Blog VoxEurop

  • Appel : Soutien à "Complément d'enquête" et à "Envoyé spécial"

    VoxEurop
    28 novembre 2017

    VoxEurop a décidé de s'associer au collectif de médias indépendants qui publie ce matin un texte de soutien aux journalistes de "Complément d'enquête" et "Envoyé spécial", alors que la direction de France Télévisions a annoncé des coupes budgétaires et réduction d'effectifs drastiques pour ces deux émissions emblématiques du travail d'investigation indépendant soucieux de l'intérêt général.

    Si ces deux émissions ne traitent que sporadiquement des questions européennes, elles sont parmi les très rares à aborder en profondeur des sujets qui concernent nos voisins et les Européens en général, ainsi que des sujets de fond qui nous concernent en tant que citoyens. Nous souhaitons soutenir le travail d'investigation indépendant et de qualité, au-delà de toutes frontières, indispensable au bon fonctionnement des démocraties, au niveau national comme en Europe.

    Ci-dessous, le texte de l'appel :

    C’est avec stupéfaction que nous avons appris que la direction de France Télévisions a l’intention de réduire drastiquement les budgets et le nombre des journalistes des deux émissions d’investigation, "Complément d’enquête" et "Envoyé spécial".

    Ce projet, qui vise les très rares lieux sur les chaînes de télévision où un journalisme soucieux de l’intérêt général et indépendant des pouvoirs peut pleinement assurer sa mission d’information, est un mauvais coup porté à la démocratie.

    Nous, médias indépendants, assurons les équipes de "Complément d’enquête" et d’"Envoyé spécial" de notre soutien, et exigeons le retrait du projet de réduire leurs moyens de travail.

    Signataires :

    Alternatives Économiques, Arrêt sur image, Basta, Causette, L’Accent bourguignon, Mars Actu, Médiapart, Politis, Reporterre, Street Press, XXI, VoxEurop

    *Vous aussi, journaliste ou citoyen, vous pouvez signer ce texte : envoyez votre soutien à medias-libres@riseup.net

  • Journalisme de données : Le Réseau européen de datajournalisme – le making-of

    VoxEurop
    10 novembre 2017

    Comment un groupe d’organes de presse a uni ses forces pour mettre en place une plateforme collaborative dédiée à la couverture des affaires européennes à l’ère de la post-vérité et des faits alternatifs.

    Alors que les faits et la manière dont ils sont exposés sont remis en cause et que la fiabilité des médias est passée au crible, rester ancré dans la réalité reste la meilleure solution pour que la qualité et le sérieux passent devant les clics et le buzz.

    C’est d’autant plus vrai pour les affaires européennes : dans un environnement multinational et multiculturel tel que l’UE, où les opinions sont foison parmi les journalistes et l’opinion publique, les faits et les chiffres ont en commun de pouvoir mettre tous les acteurs d’accord – sauf à diverger ensuite sur leur interprétation.

    Contrairement aux articles et aux reportages, qui peuvent être perçus différemment selon les lecteurs, les graphiques, cartes et autres infographies parlent immédiatement au grand public — et n’ont,comme le souligne à raison le pionnier en matière de datajournalisme Nicolas Kayser-Bril, ils se passent en grande partie de traduction et d’adaptation – ce qui représente un coût non indifférent et qui fragilise le modèle économique des médias multilingues pan-européens, qui se comptent sur les doigts d’une main.

    Outre le fait qu’elles permettent de surmonter les barrières linguistiques et d’expliquer des phénomènes complexes – chose dont les questions européennes ne sont pas avares – les informations qui se basent sur des données peuvent même être graphiquement séduisantes. Elles offrent des possibilités créatives que l’écrit ne permet pas, et compensent l’absence présumée de sex-appeal des affaires européennes. Ainsi, elles peuvent convaincre les rédactions de l’intérêt de traiter ces sujets .

    Jusque-là toutefois, seuls quelques médias ont fait le pari de traiter les questions européennes sous ce prisme. En publiant des cartes et des graphiques, ils réutilisent ou développent le plus souvent celles et ceux créés par les services de presse des institutions de l’UE (le bureau de presse du Parlement européen publie régulièrement des cartes et des infographies – dont certaines sont bien conçues ainsi que d’autres contenus multimédias peuvant être facilement importées par des tiers), ou élaborent les communiqués de presse d’Eurostat. D’autres, comme le site internet d’actualité politique Contexte (payant), ont mis en place leurs propres outils, déployant des efforts considérables pour créer des infographies innovantes.

    Les sujets les plus complets et les plus novateurs sont le résultat d’enquêtes collaboratives menées soit par des journalistes indépendants, soit par de petites plateformes de journalisme d’investigation. Dans les deux cas, les projets sont souvent financés par des subventions émanant d’organisations de financement comme le Journalismfund.eu ou le European Journalism Centre sous condition qu’ils soient par la suite publiés par les médias traditionnels. L’enquête Migrant files, qui a remporté de nombreux prix, en est un bon exemple.

    Mais tant les choix éditoriaux que le manque de financement ont empêché jusque-là les médias d’aborder les affaires européennes avec une approche systématiquement data :la production de contenus se fondant sur les statistiques est chronophage et gourmande en ressources, que la plupart des rédactions — même celles des médias payants — préfèrent allouer d’une manière supposément plus efficace, se contentant de réutiliser les contenus basés sur des données déjà disponibles et produits par des tiers.

    Il est donc tout naturel qu’à l’appel à propositions de projets publié par l’Union européenne en 2016 et visant à subventionner le journalisme de données sur les questions liées au Vieux Continent, de nombreux médias basés à Bruxelles ou suivant l’actualité européenne n’aient pas hésité à affronter le laborieux processus de constitution d’un dossier de candidature européen.

    Un projet venant à point nommé : les Britanniques venaient d’opter, à une courte majorité, pour la sortie de l’UE, au terme d’une campagne qui a brutalement montré les conséquences de la désinformation d’un public mal avisé. En même temps, “fake news” — l’intox – est devenue l’une des expressions les plus galvaudées de 2016, au point que les journalistes qui l’utilisent paient un gage lorsqu’ils l’emploient à mauvais escient. Le datajournalisme et la méthode scientifique qu’il implique d’utiliser peuvent aider à atteindre la vérité factuelle en ces temps où les concepts mêmes de faits et de vérité ont été ébranlés.

