à quartier"), qui vise à mettre en relation les problèmes qu'affrontent les quartiers et les villes européens à travers une discussion collective entre citoyens et représentants des institutions. Le projet Migration Matters vise à montrer au grand public la réalité des migrations à travers des enquêtes rigoureuses. European Alternatives, s'active pour l'"émergence d'un espace politique transnational qui attribue aux citoyens la capacité de décision."

    La journée a été clôturée par l'intervention du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, avec un discours sur l'état de l'Europe, avec le soutien de la Fondation Konrad Adenauer. Juncker, qui de près apparaît plus humain et moins médiatisé que son image publique laisse entendre, a insisté sur un point essentiel pour tous ceux qui sont impliqués ou affectés par le projet européen : "je lis souvent que l'Union européenne est le problème principal du contient européen. Je pense au contraire que c'est la seule solution possible afin que l'Europe soit capable de survivre dans le monde de demain."

  • Crise de la gauche européenne : La social-démocratie victime de son époque

    VoxEurop
    11 octobre 2016

    Les partis sociaux-démocrates sont en perte de vitesse. A l’origine de cette tendance, les conséquences de la crise économique et l’émergence de nouveaux acteurs politiques qui leur disputent leur rôle traditionnel.

    C’est un moment difficile pour le centre-gauche en Europe. Au Royaume-Uni, en proie à une crise de leadership, le Parti travailliste gère difficilement les conséquences du vote pour le Brexit. Jeremy Corbyn, son chef, a été réélu lors du récent congrès du parti. Ce dernier a été marqué par la guerre interne qui a éclaté après la victoire du “Leave”, les adversaires de M. Corbyn lui reprochant d’avoir été inexistant face à l’irruption des partis populistes comme le UKIP, qui a soutiré de nombreuses voix au sein d’une classe ouvrière apeurée.

    En Espagne, la crise de gouvernance qui traverse le pays depuis maintenant neuf mois, avec la perspective de troisièmes et nouvelles élections législatives si un accord entre les partis ne devait pas être conclu, s’est accompagnée d’une crise, voire d’une guerre ouverte au sein du Parti socialiste (PSOE), entre l’ancien chef Pedro Sánchez et ses adversaires. Ce dernier s’est toujours opposé à ce que son parti s’abstienne, en facilitant la formation d’un gouvernement minoritaire mené par le Premier ministre sortant, le conservateur Mariano Rajoy, et soutenait la formation d’une coalition alternative avec Podemos et d’autres partis. Une partie du PSOE estimait pour sa part que la priorité, c’était la formation d’un gouvernement. Elle a fini par s’imposer, en contraignant Sánchez à la démission.

    En France, François Hollande assiste impuissant à l’érosion continue de sa popularité auprès des électeurs, tandis que ses collaborateurs quittent l’un après l’autre un navire privé de cap. Dernier en date, Emmanuel Macron, son ministre des Finances. En même temps, l’ex-président Nicolas Sarkozy ressurgit avec force, et promet aux électeurs sécurité et identité, face à la fragilité perçue en France après les attentats terroristes des derniers mois et la crise migratoire. Ailleurs, la situation des gauches n’est pas meilleure : en Italie, le Premier ministre Matteo Renzi risque de voir son étoile s’effacer s’il n’emporte pas le référendum constitutionnel du 4 décembre.

    La social-démocratie européenne est décapitée. Les raisons, qui s’ajoutent aux difficultés internes, sont imputables à une tendance qui s’est manifestée ces dernières années et qui estreliée à la crise politique des partis qui ont occupé le centre politique en Europe depuis la Seconde guerre mondiale. La crise économique y est pour beaucoup, à laquelle se sont greffées les crises de l’euro, de l’UE et de l’idée européenne. L’émergence des partis alternatifs, à gauche et à droite, populistes, xénophobes et dans tous les cas, radicalement opposés à l’establishment, a porté un dur coup aux partis sociaux-démocrates, qui restent solidement ancrés dans la dichotomie centre-gauche/centre-droite caractéristique de l’Europe depuis la fin de la guerre.

    L’Union européenne et les décennies de paix qu’elle a assurées à l’Europe sont le fruit de l’accord tacite entre les forces conservatrices et les sociaux-démocrates. C’est donc avec ironie que l’on constate que la social-démocratie est “morte victime de son succès”, une fois que le “pacte pour le bien-être” a été accepté par la plupart des pays d’Europe occidentale. Avec la nouveauté, pour les partis sociaux-démocrates, de se voir obligés à présent de se battre pour conquérir leurs électeurs traditionnels de la classe moyenne et ouvrière, attirés par les mouvements émergents à droite et à gauche. A ce sujet, l’essayiste Paul Mason écrit dans le Guardian que

    la social-démocratie paraît privée des ressources intellectuelles pour se rénover. Et c’est là le produit d’une incohérence encore plus profonde : […] l’historien américano-hongrois Karl Polanyi estimait que le capitalisme était composé d’un “double mouvement” : la poussée vers le marché et une force contraire qui s’y oppose. Les réguler est dans l’intérêt de la société. Le beauté de l’idée de Polany était qu’elle permettait au centre-gauche dans les années 1980 de trouver une justification à son existence qui survive à la disparition de la classe ouvrière. A la place de “protéger la classe ouvrière”, l’objectif de la social-démocratie était devenu de “réglementer le capitalisme dans son propre intérêt”. La racine de tous les problèmes de la social-démocratie depuis 2008, c’est que la manière dont cet objectif peut être atteint n’est plus très claire. […] A présent que l’élan primaire du néo-libéralisme est brisé, la social-démocratie devrait se concentrer sur l’invention de quelque chose de différent. Mais elle n’en a pas les ressources nécessaires. . La majorité des élites socialistes et des bureaucraties européennes sont habituées à gérer un capitalisme qui ne fonctionne pas et semblent incapables d’imaginer un autre avenir.

    L’urgence à présent pour les partis traditionnels, c’est de recomposer la carte politique et d’occuper à nouveau un rôle prépondérant en son sein. Pour les partis conservateurs, c’est plus simple, car ils sont davantage dans l’air du temps. Le repli identitaire et national et la mise en place de politiques de continuité avec le passé sont rassurantes pour de nombreux électeurs. Pour les partis sociaux-démocrates, le paysage n’est pas si clair que cela. Face aux partis qui émergent avec force à sa gauche, en particulier au sud de l’Europe (Podemos, Syriza,…), il faut repenser le compromis avec le capitalisme “soft” avec lequel ils ont cohabité (et ils se sont accordés) depuis l’après-guerre, à une époque où le néolibéralisme et le capitalisme financier sont décomplexés par rapport au passé.

    Mais la violence de la crise a frappé au sein des électeurs, qui ne veulent plus de ce produit électoral. Alors, les Sociaux-démocrates doivent choisir, et concourir : renouveler le compromis historique ou diviser la gauche. D’où la crise permanente des derniers temps.

    Dessin de Malagón

  • Après le coup d’Etat manqué en Turquie : Pas de vengeance, M. Erdoğan

    VoxEurop
    23 septembre 2016

    Des écrivains, des journalistes et des scientifiques du monde entier ont signé cette pétition, afin de demander au gouvernement turc de mettre un terme aux “purges” au sein de la presse et de l’opposition, en commençant par libérer le romancier Ahmet Altan et son frère, l'écrivain et économiste Mehmet.

    Le 15 juillet dernier, un coup d’Etat contre les institutions turques échouait. Organisé par une faction au sein des forces armées turques, auto-proclamé le Conseil pour paix à l’Intérieur, ses promoteurs dénonçaient l’érosion de la laïcité, de l’Etat de droit, le non-respect des droits humains et la perte de crédibilité de la Turquie au sein de la communauté internationale. Ils ont été défaits au final par les militaires loyalistes, tandis que le gouvernement les a accusés d’être liés au leader religieux en exil et opposant du président Recep Tayyip Erdoğan, Fethullah Gülen.

    Plus de 300 personnes ont été tuées et plus de 2 100 blessées pendant le putsch, qui a été suivi d’une vague d’arrestations massive : au moins 6 000 personnes ont été arrêtées, parmi lesquelles au moins 2 839 militaires et 2 745 juges. 15 000 personnels de l’éducation nationale ont été également suspendus et les licences de 21 000 enseignants travaillant dans le privé ont été révoquées, et 42 journalistes arrêtés, avec l’accusation d’être fidèles à Gülen.

    Des écrivains, des journalistes et de scientifiques du monde entier sont en train de signer cette pétition, afin de demander au gouvernement turc de mettre un terme au coup de force contre la presse et l’opposition, en commençant par libérer le célèbre écrivain Ahmet Altan et son frère, l’économiste Mehmet Altan:

    Nous, soussignés, appelons les démocrates du monde entier ainsi que ceux qui s’inquiètent pour l’avenir de la Turquie et de la région dans laquelle elle joue un rôle de premier plan, à protester contre la vendetta que le gouvernement exerce contre ses penseurs et ses écrivains les plus brillants ne partageant peut-être pas son point de vue.

    Le contexte de cette lettre est celui du coup d’Etat du 15 juillet 2016, qui heureusement a échoué et a été rapidement maîtrisé. Si les Turcs eux-mêmes n’avaient pas résisté à cet assaut contre leurs institutions, nous aurions eu des années de misère.

    A la suite du coup, il est compréhensible que le gouvernement ait imposé un état d’urgence temporaire. Cependant, le coup d’Etat manqué ne devrait pas être le prétexte de mener une chasse aux sorcières à la McCarthy, ni que cet état d’urgence soit appliqué avec peu d’égards pour les droits fondamentaux, la règle de preuves, ni même le bon sens.

    Nous, en tant qu’écrivains, chercheurs et défenseurs de la liberté d’expression, sommes particulièrement inquiets de voir des collègues que nous connaissons et respectons emprisonnés sous les nouvelles réglementations de l’état d’urgence. Des journalistes comme Şahin Alpay, Nazlı Ilıcak ou l’écrivain Aslı Erdoğan ont été des fervents défenseurs de la démocratie et des opposants au militarisme et aux tyrannies de toute sorte.

    Nous sommes particulièrement inquiets de voir le célèbre écrivain Ahmet Altan, et son frère, Mehmet Altan, un écrivain et éminent professeur d’économie, être détenus suite à une perquisition le 10 septembre 2016. Tous deux sont accusés d’avoir lancé d’une façon ou d’une autre des messages subliminaux visant à rallier les supporters du coup lors d’un débat télévisé le 14 juillet, la nuit qui a précédé la tentative de coup d’Etat.

    Ahmet Altan est l’un des écrivains les plus importants de Turquie, dont les romans sont traduits et vendus par millions. Il a également été le rédacteur pendant cinq ans du quotidien de gauche Taraf. Le journal mettait en avant le droit du public de savoir. Il a été poursuivi de nombreuses fois au cours de sa carrière – dans les années 1990 pour avoir essayé d’inciter les lecteurs turcs à compatir avec les Kurdes du pays, et plus récemment pour avoir essayé d’obtenir des excuses du Premier ministre pour le massacre de Roboski dans lequel 34 villageois ont été bombardés.

    Il a comparu devant la cour aussi récemment que le 2 septembre, accusé de détenir des secrets d’Etat, sur la base d’une inculpation qui résultait en grande partie un copier-coller de deux cas entièrement différents.

    Mehmet Altan est professeur à l’université d’Istanbul, et un chroniqueur dont les nombreux livres ont plaidé pour une reconstruction de l’identité de la Turquie qui soit basée non sur la race ou la religion, mais sur le respect des droits humains.

    Comme son frère ou d’autres maintenant en prison, son crime n’est pas d’avoir soutenu un coup mais d’avoir critiqué efficacement le gouvernement actuel, dont les progrès initiaux pour élargir la démocratie ont ensuite fait chemin arrière.

    Nous appelons donc le gouvernement turc à stopper ses persécutions envers les écrivains reconnus et à accélérer la libération d’Ahmet et de Mehmet Altan tout comme que celle de nombreux collègues accusés à tort.

    Héctor Abad, Writer.

    Daron Acemoğlu, Professor of Economics, Massachusetts Institute of Technology.

    Dogan Akhanli, Writer, PEN Germany.

    Meena Alexander, Poet, writer ; Distinguished Professor of English, Hunter College and CUNY Graduate Center in the PhD program in English.

    Monica Ali, Writer.

    Professor Rosental Calmon Alves, Knight Chair in Journalism & UNESCO Chair in Communication ; Director, Knight Center for Journalism in the Americas, University of Texas at Austin.

    Gillian Anderson, Film, television, theatre actress.

    Kwame Anthony Appiah, Philosopher, cultural theorist and novelist.

    Chloe Aridjis, Writer, Mexico / United Kingdom.

    Ingeborg Arlt, Writer, PEN Germany.

    John Ashbery, Poet.

    Margaret Atwood, Writer.

    Michael Augustin, Poet, translator, Germany.

    Thomas Bachmann, Author.

    Çiğdem Balım, Senior lecturer, Indiana University.

    Etienne Balibar, Philosopher ; Professor Emeritus, University of Paris-Ouest ; Anniversary Chair in Modern European Philosophy, Kingston University, London.

    Hans Jürgen Balmes, Editor, S. Fischer Verlage.

    Russell Banks, Writer.

    Peter Barbey, Publisher, The Village Voice.

    Julian Barnes, Writer.

    Robert Barnett, Senior Research Fellow and Director, Modern Tibetan Studies, Columbia University.

    Jürgen Baurmann, Professor Emeritus, University of Wuppertal, Germany.

    John Berger, Writer.

    Sara Bershtel, Publisher, Metropolitan Books / Henry Holt.

    Johann Bihr, Head of the Eastern Europe & Central Asia desk, Reporters Without Borders (RSF).

    Clifford Bob, Raymond J. Kelley Endowed Chair in International Relations, Duquesne University.

    Eric Bogosian, Actor, playwright, novelist and historian.

    Mirko Bonné, Writer.

    Vera Botterbusch, Filmmaker, photographer, writer.

    Patrick Boucheron, Professor, History, Collège de France.

    Olivier Bouquet, Professor, History, University of Paris VII.

    Hamit Bozarslan, Professor, History, EHESS.

    Warren Breckman, Rose Family Endowed Term Chair, Professor of History, University of Pennsylvania.

    Breyten Breytenbach, Writer, South Africa / France.

    Daphné Breytenbach, Independent journalist, France.

    Lisette Buchholz, Publisher, persona verlag.

    A.S. Byatt (Dame Susan Duffy), Novelist, poet, Booker Prize winner.

    Jamie Byng, Publisher, Canongate Books.

    Simon Callow, Actor, musician, writer and theatre director.

    Peter Carey, Writer.

    Nick Cave, Musician, author, screenwriter.

    Baltasar Cevc, Lawyer, Erlangen, Germany.

    Ying Chan, Journalist, Winner of CPJ International Press Freedom Award.

    Roger Chartier, Professor, History, Collège de France.

    Frances Dal Chele, Photographer.

    Noam Chomsky, Linguist ; Institute Professor of Emeritus, Massachusetts Institute of Technology.

    Claus Clausen, Publisher, Tiderne Skifter, Denmark.

    Nathalie Clayer, Professor, History, EHESS.

    Jonathan Coe, Novelist.

    JM Coetzee, Nobel Laureate in Literature.

    Professor Dominique Custos, Centre for Research on Fundamental Rights and the Evolution of Law (CRDFED), University of Caen, France.

    Burak Çopur, Political Scientist, University of Duisburg-Essen, Germany.

    Sophie Dahl, Writer.

    Christophe Deloire, Secretary-General, Reporters Without Borders (RSF).

    Ariel Dorfman, Novelist, playwright ; Walter Hines Page Research Professor Emeritus of Literature, Duke University.

    Costas Douzinas, Professor of Law, University of London.

    Tanja Dückers, Writer.

    Horst Eckert, Writer.

    Scott Ellsworth, Author ; lecturer, Department of Afroamerican and African Studies, University of Michigan.

    Jean Louis Fabiani, Professor, Humanities, EHESS.

    Catherine Farin, Editor, S. Fischer Verlage.

    Rita Felski, Professor of literature, University of Virginia and University of Southern Denmark.

    Elena Ferrante, Writer.

    Sandro Ferri, Publisher, edizioni e/o, Europa editions.

    Sascha Feuchert, Vice-President and Writers-in-Prison-Commissioner of PEN Germany ; Professor of Literature, University of Giessen.

    Stephen Frears, Film director.

    Maureen Freely, Writer ; President of English PEN.

    Uwe Friesel, Writer and translator ; Member of International PEN / First President of the German Union VS.

    Neil Gaiman, Writer.

    Rebeca García Nieto, Writer, Spain.

    Marcel Gauchet, Philosopher, EHESS ; publisher of Le Debat.

    Graeme Gibson, Novelist.

    Mario Giordano, Writer.

    Maurice Godelier, Professor of Anthropology, EHESS, Paris.

    Jordan Goodman, Honorary Research Fellow in the Wellcome Trust Centre for the History of Medicine at College, London .

    Professor Anthony T. Grafton, Historian, Princeton University.

    Roland Greene, Mark Pigott KBE Professor in the School of Humanties and Sciences, Professor of English and Comparative Literature, Stanford University.

    Constanze Güthenke, Associate Professor of Greek Literature, Faculty of Classics, University of Oxford.

    Ulla Hahn, Writer.

    Matt Haig, Novelist and journalist.

    Anton Harber, Caxton Professor of Journalism at University of the Witwatersrand, Johannesburg and chair of the Freedom of Expression Institute.

    David Hare, Playwright.

    Josef Haslinger, President, PEN-Centers, Germany.

    Chris Hedges, Author, Pulitzer Prize Winner.

    Amy Hempel, Short story writer and journalist.

    Wolfgang Hermann, Author, Austria.

    Uwe-Karsten Heye, Writer.

    Jim Hicks, Executive Editor of the Massachusetts Review ; Professor at University of Massachusetts, Amherst.