    Médias à but non lucratif avec une perspective pan-européenne, une approche multilingue et une vocation généraliste, au sein de VoxEurop et d’Osservatorio Balcani e Caucaso Transeuropa (OBCT) nous avons immédiatement été d’accord sur le fait qu’il s’agissait d’une opportunité unique pour familiariser le public avec le traitement de l’actualité européenne sous le prisme des données, et aller au-delà de ce qu’on appelle la “bulle bruxelloise” qui gravite autour des institutions européennes. Une occasion également de mettre en œuvre notre vision commune du journalisme collaboratif et transparent, du maillage entre médias et de la promotion d’un espace public européen.

    VoxEurop aspire à être une plateforme pour le débat sur les questions qui comptent pour les Européens en produisant, traduisant et partageant des contenus avec les médias partenaires. OBCT pour sa part est un média et un think tank axé sur l’Europe du Sud-Est grâce à un réseau étoffé de correspondants sur place. Tous deux sont fortement engagés en faveur du journalisme de qualité, de la liberté de la presse et du respect des droits humains, jouissent d’une solide réputation et peuvent compter sur une communauté impliquée dans leurs niches respectives.

    Nous avons démarché nos partenaires les plus proches pour concevoir avec eux le projet que nous souhaitions soumettre, ainsi que les médias que nous considérions comme les plus brillants et les plus qualifiées (et avec lesquels nous avons souvent des liens personnels) pour mettre sur pied une “dream team” en vue d’obtenir le meilleur résultat possible. L’approche collaborative, comparative et pan-européenne ainsi que la planification d’une coopération durable ont été des jalons qui ont permis de les embarquer dans le Réseau européen de datajournalisme – European Data Journalism Network, ou EDJNet pour les intimes.

    Le magazine français Alternatives économiques, les agences de datajournalisme Journalism++, Journalism Robotics et Local Focus nous ont immédiatement rejoints en tant que partenaires-clé, en apportant leur expertise journalistique et technique. Ils ont été suivis rapidement par un des sites de référence sur l’UE basé à Bruxelles EUobserver, le magazine italien Internazionale, le journal en ligne espagnol El Confidencial, BiQdata (la division data du quotidien polonais Gazeta Wyborcza), les médias d’investigation slovène Pod črto et croate H-Alter. L’adhésion enthousiaste de la rédaction data du Spiegel Online pour faire partie de l’aventure nous a permis d’attirer des médias majeurs tels que le quotidien français le plus diffusé, Ouest-France, l’agence de presse italienne AskaNews et le quotidien néerlandais NRC Handelsblad. L’objectif du Réseau à moyen terme est de rallier au moins un partenaire par Etat membre de l’UE et de se développer dans d’autres pays.

    L’un des plus grands défis que nous avons dû relever au cours des premiers mois consistait à faire travailler ensemble des journalistes et des médias qui n’avaient jamais collaboré sur le long terme. Le journalisme collaboratif et la coopération entre les rédactions ne vont pas de soi et, à moins qu’il n’y ait des enjeux de taille ou un projet journalistique bien particulier, comme les enquêtes sur les Panama papers ou, plus récemment, celle sur les Paradise Papers, un catalyseur ou un coordinateur est nécessaire — de même qu’une bonne dose de confiance, car les médias privés sont rarement prêts à allouer des ressources à cette activité. Le cofinancement européen permet de fournir le temps et les ressources nécessaires, du moins dans les phases de conception et à moyen terme, pour bâtir cette confiance et amorcer la collaboration. Quant à l’indépendance éditoriale, la réputation des membres du réseau en est la meilleure garantie.

    Tout en se déployant progressivement, EDJNet produit à l’heure actuelle plusieurs types de contenus, des articles d’information classiques fondés sur les données aux sujets courts, et propose des outils de curation. Tous sont disponibles gratuitement, bien que sous différentes licences en fonction de l’auteur. Ils s’adressent aussi bien aux journalistes qu’au grand public.

    A long terme, alors que nous travaillons sur un modèle économique plus pérenne, les membres du réseau et leurs journalistes acquerront de nouvelles compétences, atteindront un auditoire plus large grâce à la traduction et à la réutilisation, et bénéficieront de l’appartenance à un réseau pan-européen, ouvrant la voie à davantage de collaboration transnationale.

    Si nous sommes suffisamment convaincants pour les attirer, les utilisateurs des quatre coins du continent – et, espérons-le, au-delà – auront accès à une information de qualité et compréhensible sur des sujets considérés comme complexes et éloignés des préoccupations –—et ils auront ainsi peut-être une meilleure vision de notre bon Vieux Continent. Le défi est de taille, et il est d’autant plus stimulant.

  • Crise catalane : La solution européenne dans l’impasse

    VoxEurop
    22 octobre 2017

    Le référendum en Catalogne mené par la "coalition pour le oui" fait l'objet de nombreuses péripéties. Si nous ne nous intéresserons pas à ce qui s'est passé et ce qui se passera, il s'agit ici de comprendre la dimension européenne de cet acte d'indépendance prononcé par le président de la Generalitat, l'exécutif catalan.

    La Catalogne se rêve déjà en 29ème Etat membre de l'Union Européenne. La coalition au pouvoir depuis un an mène sa feuille de route comme promis. Cette alliance hétéroclite et surprenante (constituée de la gauche radicale, la gauche républicaine et un parti centriste) est au centre du conflit qui traverse l'Espagne et particulièrement son président, M. Puigdemont. Ce dernier vient du parti démocrate européen, parti catalan pro-européen. Cette appellation illustre d'elle-même la vision de l'Europe des Catalans : ils s'y voient pleinement. Pourtant, les défis qui sous-tendent cette intégration font dire que cette appartenance ne va pas tant de soi pour la Catalogne si elle se considère comme un pays.

    Le statut de la Catalogne : un pays à part entière ?

    On dépeint souvent le tableau suivant : si la Catalogne venait à être indépendante, les bouleversements qui en suivraient seraient majeurs. Un acte irréversible dont les conséquences politiques et économiques seraient historiques : une dégradation de la situation économique espagnole, ainsi que celle de la Catalogne, qui contaminerait probablement une partie des pays de la zone euro. Les conséquences politiques seraient aussi dramatiques (ou bénéfiques, selon le point de vue) : de nombreuses régions feraient sécession dans le Sud de l'Europe. L'Union Européenne s'en retrouverait très malmenée, menacée d'implosion.