    Kathy High, Interdisciplinary artist, curator, scholar.

    Adam Hochschild, Journalist, historian.

    James Hollings, Senior Lecturer in Journalism, Massey University Wellington, New Zealand.

    Nick Hornby, Writer.

    Violaine Huisman, Director of Humanities, Brooklyn Academy of Music.

    Mark Lee Hunter, Investigative journalist, Paris.

    Zehra İpşiroğlu, Author ; Professor of Theatre Studies, University of Duisburg-Essen.

    Ayesha Jalal, Mary Richardson Professor of History ; Director, Center for South Asian and Indian Ocean Studies, Tufts University.

    Gabriela Jaskulla, Writer and journalist.

    Amy Edith Johnson, Columbia University.

    Joachim Kalka, Writer and translator.

    Karin Karlekar, Director of Free Expression At Risk Programs, PEN America.

    A.L. Kennedy, Writer.

    Tanja Kinkel, Writer.

    Hubert Klöpfer, Publisher and member of PEN Germany.

    Laurens van Krevelen, Writer and publisher, The Netherlands.

    Barbara Krohn, Writer.

    Hari Kunzru, Novelist and journalist.

    Hanif Kureishi, Writer.

    Olivia Laing, Writer and critic.

    Jean-Manuel Larralde, Professor of Public Law, University of Caen, Normandy.

    Camille Laurens, Writer.

    Marie Lecomte-Tilouine, Director of research at CNRS, France.

    Joanne Leedom-Ackerman, Vice President of PEN International.

    Jo Lendle, Publisher, Carl Hanser Verlage.

    Wolf Lepenies, Professor, Sociology, Wissenschaftskolleg zu Berlin; Freie Universität.

    Mark Lilla, Writer, Professor of Humanities, Columbia University.

    Antoine Lilti, Professor, History, EHESS.

    Professor Christoph Lindenmeyer, Author and journalist ; member of PEN-Center Germany.

    Clementina Liuzzi, Literary agent.

    Gert Loschütz, Writer.

    Gila Lustiger, Writer, Germany / France.

    Jonas Lüscher, Writer ; member of PEN-Center Germany.

    Lindsay Mackie, Board member of English PEN and chair of its Readers and Writers Programme.

    Alberto Manguel, Writer, Director of the National Library of Argentina.

    Anthony Marx, President and CEO of The New York Public Library ; former president of Amherst College.

    Frédérique Longuet Marx, Maître de conférences en sociologie à l'Université de Caen.

    Hisham Matar, Writer.

    Claudia Mattalucci, Professor, Anthropology, University of Milan-Bicocca.

    Tom McCarthy, National affairs correspondent, The Guardian.

    Ian McEwan, Novelist and screenwriter.

    Jay McInerney, Novelist.

    Maureen N. McLane, Professor of English, Director of Honors, New York University.

    Norbert Mecklenburg, Professor of Literature, University of Cologne.

    Allan Megill, Professor of History, University of Virginia.

    Maria Meinel, Translator.

    Laurent Mignon, Associate Professor of Turkish ; Fellow of St Antony’s College, Oriental Institute, University of Oxford.

    Rick Moody, Writer.

    Luiza Franco Moreira, Poet ; Professor and Chair, Department of Comparative Literaure at Binghampton University.

    Paul W. Morris, Director of Literary Programs at PEN American Center.

    Dirk Moses, Professsor, History, University of Sydney.

    Glenn W. Most, Professor of Classics, Scuola Normale Superiore, Pisa ; The University of Chicago, Committee on Social Thought.

    Madhusree Mukerjee, Writer.

    Neel Mukherjee, Writer.

    Enrique Murillo, Editor, Los libros del lince.

    Herta Müller, Nobel Laureate in Literature.

    Sten Nadolny, Novelist.

    Azar Nafisi, Writer.

    Ralf Nestmeyer, Author, historian.

    Mary Ann Newman, Translator.

    Steve Newman, Associate Professor, Director of Graduate Studies, Department of English, Temple University.

    Thandie Newton, Actress.

    Dr. Bui Hanh Nghi, Author.

    Dr. Wulf Noll, Writer.

    Olivier Nora, Publisher, Editions Grasset.

    Françoise Nyssen, Publisher, Actes Sud.

    Andrew O’Hagan, Novelist.

    Hans-Christian Oeser, Literary Translator, Member of PEN.

    Osman Okkan, Turkish-German Forum of Culture.

    Michael Ondaatje, Novelist and poet.

    Sandra Ozzola, Publisher, edizioni e/o, Europa editions.

    Erol Önderoğlu, Reporters Without Borders (RSF), Turkey.

    Cem Özdemir, Chairman and Member of Parliament, Alliance 90/ The Greens, Germany.

    Orhan Pamuk, Nobel Laureate in Literature.

    Christian Parenti, Author, investigative journalist.

    Tim Parks, Writer.

    Philip N. Pettit, Historian, Philosopher, Princeton University; Australian National University.

    DBC Pierre, Writer.

    Angela Pimenta, Columnist and president of Projor (The Institute for Development of Journalism), São Paulo.

    Philip Pullman, Writer.

    Justin Quinn, Writer, translator ; Associate Professor, University of West Bohemia, Czech Republic.

    Eduardo Rabasa, Writer.

    Marie-Joëlle Redor-Fichot, Professor of Public Law, University of Caen, Normandy.

    Daniel Rondeau, Writer; former ambassador.

    Professor Michael Rothberg, 1939 Society Samuel Goetz Chair in Holocaust Studies, UCLA.

    Frederick J. Ruf, Professor, Department of Theology, Georgetown University.

    Alan Rusbridger, Journalist, Principal of Lady Margaret Hall, Oxford and the former editor-in-chief of The Guardian.

    Salman Rushdie, Writer ; Winned of the Booker Prize for Fiction and the Booker of Bookers prize.

    P. Sainath, Author, journalist.

    Professor Philippe Sands QC, University College London and Matrix Chambers.

    Gisèle Sapiro, Professor of Sociology at the EHESS and Research Director at the CNRS, Vice-President of the EHESS for International Relations.

    Aram Saroyan, Poet and novelist.

    Roberto Saviano, Journalist, writer.

    Rafik Schami, Syrian-German writer.

    Anya Schiffrin, Director (IMAC) at the School of International and Public Affairs, Columbia University.

    Prof Dr. Wilfried F. Schoeller, Author, literary critic, professor of 20th Century Literatute, Literary Criticism Media, University.

    Eugene Schoulgin, Vice President, PEN International.

    Lynne Sharon Schwartz, Writer.

    Professor Salvatore Settis, Art Historian, President of Louvre Museum’s Scientific Board ; Former President of Scuola Normale Superiore di Pisa.

    Elif Shafak, Writer.

    Jayeeta Sharma, Associate Professor of History, University of Toronto.

    Peter Sillem, Editorial Director, S. Fischer Verlag.

    Shelly Silver, Associate Professor, Visual Arts Program, Columbia University.

    Dan Simon, Founder and publisher, Seven Stories Press.

    Laura M. Slatkin, Professor, Classical Studies, New York University.

    Ali Smith, Writer.

    Marie-Carmen Smyrnelis, Historian, EHESS.

    Lorin Stein, Editor of The Paris Review.

    Juliet Stevenson, Stage and screen actress.

    Klaus Stiller, Writer.

    Tom Stoppard, Playwright and screenwriter.

    Ulrich Straeter, Writer and publisher.

    Leander Sukov, Author, Germany.

    Johann P. Tammen, Poet and editor, Member of PEN.

    Adam Thirlwell, Writer.

    Emma Thompson, Actress, comedian, writer.

    Uwe Timm, Writer, Germany.

    Ilija Trojanow, Writer, translator, publisher.

    Özgür Türesay, Senior Lecturer, Applied School of Advanced Studies, 4th Section, Section of historical and philological sciences.’’

    Anja Utler, Writer, Germany.

    Regula Venske, General Secretary, PEN Germany.

    Charles V Wait, President, CEO and chairman of the board of The Adirondack Trust Company, Saratoga Springs, New York ; Director of the New York Bankers Association.

    Immanuel Wallerstein, Yale University.

    Günter Wallraff, Writer.

    Irvine Welsh, Novelist and playwright.

    Herbert Wiesner, Literary Critic, Member of German PEN Centre, Berlin.

    Michel Wieviorka, Professor of Sociology, EHESS.

    Dr. Thomas Wohlfahr, Director of Literature Workshop, House for Poetry, Berlin.

    Felicia Zeller, Writer.

    Cartoon by Enrico Bertuccioli/CartoonMovement

  • Après les cas Apple et Caterpillar : Les leçons pour l’Europe

    VoxEurop
    10 septembre 2016

    La sanction imposée au géant de la Silicon Valley et la fermeture de l'usine belge de pelleteuses rappellent la nécessité d'une réglementation plus à même d'assurer les intérêts des citoyens et des travailleurs européens.

    La décision prise par la Commission européenne d’exiger d’Apple le versement de 13 milliards d'euros à l’Irlande au motif que l’exonération d’impôts dont la société a bénéficié constitue une "aide d’Etat" illégale faussant la concurrence, ainsi que celle de Caterpillar de fermer son usine de Gosselies en Belgique, impliquant des licenciements de quelques 6000 travailleurs, ont largement dominé les actualités économiques récentes.

    Si on pouvait s’attendre à ce qu’Apple manifeste son intention de contester la décision de "Bruxelles", l’opposition du Gouvernement irlandais à cette mesure porte, elle, un nouveau coup de canif à l’autorité des institutions de l’Union.

    De même, la brutalité de l’annonce de Caterpillar souligne le déséquilibre entre le pouvoir de décision d’une importante "société multinationale" et les moyens dont disposent les gouvernements nationaux de l’UE pour s’y opposer.

    Ces deux exemples, fondamentalement différents, soulignent les faiblesses de l’architecture institutionnelle de l’Union. Ils font ressortir de manière criante la nécessité de plus d’Europe (et non seulement de mieux d’Europe) si l’on veut, à la fois, créer un "marché unique" équitable où se déploie une saine compétition fiscale sur un socle commun (mettant fin à la sacrosainte souveraineté absolue des Etats en matière de taxation) et imposer des règles de conduite applicables à ceux qui veulent bénéficier d’un accès à ce marché (limitant la capacité des acteurs économiques à faire du shopping réglementaire).

    Si le maintien du principe de "libre choix de l’option la moins taxée" doit être vigoureusement défendu, il faut cependant qu’un cadre général, applicable à l’ensemble du marché unique (règles sur l’assiette de l’impôt et son lieu de perception et/ou clef de répartition), empêche d’éluder l’impôt dans le respect de la lettre sinon de l’esprit des codes nationaux, comme c’est actuellement le cas.

    Au-delà des modifications nécessaires pour éliminer les excès de l’ingénierie fiscale au sein de l’Union, il sera opportun d’aborder ce problème sur le plan global (au sein du G20). Il est en effet choquant que les Etats-Unis aient la prétention de censurer la Commission dans le cas Apple, invoquant des retombées fiscales négatives sur le trésor américain lors d’un rapatriement éventuel des profits réalisés à l’étranger par des sociétés américaines ! Si, dans l’attente d’un TTIP de plus en plus illusoire, on doit admettre des règles différentes en Europe et aux USA, il y a cependant lieu de veiller à tout le moins à une "réciprocité" de traitement entre juridictions autonomes.

    Le cas Caterpillar est d’une toute autre nature. Il fait peu de doutes que si, en prenant cette décision, la direction devait tenir compte de sa capacité d’opérer sans entraves dans l’ensemble du marché unique, sa position de négociation serait considérablement moins avantageuse que dans ce cas précis où elle n’a comme principaux interlocuteurs étatiques que le gouvernement belge ou même wallon.

    Il faudrait exiger, comme c’est le cas pour les fusions/acquisitions, une procédure de notification préalable à la Commission lorsqu’une entreprise d’une certaine taille (engobant toutes les multinationales) envisage la fermeture ou la restructuration d’une de ses implantations importantes, où que ce soit dans l’UE, accompagnée obligatoirement par le dépôt d’un plan détaillé de l’opération projetée.

    Il devient de plus en plus évident que les pays membres de l’UE sont face à un choix difficile: soit ils privilégient le principe de souveraineté nationale et donc du "chacun pour soi" et la possibilité d’être soumis à un certain chantage ; soit ils sont prêts à mettre en commun certains attributs supplémentaires de cette souveraineté pour renforcer d’autant leur capacité de négociation face aux décisions unilatérales des multinationales. Il est malheureux que ce soit uniquement lorsqu’une partie se retrouve directement affectée et impuissante à réagir efficacement qu’elle fasse appel à la solidarité de l’Union.

    Les partis politiques de tous bords, y compris les plus eurosceptiques, les gouvernements, les directions locales des entreprises et les syndicats représentant les travailleurs doivent tous reconnaître la valeur ajoutée que l’UE peut apporter dans la défense des intérêts des citoyens européens. Le débat autour du Brexit constitue une illustration supplémentaire de ce débat fondamental où le Royaume-Uni sera en situation de faiblesse relative dans ses négociations non seulement avec l’Union mais aussi vis-à-vis de pays tiers comme les USA, la Chine ou l’Inde.

    Si on veut éviter les affres du protectionnisme qui serait désastreux dans un monde où la prospérité à tous niveaux est tributaire de la fluidité des échanges de marchandises, de services, de capitaux et de cerveaux, il faut promouvoir une réglementation permettant de trouver un équilibre entre les divers intérêts légitimes en présence. C’est seulement à ce prix qu’on pourra espérer mettre fin au pouvoir exorbitant des multinationales et à leur capacité de mettre en œuvre leur credo : "diviser pour régner" !

  • Europe centrale : Le groupe de Višegrad, entre espoirs et fractures

    VoxEurop
    06 septembre 2016

    Comment aborder le vent de la rupture venant de l’Est, violent et enragé ? Faut-il l’affronter directement ou juste attendre que cela passe ? Pourquoi un tel ressentiment ? Et surtout, faut-il irrémédiablement opposer l’Union Européenne et le groupe de Višegrad ?

    "Un jour viendra où, vous toutes, nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure, et vous constituerez la fraternité européenne". C'est comme cela que Victor Hugo expliquait la nécessité d'une construction européenne. Pourtant, aujourd'hui, elle paraît se disloquer plus que jamais. La rupture est particulièrement visible avec les pays du Groupe de Višegrad (composé de la République Tchèque, de la Pologne, de la Hongrie et de la Slovaquie), qui ne voient plus la fraternité européenne nécessaire à la construction européenne (et ils ne sont pas les seuls).

    Les fractures "géographiques" au sein de l’Union Européenne sont nombreuses. Néanmoins, si l’opposition entre pays du sud de l’Europe et pays du nord de l’Europe fut majeure en pleine crise, du fait de leur lecture différente de la crise et de ses conséquences, le clivage entre pays de l’ouest et pays de l’est est devenu aujourd’hui la principale source de tension en Europe. Cela pose donc la question de l’élargissement, puisque la plupart de ces pays furent intégrés en 2004, mais aussi des solutions à apporter pour que la construction européenne puisse se faire avec tous, sans exclure personne.

    Une adhésion à l’UE nécessaire et naturelle

    Il est bien facile de voir cette opposition comme permanente et de l’accuser d’être le fruit d’un élargissement trop rapide. L’élargissement est souvent, malheureusement, désigné comme un échec et comme l’une des raisons des difficultés que rencontre l’UE. Pourtant, il semble que les divergences opposant l’UE et le groupe de Višegrad résident plus dans la manière, et non le principe, par laquelle s’est opéré l’élargissement de 2004.

    A la chute de l’URSS, l’Union Européenne se devait de répondre à un besoin fort des pays qui étaient sous le giron du géant soviétique d’intégrer l’Europe, de pouvoir se construire à nouveau une identité nationale par la participation à un espace transnational et européen. Pour, en fait, mettre fin à l’influence et au totalitarisme soviétique.

    Si cet élargissement fut peut-être rapide (seulement 13 ans après l’implosion de l’URSS), il était bien nécessaire d’intégrer ces pays à l’ensemble européen. A la fois pour des questions géopolitiques (la Russie affaiblit, la construction européenne pouvait librement impliquer des pays qui sont européens à part entière), mais aussi pour des raisons plus idéologiques. En effet, par les valeurs de tolérance et de solidarité qu’elle porte, l’Union Européenne devait accepter l’adhésion de ces Etats, afin de favoriser la convergence économique et de les protéger.

    L’élargissement était aussi très symbolique, les pays de l’Est sont pleinement européens, et leurs cultures sont à la fois slaves et européennes, et ont marqué les siècles précédents.Par ailleurs, l’intégration est aussi réussie pour des pays comme la Slovénie ou les pays Baltes. La question se pose donc pour le groupe de Višegrad, pourquoi tant d’opposition ?

    Les divergences sont fortes entre ces pays et ceux de l’Ouest : la répartition des réfugiés, la réaction face au Brexit, le rejet de l’Europe politique. Comment expliquer ces divergences, qui, il faut le répéter, ne sont pas les seuls à animer les pays de l'UE ?

    Une asymétrie d’information quant à l’adhésion de ces pays à l’UE

    L’approche économique est ici fondamentale. Et elle est paradoxale : ce qui maintient ces pays dans l’Europe, le marché unique et le bénéfice des subventions européennes, est aussi la cause des difficultés actuelles.

    N’aurait-on pas vu l’adhésion de ces Etats à l’UE comme une simple opportunité d’agrandir le marché européen ? Cette vision anglo-saxonne de leur intégration est perceptible aux liens entretenus par ces pays avec le Royaume-Uni (particulièrement pour la Pologne et la République-tchèque). Reprocher aux pays de Višegrad un manque d’affinité avec l’Europe politique est donc impossible, car leur adhésion s’est faite, volontairement, autour d’un malentendu, entretenue par une vision anglo-saxonne de la communauté européenne.