    Si ce tableau est très (très) noir, il a le mérite de prévenir un certain nombre d’événements. L'Union européenne ne peut pas, en tant qu'entité politique, accepter la Catalogne comme Etat-membre. La jurisprudence Prodi (provenant d'un discours prononcé en 2004 par le Président de la commission sur l'impossibilité d’accueillir automatiquement comme pays membre un pays venant de se séparer d'un autre Etat-membre ) empêche la catalogne de faire partie de l'UE, quand bien même sa candidature serait acceptée, l'Espagne y opposerait son veto. Hors, il faut l'unanimité des pays pour accueillir un nouveau venu au sein de l'UE. De plus, il ne serait pas politiquement acceptable pour des pays comme l'Italie ou la France d'être favorables à une telle entrée, fragilisant leurs propres territoires.

    Les Catalans sont européens, nul doute à cela. Ils font même face à un manque criant d'action européenne depuis le début de l'épopée catalane, qui puise ces origines bien avant l'année dernière. Mais l'UE peut-elle y faire quelque chose ?

    L'Espagne réprime la Catalogne, l'Europe l'ignore

    Cette attitude est insupportable pour bon nombre de Catalans. Le silence européen est, pour eux, un déni d'existence, un déni de démocratie, un déni d'intérêt. Ce n'est pas faute d'y avoir fait appel : plusieurs personnalités politiques ont appelé l'Europe à jouer le rôle de médiateur.

    D'où ce sentiment d'impuissance exprimé par bon nombre de catalans après les violences policières et bientôt la probable mise sous tutelle de la région par l'Etat central : "l'Espagne nous réprime, l'Europe nous ignore."

    Néanmoins, en dehors du fait que l'appel à la médiation fait partie d'une stratégie politique finement menée depuis le début par la generalitat, la réaction de l'Europe est tout à fait compréhensible. Si l'UE acceptait de jouer le rôle de médiateur, cela reviendrait à mettre la Catalogne au même niveau que l'Espagne, ce qui est inconcevable.

    L'impasse théorique et empirique à laquelle nous faisons face n'est pas nouvelle, elle concerne plus largement le problème de la souveraineté en Europe : comment une institution dont la légitimité est contestée et la souveraineté infime peut-elle se permettre de soutenir le démantèlement des Etats qui la composent ? Cependant, n'est-ce pas cette recherche de la souveraineté à toutes les échelles qui a poussé à la création de l'UE ? Ce qui constitue l'Europe, ce n'est peut-être pas les nations, fictives au possible, mais les peuples et les différentes cultures, qui traversent chaque pays, chaque région.

    L'Union est donc amenée, a priori, à promouvoir la recherche de la souveraineté à l'échelle la plus pertinente, puisque c'est ce qui fonde son existence. A contrario, elle ne peut soutenir l'implosion des Etats qui ont permis sa création, même si elle se fait dans le dialogue.

    La péremption de l'Etat-nation

    La situation catalane montre bien une chose : le concept d'Etat-nation est sur le déclin. On arguera que l'Espagne est un Etat dit "régional", qui n'est pas fédéral dans sa structure mais qui laisse une grande autonomie à ses collectivités locales. Cela n'empêche pas que l'Espagne s'est fondé sur le concept d'Etat-nation même si cela s'est fait dans une moindre mesure que dans d'autres pays européens. La réaction désespéré de M. Rajoy le montre bien: la légitimité de l'Etat central est mise à mal.

    Finalement, l'Espagne est confrontée à une situation qui serait envisageable pour bon nombre de pays européens. Le consensus national sur la préservation de l'autorité de l'Etat central s'affaiblit, les inégalités entre les territoires ont amené des régions à demander plus d'autonomie (comme en Italie, où la ligue du Nord est, originellement, favorable à la scission de l'Italie), voire l'indépendance. Les fondations sur lesquelles les Etats se sont construits au XXème siècle s'effritent.

    Certains répondront que la solution à ces difficultés n'est sûrement pas la création d'un Etat supranational, encore moins légitime qu'un Etat national à gouverner les peuples européens. C'est pourtant le cas, pour une raison simple : la meilleure décision est celle qui est prise à l'échelle la plus efficiente. Or, les Etats nationaux ont monopolisé une souveraineté, quitte à ce qu'elle se détériore, alors que cette souveraineté pourrait être aux mains des collectivités locales ou même de l'Europe.

    L'Espagne a pourtant transféré une partie de sa souveraineté à la Catalogne. où est donc le problème ? D'une part, le modèle constitutionnel. Un Etat fédéral permettrait de bien mieux répartir les compétences et de "judiciariser" les contentieux entre l'Etat fédéral et les Etats fédérés. D'autre part, la pratique politique et constitutionnelle : on invoque tout le temps l'Etat de droit, mais le gouvernement Espagnol est en grande partie à l'origine du conflit, notamment lorsque M. Rajoy a saisi le tribunal constitutionnel pour une loi qui réformait le statut de la Catalogne.

    Bien évidemment, l'Espagne et les Etats-membres existent et restent une échelle pertinente pour l'application de certaines politiques. Cependant, le partage de la souveraineté est essentiel, d'une part pour retrouver la souveraineté que nous avons perdu, d'autre part parce que cela est une question de justice.

    L'Europe des régions

    Si le problème catalan est une démonstration des défauts de la nation, la scission entre les régions et leurs Etats ne résoudrera rien, bien au contraire, ce qui démontre bien la complexité du problème.

    Une Europe des régions ne peut pas trouver sa voie dans le démantèlement des Etats, une catalogne indépendante, c'est un coup porté à une Union toujours plus étroite entre nos peuples. Cet objectif politique et culturel si important, puisqu'il serait l'aboutissement du projet européen, trouve sa source dans la cohésion de peuples différents, dans l'union des diversités. Il permettrait la promotion des identités et cultures régionales, sans restreindre celles qui sont nationales, et en participant à la création d'un peuple européen.

    L'Europe des régions se manifeste déjà aujourd'hui par un certain nombre de politiques : les investissements du FEDER, qui sont accentués sur la recherche, la transition énergétique et les nouvelles technologies, on peut aussi y ajouter le fonds de cohésion (transferts de solidarité entre régions plus riches et plus pauvre) et le fonds social européen. De nombreux partenariats sont développés entre régions ayant des intérêts communs : la banane bleue (de Milan à Amsterdam), la Catalogne française et espagnole ou encore les régions de l'arc atlantique.

    Les régions sont même le centre de nombreuses innovations. On le voit par exemple avec le Fonds Social Européen (FSE). Cet organisme vise à développer la mobilité inter-régionale, à favoriser l'inclusion sociale, à combattre la pauvreté, à développer l'éducation. Ce fonds dispose, en moyenne, de 10 à 15 milliards d'euros par an. Cette somme est dérisoire par rapport aux besoins, mais elle montre qu'une Europe sociale est bien possible, notamment à l'échelle régionale.

    Résoudre la crise catalane

    Les revendications de la Catalogne pourrait donc trouver leur aboutissement dans cette Europe des régions. Une réelle politique régionale fondée sur la co-gestion, le co-financement et qui se dote de moyens à hauteur de son ambition. Il serait aussi nécessaire, pour donner un poids politique aux régions, de créer une instance démocratique pour les représenter au niveau européen, et qu'elle puisse peser, à la manière d'une chambre haute, dans la décision publique, ne serait-ce que pour l'enrichir.

    Cette Europe des régions ne concurrencerait pas l'échelle étatique. En effet, cette dernière reste le niveau principal d'expression de la souveraineté, et une politique régionale innovante de l'UE permettrait de faire coexister ces deux échelles : une Europe des régions ne signifie en rien la fin de l'Europe des Etats, tout comme elle ne signe pas l'arrêt de mort de la construction européenne.

    Cartoon : Omar Pérez

  • Guerre de cultures en Pologne : Tiraillée entre la Nation et l’Europe

    VoxEurop
    02 août 2017

    Le nouveau Musée de la Seconde guerre mondiale de Gdańsk est un champ de bataille entre les visions nationaliste et libérale de l'identité nationale polonaise. Au cœur du débat, une question : dans quelle mesure l’histoire polonaise et l’histoire européenne sont-elles liées ?

    Dans un des chapitres les plus captivants du livre Le Tambour de Günter Grass, l’auteur décrit le siège du bureau de poste de Gdańsk, qui a eu lieu le 1er septembre 1939.

    La ville, alors autonome, séparait la Prusse- Orientale du reste de l’Allemagne et offrait à la Pologne un accès indirect à la mer. Cette offensive menée par l’Allemagne Nazie marque le début de la Seconde guerre mondiale. La construction, très médiatisée, d’un musée à Gdańsk consacré au conflit est donc loin d'être un fait anodin.

    Il est situé à quelques centaines de mètres des chantiers navals, ceux qui furent le bastion de Solidarność avant 1989 : cette ville polonaise est incontestablement un lieu de mémoire européen.

    Le musée est l’un des plus grands du pays, s'appuie sur un comité scientifique international et utilise des techniques d’exposition innovantes, le tout dans un bâtiment à l’architecture iconique : on ne saurait sous-estimer la portée politique et culturelle du projet, qui représente tout de même 10 ans de labeur et plus de 100 millions d’euros investis. Au début du printemps, il a enfin ouvert ses portes, mais tant sa collection permanente que sa gestion ont fait couler beaucoup d’encre ces derniers mois en Pologne, où le souvenir de la Seconde guerre Mondiale et des relations avec les pays voisins continue de susciter de vifs débats.

    Plus de 70 ans après la fin du conflit, la guerre reste un sujet important pour l’opinion publique européenne. Les perspectives qui existent pour l’aborder sont aussi diverses que nombreuses. Bien entendu, les conservateurs du musée de Gdańsk devaient faire le choix d’un angle particulier : c’est pourquoi ils ont pris deux décisions essentielles. Premièrement, le musée doit mettre l’accent sur le quotidien des personnes touchées par le conflit, pas seulement des soldats. Pour ce faire, de nombreux donateurs privés ont contribué à la collection en offrant des centaines d’objets appartenant à leurs familles.

    Deuxièmement, l’exposition doit souligner les liens et les similitudes entre l’expérience de la population polonaise et celle des autres peuples d’Europe. Pour Timothy Snyder, historien de renom, ce musée « constitue la seule tentative en Europe, voire dans le monde, de présenter la guerre comme un conflit véritablement international ». Or, c’est justement ce choix qui fait l’objet de tensions politiques en Pologne.

    Le débat sur le musée de Gdańsk est devenu particulièrement tendu depuis le retour au pouvoir du parti Droit et Justice (PiS) en 2015. A ses débuts, le musée avait en effet reçu le soutien de l’ennemi juré du parti, Donald Tusk, lui-même originaire de la ville. Les dirigeants du PiS n’ont pas visité le musée, mais ont fait comprendre qu’ils qu’il n’était pas à leur goût. Ils ont d’ailleurs mené un long combat juridique pour écarter son directeur. Ce combat a duré jusqu’à début avril, lorsque la Cour Administrative Suprême a approuvé la nomination du nouveau directeur, Karol Nawrocki.

    Nawrocki devrait être sur la même longueur d’onde que Droit et Justice en ce qui concerne la commémoration de la Seconde guerre mondiale. Il a d’ailleurs d’ores et déjà annoncé que la collection permanente serait modifiée pour donner plus de place à la perspective unique des Polonais. Tout porte à croire que la souffrance des de ce peuple sera soulignée, tandis que les tendances autoritaires de la Pologne de l’entre-deux-guerres et les actes de violence et de lâcheté perpétrés par les citoyens polonais, par exemple contre les Juifs, seront probablement minimisés.

    Naturellement, personne ne remet en cause les horribles souffrances subies par la population polonaise pendant la guerre. Toutefois, le PiS fonde son idéologie sur une interprétation nationaliste du passé, qui repose sur la victimisation de la Pologne et l’exaltation de sa singularité. Elle s’oppose en cela à d’autres interprétations, qui préfèrent connecter les histoires polonaise et européenne, sans passer sous silence les parts d’ombre des passés nationaux. De façon plus générale, les efforts du parti Droit et Justice visant à prendre le contrôle du musée de Gdańsk sont symptomatiques de sa volonté de réduire les champs d’expression des visions libérales et indépendantes du pays, comme le démontre, entre autres, son ingérence massive dans les médias.