    L’élargissement n’était pas vu comme une opportunité d’intégrer les anciens pays du bloc soviétique à une communauté politique mais comme une occasion inespérée d’agrandir le marché unique, et donc les débouchés des entreprises européennes. De plus, les difficultés actuelles que rencontre l’Europe face aux citoyens sont notamment attisées, à l’ouest, par le dumping pratiqué par ces pays à l’égard de nos économies.

    La difficulté des rapports entre le groupe de Višegrad et l’Union Européenne réside donc, à l’origine, dans les raisons de leur intégration et un manque criant de transparence politique et institutionnelle sur l’appartenance à l’Union Européenne, les devoirs et les droits qu’elle implique. On pourrait donc qualifier cela, pour rester dans l’approche économique, comme une asymétrie d’information... dont chacun en avait conscience apparemment.

    Néanmoins, les pays du groupe de Višegrad n'ont-ils pas vu dans la construction européenne un rêve qu’ils ont cru pouvoir modeler à leur guise ? Si nous les avons vus comme des consommateurs supplémentaires, ne nous ont-ils pas vus comme une aide à la reconstruction, juste une simple « main tendue » passagère sans y voir des implications ?

    L’opposition, ici, fait tache. Particulièrement par rapport à la crise des réfugiés. Si l’attitude de l’UE face à cette crise est absolument vide de sens humanitaire, la réaction de ces pays vis-à-vis des réfugiés est édifiante ! Comment se targuer d’appartenir à un ensemble culturelle immense et ouvert, l’Europe, et de refuser, par pur populisme, d’accueillir ne serait-ce que quelques centaines de réfugiés ?

    Si l’attitude de certains pays européens n’aide pas (la France n’a accueilli qu’un millier de réfugiés sur les 30 000 escomptés), ces pays se doivent de participer à l’effort, même si cela se fait a minima. Evidemment, juridiquement, la politique migratoire est une compétence partagée, et en dernier ressort, il appartient aux Etats membres de décider s’ils acceptent ou non un demandeur d’asile, même si une directive temporaire insiste marque bien la nécessité d’un partage des responsabilités sur un potentiel afflux migratoire.

    Ils ont aussi annoncé ne pas avoir l’intention de payer le juste transfert de fonds nécessaire vers les pays qui sont en première ligne dans l’accueil des réfugiés, surtout depuis la fermeture de la frontière hongroise, ou vers ceux qui ont décidé de participer au projet de répartition de la Commission. A contrario, de nombreuses erreurs furent faites, notamment le manque de solidarité vers la Slovaquie et la Hongrie au début de l'afflux massif. Ainsi, un transfert de fonds et de matériels aurait dû être fait immédiatement aux pays « en bordure », notamment vers les deux pays précédemment cités.

    Cet épisode montre donc que ces pays cherchent encore à se construire une identité, et que par là ils rejettent tout apport supplémentaire de la part d’autres pays, qu’ils soient européens ou non. Pourtant, il apparaissait qu’appartenir à l’Union européenne faisait partie de cette reconstruction, mais personne n’a voulu insister sur ce point-là au moment de l’adhésion de ces pays, les bénéfices du marché étaient trop grands, trop immédiats, pour tous les Etats-membres.

    On est donc arrivé au summum de l’hypocrisie de part et d’autres de l’Europe. Les pays fondateurs ont pu favoriser l’Europe d’aujourd’hui, ne jouant que sur le biais économique, désenchantant le rêve européen, faussant la perception d’une adhésion dans l’Europe. Ils ne veulent pas non plus reconnaître l’effort de ces pays vis-à-vis de l’Ukraine (notamment pour la Pologne), et ne font rien pour les rassurer sur les agissements (inquiétants) russes. Inversement, le groupe de Višegrad joue sur les difficultés actuelles de l’UE pour la décrédibiliser afin de favoriser les intérêts des pays le composant.

    Des revendications parfois douteuses et contradictoires

    De l’autre côté, les pays de Višegrad rejettent tout ce pour quoi ils ont signé et handicapent aujourd’hui lourdement la construction européenne, puisqu’ils ne veulent avoir, apparemment, que des droits en Europe. Si la responsabilité paraît partagée, les revendications du groupe de Višegrad, pas toujours vide de sens, se portent vraisemblablement en porte-à-faux par rapport à l’évolution de la construction européenne.

    Demander un consensus sur la question des réfugiés est évident, indispensable. Exiger un consensus sur la délibération faite par quatre pays est assez hypocrite. On peut, bien sûr, écouter toutes les revendications, mais en quoi cette réponse (c’est-à-dire limiter drastiquement l’immigration, refuser toute solidarité quant à la répartition des réfugiés) est plus justifiée qu’une autre ? De plus, faire du consensus une nécessité quand cela arrange et ne jamais permettre le consensus pour les autres questions est invraisemblable.

    Et d’autres paradoxes apparaissent au fur et à mesure de la lecture des communiqués des ministres du Groupe de Višegrad. Ainsi, la République Tchèque appelle à une refondation de l’Union Européenne en la démocratisant. Les institutions ne sont pas assez représentatives (ce qui est vrai), la République Tchèque appelle donc le Conseil européen à jouer…un plus grand rôle. Soit l’organe le moins démocratique de l’UE. Pire, elle appelle à un renforcement des prérogatives du Conseil face… au parlement européen, soit l’organe le plus démocratique de l’UE.

    Le mécanisme de codécision est déjà compliqué, symbole de l’intergouvernementalisme, alors renforcer les pouvoirs du conseil européen est en porte-à-faux de tous les efforts de démocratisation des institutions européennes (mêmes si ils sont insuffisants) depuis 40 ans.

    De plus, si on adhère à l’Union Européenne, c’est pour que certaines décisions soient prises à un échelon supérieur, d’après le principe de subsidiarité. Si on ne l’accepte pas, on doit sortir de cet espace. Bien sûr, on en n’arrive jamais à une telle extrémité. Dénoncer le manque de démocratie en Europe est plus que légitime, proposer une solution qui ne fera qu’empirer le problème et ne correspond pas à la nature des institutions est absurde.

    Si le groupe de Višegrad souhaite une régression vers le confédéralisme, il ne devrait alors pas souhaiter un approfondissement du marché unique et la création d’une force armée européenne, ces deux entités nécessitant des institutions communes approfondies et efficaces (c'est à dire une réelle Europe politique), incompatibles avec le confédéralisme.

    Et la présidente du conseil des ministres Polonais, Mme Szydło, d’insister, le 27 juillet dernier : « Une des pires conséquences que les Etats membres peuvent tirer du Brexit serait la division de l’UE en petits clubs », en référence à une intégration plus poussée d’un noyau dur. Paradoxal, puisque le V4 (groupe de Višegrad), rien que par ses prises de positions, constitue un club en marge de l’UE, et il n’aide pas non plus à réduire les clivages au sein de l’UE (qui sont parfois à l’origine des « petits clubs » dont parle Mme Szydło) que ce soit sur le thème des réfugiés ou du « problème constitutionnel » Polonais.

    L’approche économique est parfois différente selon les différents pays composant ce groupe. Là aussi, néanmoins, les paradoxes apparaissent. Ainsi, le dernier communiqué officiel du groupe de Višegrad souhaite que l’UE se concentre sur les sujets qui ne divisent personne et qui n’ont pas encore été assez exploré : il souhaite donc renforcer… le marché unique, qui bien évidemment est insuffisamment exploré, tout comme la libéralisation des marchés publics et des services. Or, le marché intérieur est une compétence partagée, au même titre que l’environnement ou la politique sociale.

    Le groupe de Višegrad, symbole de l’échec de l’inter-gouvernementalisme

    Aucune allusion aux problèmes du dumping social et fiscal n’est faite, ce qui, il faut l’avouer, ne concernent pas que ces pays. Il est tout de même un peu difficile pour un européen convaincu comme moi de comprendre ces prises de positions. L’adhésion à l’Union Européenne ne va pas que dans un seul sens, les pays sont liés par des objectifs économiques mais aussi politiques.

    Et si le groupe de Višegrad n’est clairement pas responsable du détournement du but de la construction européenne, il en est le symbole. Symbole d’une coopération qui s’appuie plus sur les chefs d’Etats que sur les citoyens européens. Symbole de l’échec de l’intergouvernementalisme, abreuvé par les égocentrismes nationaux, adoubé par certains dirigeants européens pour son opacité, utilisé par les partis nationalistes pour attiser haine et violence. Le groupe de Višegrad est le symbole de cette Europe qui se morfond dans la recherche d’une souveraineté nationale qui n’est plus, d’une Europe qui persiste à penser que le modèle de l’Etat-nation, seul, peut encore tout faire.

    Bien évidemment, la réponse à ces reproches sera celle mentionnant le fait que le groupe de Višegrad représente tous les incompris de l’Europe, tous les citoyens voulant la transformer, notamment les adeptes de « l’Europe des nations » dans les pays de l’Ouest, ceux trouvant l’UE trop envahissante.