    Traduit de l'anglais par Damien Jacobée et Jeanne Bisch

  • Après les législatives en France : Le scrutin majoritaire est un déni de démocratie, Macron doit le réformer

    VoxEurop
    22 juin 2017

    Même si le raz-de-marée n’est pas aussi extrême qu’annoncé, le parti du président aura, dans la nouvelle Assemblée nationale, trois fois plus de députés que la formation politique arrivée en deuxième position. Une anomalie bien française qui découle d’un mode de scrutin majoritaire injuste.

    Les résultats officiels sont tombés : 361 des 577 députés élus à l’Assemblée nationale représenteront un seul et même camp politique, de surcroît celui du président de la République (REM/MD, centre). Cette formation, qui a recueilli 31% des suffrages au premier tour des législatives, remporte ainsi 62% (le double !) des sièges. Comment est-ce possible ?

    Eh bien, figurez-vous que la République française, patrie des droits de l’homme et terre d’accueil des réfugiés politiques, n’est pas une véritable démocratie où les électeurs sont représentés de manière proportionnelle, mais un régime au système majoritaire dans lequel la majorité étouffe les opinions minoritaires. Pour faire simple, le pays est divisé en 577 circonscriptions. Dans chacune d’entre elles, les électeurs élisent un seul député. Si un candidat obtient 51% des voix, celles de 49% des électeurs ne seront pas entendues.

    Répartition des voix lors du premier tour des élections législatives françaises :

    Répartition des sièges à l’Assemblée nationale suite au même scrutin :

    Et pourtant, le président sortant, François Hollande (PS, gauche), avait promis d’instaurer la proportionnelle. A-t-il respecté son engagement ? Que nenni ! Nicolas Sarkozy (LR, droite), son prédécesseur, avait également évoqué la possibilité d’introduire une dose de proportionnelle. Fariboles ! Et François Bayrou, qui s’est rangé derrière la candidature d’Emmanuel Macron en lui assurant la victoire, avait même fait de la proportionnelle un de ses chevaux de bataille qui l’avaient propulsé aux portes du second tour de la présidentielle de 2007. Fera-t-il pression sur son nouveau gourou pour qu’il mette enfin en place la proportionnelle ? Pas si sûr, vu ses nets reculs sur la moralisation de la vie politique dont il devait avoir la charge en tant que Garde des Sceaux. Sa démission précipitée n’arrange pas les choses.

    Pourquoi diantre ces dirigeants politiques ne respectent-ils pas leur promesse de proportionnelle, une fois élus ? Certains diront qu’ils sont obnubilés par le pouvoir et qu’une fois celui-ci obtenu, ils feront tout leur possible pour le garder. Le système majoritaire renforce le plus grand parti et ils se disent qu’il leur est favorable car ils sont aux manettes. Mais la roue tourne ! Cinq ans plus tard, les citoyens ne leur font plus confiance, dépités par les réformes. Leur vote-sanction a des conséquences désastreuses sur le pouvoir sortant, le Parti socialiste en sait quelque chose : il ne gardera qu’une poignée de députés, alors qu’un scrutin proportionnel aurait permis de limiter la casse. Cette vision à court terme a donc contribué à la descente aux enfers des deux grands partis traditionnels (PS et LR).

    C’est quoi, la démocratie ?

    Petit rappel étymologique : le terme démocratie vient des mots grecs « demos » et « kratein » qui, contractés, donnent « le pouvoir du peuple ». Non pas que de la majorité mais du peuple tout entier. Cet idéal ne peut être incarné que par une représentation de tous les courants politiques (hormis ceux qui ont une importance dérisoire) au parlement. Ce n’est qu’ainsi que l’assemblée des représentants du peuple deviendra un temple des débats d’idées, composante essentielle de la démocratie.

    Le scrutin majoritaire est d’autant plus anti-démocratique, au vu des résultats des législatives de 2017, que la cagnotte dont disposera chaque parti au cours des cinq prochaines années dépendra du nombre de députés élus. Ainsi, le Parti socialiste dont le nombre de députés sera divisé par dix et dont le budget repose à 45% sur les subventions de l’État, devra réduire sa voilure. Les Républicains, qui étaient déjà dans l’opposition, voient le nombre de leurs députés reculer d’un tiers, alors que le rôle de premier censeur de France leur incombera toujours car ils resteront le deuxième parti de l’assemblée. Je ne veux pas ici défendre les privilèges des grands partis politiques mais l’un d’entre eux sera-t-il prêt à prendre la relève de la REM, une fois que les citoyens voudront faire le choix de l’alternance ? Il y a fort à parier qu’avec leurs moyens limités, ils ne seront pas plus efficaces dans cinq ans. Et leur faiblesse ouvre une brèche dans laquelle pourraient bien s’engouffrer les extrêmes.

    La faible participation est l’une des conséquences du scrutin majoritaire. A quoi bon se déplacer si les dés sont jetés avant même qu’on vote ? Le désengagement des citoyens ne semble pas avoir profité au Front national cette année, mais on peut s’imaginer que l’électorat frontiste se mobilise lors d’un autre rendez-vous électoral. Ce ne serait pas la première fois dans l’histoire que le manque de vigilance des citoyens permettrait à l’extrême droite d’accéder au pouvoir.

    Comment ça se passe dans d’autres pays ?

    Le scrutin majoritaire a été établi en France pour des raisons historiques. En effet, la IVe République, dont la proportionnelle représentait l’une des caractéristiques, était marquée par les troubles et l’instabilité. Charles de Gaulle a donc décidé d’instaurer un régime avec un exécutif fort qui bénéficierait d’une majorité claire au parlement.

    Néanmoins, la politique des soubresauts de l’après-guerre ne risquerait pas de réémerger en 2017. Dans les années 1940 et 1950, la scène politique était bien plus fragmentée. Depuis des années, un ou deux blocs politiques la dominent.

    De plus, le mode de scrutin proportionnel fait ses preuves dans d’autres pays. En fait, seules la France et le Royaume-Uni ont un système majoritaire parmi les 28 États membres de l’UE. En France, l’élection se décline même en deux tours, ce qui favorise encore davantage les partis dominants. Prenons notre voisin outre-rhin, l’Allemagne, dont nous aimons tellement nous inspirer. Il a un mode de scrutin mixte, alliant proportionnelle et majoritaire, qui pourrait être une première étape intermédiaire avant que la France n’adopte une représentation proportionnelle à scrutin de liste. A l’heure actuelle, la composition du Bundestag allemand est la suivante :

    Répartition des votes :

    Il est vrai qu’aucun parti ne dispose d’une majorité absolue. Mais l’Allemagne n’est pas un pays instable pour autant, bien au contraire. Le pays n’a eu que trois chefs de gouvernement depuis 1982 ! Depuis l’arrivée au pouvoir de la chancelière actuelle, la CDU/CSU a été contrainte à un ménage à trois avec la gauche et le centre à tour de rôle mais les coalitions passent par l’art du compromis, l’essence même de la démocratie. Elles ne l’ont pas empêché de prendre des mesures importantes et de préserver le leadership allemand en Europe.

    Mais allons un peu plus à l’est, en Pologne. Car si l’Allemagne, la Hongrie, la Roumanie et la Lituanie ont un système mixte, les 22 autres Etats membres ont opté pour le scrutin purement proportionnel. Du côté de Varsovie, les premières années de la démocratie post-communiste étaient quelques peu traumatisantes : les premières élections législatives entièrement libres, en 1991, ont donné lieu à une assemblée composée de 29 partis dont des mouvements aussi incongrus que le Parti polonais des amis de la bière ou l’Alliance des femmes contre les difficultés de la vie. La formation la plus forte ne disposait que de 62 députés. La composition du gouvernement changeait tous les quelques mois.

    Mais la scène politique s’est progressivement cristallisée et un seul Premier ministre a même gouverné le pays entre 2007 et 2014. Un seul parti dispose actuellement d’une courte majorité à la Diète :

    Répartition des votes :

    Appel lancé à Emmanuel Macron

    La démocratie française est malade. Ce n’est pas normal qu’un parti rafle 62% des sièges avec les voix de 16% des électeurs inscrits. Les expériences de nos voisins européens montrent que le scrutin proportionnel ne condamne pas un pays au chaos. Nous avons déjà le Sénat qui représente les territoires de l’Hexagone dans sa diversité. Laissons au peuple au moins l’Assemblée nationale. Pour que toutes les voix puissent s’y exprimer. Le meilleur moyen de combattre l’extrême droite, ce n’est pas de lui barrer la route du parlement mais de la laisser enchaîner ses incohérences dans l’Hémicycle. Il vaut mieux catalyser la colère de ses électeurs dans ce lieu de débat démocratique plutôt que de l’inciter à créer un Etat parallèle au fur et à mesure de sa montée en puissance.

    M. Macron, en tant que grand démocrate, devrait comprendre cet appel. Il devrait être celui qui, contrairement à ses prédécesseurs, franchira véritablement le pas et inscrira durablement le principe de la proportionnelle dans la loi électorale française. Non pas pour des raisons conjoncturelles, comme l’avait fait François Mitterrand pour une seule élection. Mais pour raviver cette démocratie à bout de souffle.

    Et pourquoi attendre 2022 ? Je l’exhorte à convoquer de nouvelles élections dans l’immédiat, s’il en a le cran, s’il veut véritablement créer un nouveau style politique. Non pas par calcul comme l’avait fait Jacques Chirac. Non pas pour avoir encore plus de députés, mais justement pour en avoir moins car dans le cas contraire le camp gouvernemental risque de plonger dans l’inertie, faute d’opposition forte.

  • Débâcle de Theresa May aux législatives : Pourquoi jouer avec les peurs anti-européennes n’a pas payé

    VoxEurop
    09 juin 2017

    Les élections législatives d’hier ont démontré que, malgré les apparences, le peuple britannique veut rester ancré dans l’Europe.

    Même si le Brexit est devenu un enjeu de second plan dans la dernière ligne droite de la campagne des législatives, nous devons nous souvenir du fait que Theresa May avait convoqué ce scrutin anticipé au nom d’un "Brexit stable". Autrement dit, un Brexit à tout prix. Un Brexit dur. Un Brexit sans concessions.

    Mais est-ce vraiment ce que voulaient les Britanniques en s’exprimant dans les urnes le 23 juin 2016 ? Une chose est indéniable : les sujets de la reine ont décidé de la sortie du Royaume-Uni de l’UE et il faut respecter ce choix. Les deux principaux partis en ont d’ailleurs pris acte. Mais le diable se niche dans les détails.

    Les citoyens du Royaume-Uni avaient-ils voté contre le marché unique européen ? Contre le droit des ressortissants communautaires, dont une partie exerce les métiers les plus ingrats en rendant ainsi service à la société, de travailler dans leur pays ? Contre le droit des seniors britanniques de prendre leur retraite sous le soleil d’Espagne ? Contre la lutte anti-terroriste commune ? Contre la charte des droits fondamentaux ?

    Je pense que la correction infligée à Theresa May lors des législatives répond à ces questions. Les Britanniques voulaient se libérer du carcan de la bureaucratie bruxelloise. Ils avaient certainement des doutes sur la rationalité des dépenses de l’UE. La libre circulation des personnes leur faisait peut-être peur. Mais leur vote d’hier montre que le peuple britannique reste profondément ancré en Europe.

    Les partisans du Bremain ont majoritairement voté pour le Parti travailliste (gauche). A tort ou à raison, son leader Jeremy Corbyn est apparu comme le candidat pro-européen. Les électeurs savent qu’il se battra pour un divorce en douceur. La Première ministre voulait une majorité claire au Parlement pour les négociations avec l’UE, estimant que la gauche et les Ecossais lui mettaient des bâtons dans les roues. Au final, de nombreux électeurs de droite ont profité du scrutin pour virer dans le camp pro-européen du Parti travailliste.

    Les tories incarnent donc le camp du hard Brexit (même si May avait fait campagne pour le Bremain), balayant le UKIP anti-européen (dont le résultat a été divisé par sept en deux ans), les travaillistes celui du soft Brexit, voire du Bremain. En somme, la Première ministre voulait une clarification, elle en a obtenu une autre.

    Dessin de Władysław Bibrowski: Saloperie ! C’est bien trop étroit !