    Cette réponse n’est d’ailleurs pas dénuée de véracité, c’est juste une manière habile, utilisé par un grand nombre de partis eurosceptiques, de prétendre être la seule interprétation politique du mécontentement général envers l’Union Européenne. Par-là, les pays du groupe de Višegrad se substituent aux autres alternatives possibles pour changer l’UE, évinçant in fine les autres projets susceptibles de remporter une certaine adhésion dans les populations européennes.

    L’utilisation de ce stratagème politique, qui n’est autre que cliver pour mieux rassembler, est, selon moi, dommageable. Et bien sûr tous les Etats-membres, à des degrés divers, jouent à ce jeu pour tirer le meilleur parti de cette coopération européenne, affaiblissant de facto l’Union européenne.

    L’intergouvernementalisme est un véritable échec. Personne ne tire dans le même sens, on peut le déplorer, cependant cela relève de la logique. Tout le monde tire parti de cette faiblesse dans un objectif national, alors que les bénéfices seraient bien plus grands pour tous si la coopération était renforcée. En l’absence de légitimité des institutions, les chefs d’Etats et de gouvernement ont fait de l’Europe un « nain » politique. Nous l’avons transformé en machine économique, faisant de nos institutions des entités incapables de réagir face au manque de compromis et à l’absence de dialogue.

    La solution de l’Europe à deux vitesses

    Une solution à ces divergences serait peut-être de négocier une position dans l’Espace Economique Européen, qui correspondrait bien à la vision de l’Europe de ces pays, qui voient dans le marché commun le seul point où il n’y a pas de divergences entre les Etats.

    La solution, d’ailleurs, est peut-être là. Un deuxième cercle européen devra inévitablement se former. Il est encore à l’état embryonnaire, mais pourrait se développer. Ce serait donc une Europe à deux vitesses. Proposition satisfaisante mais brise-cœur, puisque ce n’est pas intrinsèquement le but de la construction européenne.

    Un deuxième cercle européen ferait perdre beaucoup à tous, c’est sûr. Moins de poids politique et économique pour l’UE, inconvénients surmontables, perte de certaines subventions (représentant, tout de même, 7% du PIB hongrois en 2014) et moins d’accès dans la prise de décision, tout en y étant moins exposés, pour les pays du 2ème cercle. Néanmoins, les normes européennes seront probablement toujours très présentes, en vertu de l’autonomie de l’ordre juridique européen et de l’uniformisation des normes, nécessaire à un marché unique.

    Cette solution n’est pas la plus simple, et le choix de l’Europe à deux vitesses s’inscrit dans un mouvement plus global, qui correspondrait à organiser un grand débat sur l’UE dans l’Europe, suivit d’une prise de décision démocratique (des représentations nationales et européennes, suivie d’un référendum, idéalement pan-européen) pour enfin statuer, ensemble, sur l’avenir d’une Europe qui se meurt.

    Une délibération européenne en coopération avec les médias et les citoyens permettrait d’exposer TOUTES les alternatives pour l’Europe, afin que chacun puisse faire son choix en connaissance de cause, le plus démocratiquement et le plus objectivement possible. Cela permettrait l’émergence de deux cercles européens, qui n’auraient pas la même vision de l’UE mais qui resteraient étroitement en coopération.

    Le grand objectif est donc de parvenir à un consensus sur les valeurs de l’UE, si symbolique mais si important, et un compromis sur les objectifs et l’organisation des institutions et le poids de ces dernières au sein de la communauté européenne.

    Photo : les chefs d'Etats et de gouvernements (de gauche à droite) de la Slovaquie, de la République Tchèque, de la Pologne et de la Hongrie Robert Fico, Bohuslav Sobotka, Beata Szydło et Victor Orbán à Varsovie, le 21 juillet 2016. JANEK SKARZYNSKI / AFP

  • Référendum sur le Brexit : Nous ne pourrons plus dire que nous ne savions pas

    VoxEurop
    27 août 2016

    Comme on a pu le constater encore une fois lors de la consultation sur la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, l'arme politique du référendum doit être maniée avec précaution, car elle peut très facilement tomber victime des dérives démagogiques et finir par saper cette même démocratie qu'elle est censée incarner.

    Par Richard Laub et Olivier Boruchowitch

    Que l’on soit choqué ou non par l’issue du référendum britannique sur le Brexit, force est de reconnaître que la voix du peuple a été entendue et que la classe politique s’est rangée derrière son opinion publique. Rapidement en effet, le Premier ministre sortant David Cameron a pris acte de la position majoritaire et a cédé la place à Theresa May.

    Ce dernier porte une responsabilité accablante dans le processus consultatif aberrant qu’il avait mis en place, non pas pour régler le statut définitif du Royaume-Uni vis-à-vis de l’Union européenne, qu’il imaginait remporter, mais pour asseoir son autorité au sein du Parti conservateur, dont il pensait pouvoir faire taire les oppositions intestines grâce à la victoire du ” Remain “.

    Si la Grande-Bretagne illustre une fois de plus la tradition dont elle s’honore en respectant le vote qui s’est exprimé, il faut toutefois se demander si la démocratie du Royaume-Uni en est sortie grandie. On objectera l’argument classique selon lequel toute démocratie qui n’écoute pas le peuple ou qui rechigne à le consulter n’en est pas vraiment une. C’est non seulement une remarque que brandissent systématiquement les partis populistes hostiles à l’Europe, mais c’est également une vieille croyance populaire fermement ancrée dans notre inconscient collectif.

    Quel mérite aurait une démocratie qui mépriserait la parole du peuple ?

    Quel mérite, en effet, aurait une démocratie qui mépriserait la parole du peuple ? Contrairement aux idées reçues, elle en aurait plus d’un. Non pas en raison, bien évidemment, de sa surdité, mais pour la détermination dont auraient fait preuve la majorité parlementaire et le gouvernement qu’elle soutient, à conduire la nation dans une direction impopulaire, mal comprise, qui leur aurait peut-être coûté une hypothétique réélection, mais qui aurait été bénéfique au pays.

    Au demeurant, on peut légitimement s’interroger sur le recours au référendum dans ce cas précis. Du point de vue du principe, d’abord. En effet, qu’est-ce qui légitimait le gouvernement britannique à passer par la consultation populaire ? Y avait-il une nécessité impérieuse de poser la question du maintien dans l’Union à l’électeur ? Ne revient-il pas simplement au responsable public de mener une politique qu’il croit utile et de se représenter ensuite devant l’électeur en s’appuyant sur son bilan ? Les Britanniques avaient-ils d’ailleurs consulté le peuple lorsqu’ils avaient introduit à plusieurs reprises depuis 1961, leur demande d’adhésion à l’Europe ? Non, bien évidemment.

    Le seul recours au référendum eut lieu en 1975, deux ans après l’entrée de la Grande-Bretagne, pour s’assurer que la décision qui avait été prise était confortée par le soutien des citoyens. La consultation déboucha sur une réponse favorable au maintien du Royaume-Uni, formulée par une forte majorité de plus de 67%. Il n’y avait donc aucune raison de soumettre à nouveau cette année la question par voie référendaire puisqu’elle avait déjà été tranchée.

    Les sirènes du populisme

    En subordonnant la décision politique à une logique de consultation à répétition, on dévoie l’intégrité et la crédibilité de la politique car plus rien n’interdirait alors d’organiser un troisième tour de scrutin pour défaire le précédent et recommencer l’opération indéfiniment en raison des intérêts du moment… De plus, l’expérience du 23 juin a démontré qu’une démocratie ne se grandit jamais lorsque ses élites cèdent aux sirènes alarmistes du populisme et, pire encore, que la classe politique se discrédite tout entière quand des responsables politiques intelligents et sérieux puisent leurs arguments dans le même réservoir infécond que les démagogues, quand ils s’emploient à ”raisonner” comme eux, à coup de slogans.

    Voilà pour le principe. Quant à son application et aux vues des résultats, il convient là encore de s’interroger sur la validité de la réponse référendaire. On remarque ainsi que les personnes âgées, beaucoup plus hostiles à l’Europe que leurs cadets, se sont massivement exprimées alors que les jeunes, acquis à l’Europe, se sont moins mobilisés que leurs ainés, en particulier en raison du choix de la date – le 23 juin – à laquelle nombre d’entre eux sont en vacances.

    De plus, dans quelle mesure peut-on accorder aux aînés le droit de décider de l’avenir des jeunes que ces derniers devront subir alors que les personnes plus âgées auront, elles, disparu ? On peut également se demander si une décision qui engage toute la société britannique n’aurait pas dû recueillir un résultat supérieur ou égal à 67% pour être valide. En effet, sur un sujet aussi décisif, comportant des conséquences à très long terme, une majorité des deux tiers aurait semblé plus logique. D’autant que les lignes de clivage ne manquaient pas : ville/campagne, jeunes/vieux, Londres/périphérie, Angleterre/Ecosse et Irlande du Nord, etc. Ce type de majorité qualifiée est d’ailleurs fréquemment utilisé dans les droits internes, comme en Belgique ou en France, lorsque des modifications fondamentales, constitutionnelles par exemple, sont engagées.