  • UE-Chine : Pékin, ce partenaire indispensable

    VoxEurop
    26 mai 2017

    Les relations entre la Chine et la communauté européenne ont été officialisé en 1975, permettant de nouveaux liens, souvent économiques, entre les deux aires géographiques : à l’époque l’Europe de l’ouest et, donc, la Chine. Ces relations se situent particulièrement dans le domaine économique mais cachent l’exercice de rapports de force qui changent au cours des années. Les relations avec la Chine sont une chance pour l’UE de renforcer son poids géopolitique, et de faire de la première puissance commerciale du monde un allié précieux.

    La Chine est une puissance économique majeure. En 2013 elle est devenue la plus grande puissance économique mondiale, même si les chiffres qu’elles donnent (quant à la croissance de son PIB notamment) sont parfois remis en cause. Les relations entre la Chine et la communauté européenne sont donc particulièrement fortes sur le plan commercial, puisque la Chine est le deuxième partenaire économique de l’Union Européenne.

    Des relations commerciales perturbées

    Le développement de la Chine a rendu ces deux aires géographiques très interdépendantes, n’échappant donc pas aux conséquences de la mondialisation. Ces liens toujours plus forts ont permis le développement respectif des deux entités. L’Union Européenne a apporté, par le biais de ses entreprises, les investissements nécessaires au développement économique de la Chine. En échange, l’ouverture (très lente et progressive) du marché intérieur Chinois aux entreprises étrangères leur a offert des perspectives de croissance indéniable (comme pour Peugeot par exemple, même si un partenariat avec une entreprise nationale est obligatoire) et ont permis d’importer certains produits à moindre coût.

    Néanmoins la crise économique et financière a changé les rapports de force économique entre les deux aires géographiques : la Chine, elle aussi impactée, a pu se redresser et a conservé sa puissance économique. La situation des Etats-membres de l’Union Européenne s’est largement détériorée. La situation politique de ces pays a poussé l’Union Européenne a redoublé d’effort face au dumping que la Chine a pu pratiquer. Certains droits de douane ont été augmentés, et d’autres domaines, comme celui des panneaux solaires, ont fait l’objet d’intenses tractations devant l’Organisme de Règlement des Différends de l’OMC.

    Une autre tension s’est créée autour du statut d’économie de marché. Ce statut est automatique pour tout pays ayant adhéré à l’OMC depuis au moins 15 ans, ce qui fut le cas pour la Chine en décembre 2016. Ce statut a causé de grandes tensions au sein de l’Union Européenne. La plupart des pays membres y étaient opposés, et le parlement européen a voté une résolution pour inciter la commission à ne pas accorder ce statut à la Chine (546 voix pour). Néanmoins, la commission n’avait pas le pouvoir de l’empêcher. En effet, le statut d’économie de marché rend plus difficiles pour l’UE de prendre des mesures de rétorsions vis-à-vis de la Chine (elles sont plus difficiles à justifier, le pays plaignant devant prouver des distorsions de marché du fait de l’importation de produit chinois dans ce cas précis).

    Pour remédier à ce problème, la commission a d’une part renforcé les mesures anti-dumping, qui s’appliquent à tous les pays, mais qui concernent particulièrement la Chine car la majorité des enquêtes pour la violation des règles commerciales européennes impliquent une entreprise chinoise. Proposée en 2013, ces nouvelles mesures consistent à abandonner la règle du « droit moindre » dans certaines circonstances. Cette règle, impose que droit de douane soit proportionnel au dommage subi, ce qui limite la capacité de réponse de l’Union Européenne face au dumping chinois. Elle est aujourd’hui sur la table du conseil de l’Europe.

    On peut donc être heureux que l’Union européenne ait pu contourner les problèmes causés par ce statut. C’est une preuve d’un changement au sein des institutions européennes : tout en ne froissant pas les institutions internationales, l’UE a mis fin à sa naïveté face à la mondialisation.

    D’autre part, l’Union européenne a aussi proposé en novembre 2016 à l’OMC que les mesures anti-dumping soient calculées autrement, en prenant notamment en compte les politiques publiques et l’influence de l’Etat (concentration d’entreprises publiques), et non seulement le prix sur le marché intérieur.

    Les stratégies géopolitique et commerciale chinoises font d’elle un partenaire précieux

    La situation économique des pays européens pousse l’Union européenne a réagir très prudemment face aux distorsions de concurrence que peut engendrer les échanges commerciaux avec la Chine, ce qu’elle a fait en ne remettant pas en cause le nouveau statut de la Chine à l’OMC, qualifié de « non-évènement » par certains fonctionnaires européens.

    En effet, l’Union européenne est en panne d’investissement, et la Chine peut remédier, en partie, à ce problème macroéconomique qui handicape grandement la zone euro notamment. Les investissements chinois sont passés de 6 milliards en 2010 à 27 milliards en 2014 au sein de l’Union européenne, notamment par des rachats emblématiques (aéroport de Toulouse ou une partie du port du Pirée à Athènes).

    La Chine reste donc un atout précieux pour l’Union européenne dans la mondialisation, particulièrement du fait de la position chinoise aujourd’hui qui s’explique par les deux stratégies qu’elle mène. D’une part, Pékin a engagé une nouvelle politique concernant sa situation nationale : « la nouvelle donne » ou « new normal ». Le but est « d’accepter » la plus lente croissance du pays, en se tournant toujours plus vers son marché intérieur et s’ouvrant plus aux investissements étrangers. Cela devrait faciliter les relations avec l’Union européenne et ses Etats-membres et donc approfondir leurs relations sur le plan économique mais aussi politique.

    La deuxième stratégie de la Chine repose sur l’idée d’internationalisation ou « going global ». Cette stratégie n’est pas nouvelle, on peut la faire remonter aux années 1990, années précédant l’entrée à l’OMC en 2001. Mais auparavant, elle était tournée vers la préparation de la Chine à la concurrence. Aujourd’hui, elle a pour objectif d’accompagner les entreprises chinoises à l’étranger. Cette stratégie repose sur l’investissement dans les infrastructures de transport internationales (l’ouverture récente de la nouvelle « route de la soie » en est un exemple) mais aussi une plus grande ouverture économique : seules la Norvège et la Suisse ont signé un accord de libre-échange avec la Chine en Europe.