    La démagogie est le raccourci ravageur que certains politiques choisissent pour combler, ce qui est le vrai problème, le déficit démocratique et le manque de vision politique dans nos pays.

    On le voit, le Brexit met en perspective des questions bien plus vastes que la sortie britannique de l’Union car il reflète l’état actuel de nos systèmes démocratiques qui, sous la poussée conjointe des populismes d’extrême gauche et d’extrême droite, commencent à céder dangereusement du terrain à la démagogie, ce fléau politique du XXIe siècle. Et la démagogie est une mauvaise réponse à une vraie question. Elle est le raccourci ravageur que certains politiques choisissent pour combler, ce qui est le vrai problème, le déficit démocratique et le manque de vision politique dans nos pays.

    La démocratie cherche de nouvelles voies d’expression, des modalités modernes liant la société civile au gouvernement des affaires publiques. Il existe de nombreuses solutions, bien plus heureuses que celles explorées par le populisme, susceptibles de réinventer nos sociétés, comme la démocratie participative ou la responsabilité citoyenne. Pour qu’ils soient efficients, ces projets visant à retisser du lien entre les acteurs politiques et les Européens ne peuvent faire l’économie de la complexité et des évolutions récentes de notre monde.

    Qu’on le veuille ou non, la démocratie ne se confond pas avec la démagogie, la politique n’est pas affaire de posture, ni de complaisance. Si la qualité du gouvernement d’un Etat se mesurait à l’aune de la popularité, nous ne serions plus en démocratie. Dans un pays démocratique, un parti politique soumet à l’opinion publique un programme dont le soutien s’exprime à l’occasion des élections et non entre deux échéances. C’est cela la puissance d’un engagement politique qui repose sur des convictions et des démonstrations rationnelles.

    La cupidité de certains

    Certes, l’habillage du jeu politique comporte inévitablement des effets rhétoriques. Mais ils ont pour fonction de diffuser dans l’opinion des projets de société réfléchis, argumentés, articulés, et non, de les remplacer. Ils ont pour vocation de faire approuver un programme reposant sur un vrai contenu socio-économique, de réelles ambitions politiques, une authentique vision pour l’avenir. Et non de se substituer à eux. Or, le Brexit a non seulement mis en évidence le danger de l’instrumentalisation du référendum, mis au service de la cupidité de certains plutôt que de l’ambition pour tous, mais il a également sanctionné la victoire de l’émotion sur la raison, de l’impression sur le fait, du fantasme sur le réel, tant les débats qui ont déchiré le Royaume-Uni durant la campagne étaient décentrés en regard des véritables enjeux européens.

    Est-ce cela la démocratie ? Est-ce là la représentation que nous nous faisons de la classe politique ? Est-ce conforme à la qualité de la tradition démocratique qui fit naître en 1689 la Bill of Rights et, à sa suite, le parlementarisme ? Bien au contraire. Car les positions défendues par les europhobes ont été tellement mensongères que le Brexit conduira exactement aux effets opposés à ceux qui ont été vantés par les défenseurs du ”Leave” : la société britannique sera demain moins régulée, beaucoup plus libérale sur le plan économique, beaucoup plus flexible sur le plan du droit du travail, et ce sont précisément les citoyens britanniques les plus fragilisés, à qui les opposants à l’Europe ont fait croire que le départ de l’Union améliorerait leur situation, qui souffriront le plus lourdement du Brexit.

    La Grande-Bretagne n’est pas étrangère à l’Europe

    Cette campagne aura montré, ce qui n’est pas le moindre des paradoxes, que contrairement à ce que l’issue du scrutin laisse entendre, la Grande-Bretagne n’est pas étrangère à l’Europe. Elle est au contraire traversée par les mêmes tendances populistes que celles des pays européens continentaux, elle compte nombre d’élus de premier plan qui, comme dans les autres pays de l’Union, font globalement porter à l’Europe le poids des contraintes, des frustrations, des problèmes internationaux, pesant sur la politique intérieure et la vie quotidienne.

    Comme au sein des 27, l’enthousiasme de la construction européenne jadis fièrement portée par les chefs d’Etat et de gouvernement, n’est plus qu’un écho sourd et lointain, un bruit de fond que l’on n’entend plus distinctement, étouffé par les atermoiements de basse politique, les calculs à court terme, les vociférations populistes et, ce qui est plus triste encore, par la désespérance populaire. Car c’est bien là que le Brexit doit donner à réfléchir aux élus européens : pourquoi l’Europe a-t-elle été désertée par ses défenseurs politiques qui la critiquent sans avoir le courage de la réformer alors qu’elle est simultanément investie par ses détracteurs qui ne cessent de l’attaquer en portant un projet alternatif ?

    D’heureux lendemains

    Il ne suffit pas de dénigrer d’un revers de la main les programmes populistes qui nous promettent d’heureux lendemains, repliés derrière nos frontières et notre mélancolie, pour défendre l’Europe. Il faut, de plus – ce qui est infiniment plus difficile – élaborer un projet crédible qui redonne du sens à l’action européenne et la réenchante. Il faut montrer en quoi l’Europe est une chance extraordinaire pour notre avenir, il faut défendre, et pas du bout des lèvres !, le dynamisme et les synergies que seule la poursuite du projet européen peut générer. En dernière analyse, c’est l’inertie des pays continentaux que souligne le Brexit, bien plus que la sortie des Britanniques. C’est l’affadissement de l’engagement européen et la déliquescence auquel celui-ci risque de conduire qui marqueront nos consciences pour un fort long temps.

    Et après le Brexit, nous ne pourrons plus dire, une fois de plus, une fois de trop : ”Nous ne savions pas“.

    Cartoon de Tjeerd Rojaards/CartoonMovement.

  • Les médias britanniques et le Brexit : Un magazine pour les fans de l’Europe

    VoxEurop
    08 juillet 2016

    En l’espace de dix jours, un hebdomadaire à destination des opposants au Brexit a été lancé au Royaume-Uni. Son but premier est de leur offrir une “analyse approfondie du Brexit, de ses conséquences et des avancées, ainsi qu’une célébration de la vie européenne et de sa culture”.

    Aujourd’hui, un nouvel hebdomadaire a fait son apparition dans les kiosques à journaux britanniques : The New European. S’il porte le même nom qu’un certain nombre de journaux et de think-tanks basés à Bruxelles, il vise néanmoins spécifiquement les 48 % d’électeurs qui se sont exprimés pour le maintien du Royaume-Uni au sein de l’UE lors du référendum qui s’est tenu le 23 juin dernier.

    The New European est publié par Archant, l’éditeur de presse basé dans le comté de Norfolk, qui prévoit de commencer par sortir quatre tirages. On peut lire dans The Guardian que “l’avenir du journal au-delà de ce premier mois dépendra de l’intérêt que portera le lectorat à ce journal. Il sera principalement diffusé dans les régions où le vote pour le maintien du Royaume-Uni dans l’UE a prévalu, comme la région de Londres, au sud-est de l’Angleterre, et celle de Liverpool et Manchester”.

    Sur le site du journal, il est écrit : “The New European offrira au lecteur une analyse approfondie de l’évolution du Brexit, de ses conséquences et des progrès accomplis, ainsi qu’une célébration de la vie européenne et de sa culture. Il se fera avec la contribution de journalistes et de faiseurs d’opinion parmi les plus respectés au Royaume-Uni et en Europe”.

    The New European ne se situe pas dans la lignée des clivages politiques traditionnels et témoigne d’un véritable enthousiasme et amour pour l’Europe” : cet enthousiasme est plutôt inhabituel au Royaume-Uni, même si la grande manifestation qui s’est tenue à Londres le 30 juin dernier a montré qu’un certain nombre de personnes attachent encore de l’importance à l’appartenance du Royaume-Uni à l’UE.

    Matt Kelly, le rédacteur en chef de The New European et chef du contenu d’Archant, a déclaré que la vague d’enthousiasme et de colère des “Remainers” ainsi que la critique qu’ils ont exprimée à l’encontre du traitement médiatique de la campagne du référendum, et de l’UE en général, sont les éléments décisifs qui ont fait germer chez l’éditeur l’idée d’un “produit imprimé qui partagerait les mêmes valeurs que les 48 %”. Pour lui, il n’existait que “deux journaux traditionnellement perçus comme étant à gauche de l’échiquier politique britannique, mais aucun de ces deux journaux ne s’était vraiment engagé pour le maintien du Royaume-Uni au sein de l’UE avant la toute fin de la campagne ; il est désormais clair que cet engagement a été trop tardif.”

    Matt Kelly a ajouté que

    le sentiment de désarroi et de désenchantement n’a fait que grandir et n’est pas parti pour faiblir. Le fait que le camp du Leave n’a clairement aucun plan préparant la sortie de l’UE ne fait que renforcer l’impression que le Brexit revient à se tirer une balle dans le pied.

    Aussi inhabituel que cela puisse être, le lancement de ce journal en format papier, sans qu’aucune étude de marché n’ait été préalablement menée, est due à la durée de vie relativement courte de The New European, puisqu’elle n’excédera probablement pas plus d’un mois, et au fait que son lectorat existe déjà : il s’agit des 48 %.

  • Politique économique : Le clivage gauche-droite a-t-il encore un sens?

    VoxEurop
    04 juillet 2016

    Il subsiste des distinctions idéologiques relativement marquées entre les deux camps historiques, mais lorsqu'ils se retrouvent aux affaires, les oppositions originelles deviennent rapidement des nuances, de surcroît souvent limitées à des sujets symboliques.

    Il était une époque, dont nous sommes naturellement tous un peu nostalgiques, où nous étions en situation de faire les événements. Mais avec l’émergence de grandes puissances économiques et la mondialisation des marchés, nous ne pouvons au mieux que les signer une fois qu’ils se sont faits sans nous.

    En effet, l’influence des membres de l’Union européenne dans le reste du monde s’est effondrée. Nous chérissons l’illusion perdue d’une souveraineté nationale que notre déclin en regard des avancées économiques enregistrées dans d’autres régions du monde a rendue obsolète et qui ne nous protégera pas de leurs effets. Pas plus que les radiations en provenance de Tchernobyl ne s’étaient jadis miraculeusement arrêtées aux frontières de la France, l’onde de choc provoquée par les enjeux planétaires contemporains, qu’ils soient économiques, sociaux, environnementaux ou sécuritaires, ne se fige aux portes de nos pays "souverains".

    Dès lors que les marges de manœuvre sont devenues aujourd’hui beaucoup plus réduites parce que nos pays sont soumis à une pression internationale beaucoup plus forte qu’autrefois, la question du clivage gauche-droite, qui a structuré le débat et la politique de nos Etats depuis le XVIIIe siècle, se pose immanquablement puisqu’il devient impossible de défendre sérieusement une logique redistributrice – pourtant nécessaire – quand il n’y a plus rien à distribuer !

    Ponctuation cosmétique

    Certes, il subsiste par ailleurs des distinctions idéologiques relativement marquées entre les deux camps historiques, mais lorsqu’ils se retrouvent aux affaires, les oppositions originelles deviennent rapidement des nuances, de surcroît souvent limitées à des sujets symboliques.

    Une ponctuation cosmétique, pourrait-on dire, en raison de la conversion pragmatique de la social-démocratie au social-libéralisme, puisque la justice redistributive s’étiole à mesure que les caisses de l’Etat se vident et que l’endettement ou les déficits budgétaires se creusent.

    Bien entendu, les partis de gauche comme de droite ont des traditions, des cultures, des approches spécifiques, mais face à la réalité des choses, celles-ci ne pèsent plus lourd. On le sait depuis le tournant mitterrandien du début des années 1980, qui a entériné la fin de toute possibilité de conduire une politique réellement de gauche. Trente ans plus tard, François Hollande a dû tirer les mêmes conclusions, comme le reste des responsables politiques européens d’ailleurs.

    Il en résulte des conséquences dramatiques puisque les électeurs de gauche, du centre et de droite, sentant l’impuissance du politique, ne croient plus à l’efficacité de l’action publique tandis que les extrêmes s’emploient à faire croire qu’une autre politique, fondée sur le repli sur soi, la sortie de l’euro ou le colbertisme, serait possible alors même que le cadre étriqué de l’Etat-Nation ne permet précisément pas d’en poser les bases.

    Pourtant, les sirènes souverainistes attirent de plus en plus d’électeurs, captant une frange non négligeable de citoyens déçus par la pauvreté des débats et l’asthénie à peine voilée des partis modérés pour lesquels ils sont d’ordinaire enclins à voter.

    Cette incapacité d’agir sur les causes laisse peser une menace croissante sur l’avenir de nos principes issus de la démocratie libérale. On le voit bien en Hongrie, en Pologne, en Slovaquie mais aussi en Europe occidentale comme en France, où sous couvert d’un front hostile au libéralisme économique, c’est en réalité la lutte contre le déterminisme social au profit du libéralisme philosophique, garant de l’équilibre des pouvoirs, du respect des minorités et de l’égalité des chances, qui est mise en péril. Quant à l’Autriche, elle a bien failli basculer tout récemment dans le populisme, avec un candidat d’extrême droite à l’élection présidentielle qui a recueilli près de 50% des voix.

    Tentations populistes

    Il subsiste des distinctions idéologiques relativement marquées entre les deux camps historiques, mais lorsqu'ils se retrouvent aux affaires, les oppositions originelles deviennent rapidement des nuances, de surcroît souvent limitées à des sujets symboliques.

    Nous ne pouvons laisser les tentations populistes triompher du clivage gauche-droite, qui structure la liberté de pensée, nourrit la vitalité de la démocratie parlementaire et demeure le meilleur vecteur de pluralisme, garantissant la possibilité d’une alternance suffisamment marquée pour permettre à différents projets de société de coexister, et suffisamment adulte par ailleurs pour qu’elle ne remette jamais en cause les acquis essentiels de la liberté et de l’égalité sédimentés dans l’inconscient collectif au fil des siècles de lutte pour la démocratie.

    Mais depuis quelques années, l’échelon national est devenu si peu signifiant pour faire face aux enjeux mondiaux que la ligne de démarcation entre gauche et droite a perdu sa raison d’être: les partis réformistes de gauche comme de droite, modérés comme conservateurs, sont pro-européens, même s’ils n’osent plus autant l’affirmer qu’auparavant en raison des représentations sociales anti-européennes qui circulent dans l’opinion, tandis que les autres, situés aux extrémités de l’échiquier politique, sont hostiles à l’Europe.

    Même si elles divergent souvent sur leurs propositions économiques, les formations qui gravitent dans les extrêmes ont trouvé dans le refus de l’Union des points d’ancrage communs qui les rapprochent singulièrement.

    Clivage concentrique

    On le voit bien d’ailleurs dans la volatilité de l’électorat de la gauche radicale, dont les transferts de voix en direction de la polarité opposée sont fréquents. Nous sommes donc passés d’une ligne de fracture située au centre de l’échiquier politique à un clivage concentrique car la question de la souveraineté est aujourd’hui celle qui structure véritablement l’organisation idéologique de la vie politique. Les europhobes, d’une part, plaident en faveur du retour à la souveraineté nationale, tandis que les europhiles pensent au contraire que la souveraineté des États européens sera d’autant plus forte qu’elle sera collectivement exercée.

    Si les extrêmes se rejoignent en dépit de leurs visions antinomiques de la société, on peut également se demander, à bon droit, si les formations modérées n’auraient pas, elles aussi, sur la question de la souveraineté, du moins, intérêt à prendre acte de l’évolution des lignes de fractures et à unir leurs forces autour du centre de gravité de la vie publique en créant un arc politique à travers les vieux clivages droite-gauche.

    C’est ce que vient récemment d’entreprendre le ministre français de l’Économie, Emmanuel Macron. En se déclarant, comme Stand Up, "transcourant" (qui n’est ni de gauche, ni de droite), son tout nouveau mouvement, "En marche!", suit une tendance qu’il décèle dans la société et dans les attentes des citoyens à l’égard de leurs élus, comme l’indique par exemple l’enquête du Cevipof (Centre de recherches politiques de Sciences Po) de 2014, qui révèle que 73% des Français estiment que les notions de droite et de gauche ne veulent plus rien dire.

    Et pour cause! Pour retrouver la vitalité du débat démocratique en permettant à différents projets de société gauche/droite d’exister, il faut d’abord reconstruire des espaces politiques qui soient en phase avec l’évolution du monde. La mutualisation de nos moyens et de nos ressources est la seule manière de peser à nouveau sur notre destin et de mieux résister aux contraintes que la mondialisation fait peser sur nos 28 pays.

    1 000 milliards d’euros par an

    Les économies réalisées grâce à la fédéralisation des compétences, estimées à 1 000 milliards d’euros par an, dégageront des marges de manœuvre colossales permettant de gérer enfin les flux migratoires de manière digne mais responsable, de faire entendre à nouveau la voix de l’Europe dans le concert des grandes nations, d’optimiser la sécurité du territoire, d’organiser une vraie défense européenne, de soutenir nos entreprises, de sécuriser le financement de nos systèmes de protection sociale, d’investir massivement dans l’éducation, l’innovation, l’industrie, la culture et donc de favoriser les conditions de création d’emplois, d’accroître le pouvoir d’achat, bref d’améliorer concrètement la qualité de vie de tous les citoyens par la reconquête d’une réelle souveraineté politique, économique, sociale et culturelle nous donnant un accès collectif à une maîtrise pérenne de notre destin de bien meilleure qualité.

    Le préalable de la souveraineté une fois résolu, les projets de société d’inspiration de gauche ou de droite pourront reprendre leur sens puisque la fédéralisation aura permis de renforcer le politique, de récupérer des marges de manœuvre pour financer des politiques d’inspirations différentes. Et d’élaborer des projets de société multiples, pour lesquels l’électeur sera amené à se prononcer ou, mieux encore, auxquels il sera amené à prendre part.

    Richard Laub et Olivier Boruchowitch, Cofondateurs de Stand Up for Europe

    Dessin de Claudio Cadei/CartoonMovement