    L’Union européenne, pour avoir un poids commercial et diplomatique significatif, doit donc obtenir un accord avec la Chine, sans être naïve, pour faire de la Chine le nouveau partenaire privilégié de l’Union. Cela lui permettra d’avoir une voix au chapitre international, et de faire avancer ses idées, comme les droits de l’homme.

    Les difficultés à entretenir une relation unique avec la Chine

    Pour faire de la Chine un partenaire, et donc bénéficier de tous les avantages politique et économique qui en découlent, l’Union européenne négocie un Traité Bilatéral d’Investissement avec cette dernière. Les deux partis n’en sont qu’au 13ème cycle de négociation. Pourquoi ce traité ? L’Union européenne souhaite avoir une relation homogène avec la Chine, ce que cette dernière ne souhaite pas vraiment. Elle privilégie en effet les relations bilatérales avec les Etats-membres, particulièrement sur le plan diplomatique, et ce pour deux raisons, qui illustrent la faiblesse de l’Union européenne au niveau géopolitique.

    La première est la plus simple : l’Union européenne a un faible poids diplomatique, du fait des discordances internes, mais aussi de son manque de moyens. Sa seule influence découle des dons au développement qu’elle distribue (l’UE est la première donatrice au monde), mais dont ne bénéficie pas ou peu la Chine.

    La seconde tient plutôt à une stratégie précise de la Chine : face au désordre diplomatique européen, un dialogue avec l’Union européenne est considéré comme secondaire. Incapable d’avoir une position commune sur les « dossiers brûlants » (comme pour le Kosovo, ou encore plus récemment la Syrie), l’Union européenne ne peut être un allié fiable pour la Chine, en dépit de sa stratégie « multipolaire ». Ainsi, la première visite d’un président chinois aux institutions européennes date de 2014 (seulement !!).

    L’Union européenne doit faire valoir ses atouts

    Pour devenir un acteur incontournable face à la Chine, et pour avoir un poids géopolitique fort, l’Union européenne doit faire valoir ses atouts. Le premier est bien évidemment économique, face au ralentissement de la croissance chinoise, les entreprises européennes vont jouer un rôle majeur dans les prochaines années pour soutenir le développement de la Chine (surtout si elle s’appuie sur son marché intérieur). Cela peut devenir un levier efficace pour Frederica Mogherini, la représentante de la diplomatie européenne.

    Comme la Chine fait du « soft power » l’une de ses armes pour établir son influence, l’Union européenne devrait faire de même, sur la base des valeurs qu’elle porte (droits de l’homme, liberté ….) mais aussi du modèle de société qu’elle incarne, celui d’un modèle social protecteur et la protection de l’environnement. Ainsi depuis 2003, les relations UE-Chine ont pris un nouvel élan avec le lancement d’un Partenariat global qui « s’étend désormais aux questions de politique étrangère, de sécurité, autant qu’aux enjeux globaux comme le changement climatique ou la gouvernance économique internationale » selon la délégation française à la diplomatie européenne.

    Si les relations entre la Chine et l’Union européenne montrent la faiblesse diplomatique de l’Europe, leur développement est souhaitable dans un monde multipolaire. Développer les relations avec la Chine permettrait aussi d’être un interlocuteur privilégié des tensions géopolitiques dans la région (tensions en mer de Chine, essais balistiques nord-coréen).

    De plus, diversifier ses relations diplomatiques est nécessaire pour l’Union européenne : développer le commerce avec la Chine permettrait d’accéder plus largement à toute la région, et d’obtenir des ressources pus difficiles d’accès pour les Etats-membres, notamment énergétiques. En effet, la complexification des relations entre la Russie et l’Europe et le (prétendu) retrait américain montrent que l’Union européenne doit développer ses relations diplomatiques avec la Chine.

    La Chine est donc un partenaire indispensable à l'Europe en dépit des tensions commerciales qui peuvent venir gangrener leurs relations. Face au retrait américain, face aux tensions russo-européennes, la Chine doit devenir un pilier fondamental de la diplomatie européenne.

    Cartoon : Simon Lavenne

  • Election présidentielle en France : Le marché unique européen responsable de tous les maux

    VoxEurop
    19 avril 2017

    Trois des candidats à la magistrature suprême font de la sortie de l’Europe leur principal cheval de bataille. Les autres ne sont pas en reste et fustigent le carcan imposé par les traités européens et les bureaucrates de Bruxelles. Les politiques français feignent d’avoir oublié les avantages de l’intégration.

    Moment mémorable du seul débat télévisé à onze de cette campagne électorale : discussion autour de la directive sur les travailleurs détachés. La plupart des prétendants – de l’extrême gauche (Jean-Luc Mélenchon) à l’extrême droite (Marine Le Pen) – se sont mis à tirer à boulets rouges sur ce texte honni. Même le candidat de la droite modérée, François Fillon, censé être libre échangiste et libéral, a inscrit l’objectif de “réviser de fond en comble [cette] directive” dans son programme.

    Autre point soulevé lors de cette bataille électorale : la délocalisation de Whirlpool en Pologne. Loin d’être le seul à la critiquer avec virulence, le candidat du Parti socialiste, Benoît Hamon, a déclaré que l’entreprise devait “rembourser immédiatement et intégralement toutes les aides publiques indûment perçues” dans le cadre du CICE (crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi). Une formule qui sonne bien mais qui reste impossible à réaliser car l’objectif affiché consistant à créer des emplois n’était en rien contraignant pour les entreprises et relevait plus de la wish list utopique du gouvernement.

    Or, c’est l’idée même de marché unique européen qui est remise en cause à travers ces tirades marquant l’opposition à la libre circulation des travailleurs et des capitaux. Rappelons que c’est Jacques Delors, un socialiste français, loin d’être le plus fervent partisan d’un capitalisme débridé à tout va, qui a donné l’impulsion à ce marché unique à travers l’Acte unique européen. Il a tout simplement constaté que l’établissement d’un véritable marché intérieur bénéficierait à l’ensemble des nations européennes. D’ailleurs, il ne s’est pas trompé car le marché unique a permis de créer presque 3 millions d’emplois et augmenté le PIB de l’Union de plus de 2 points entre 1992 et 2008. Il a posé les fondations des “quatre libertés” qui ne sont cependant pas encore entièrement garanties et ne le seront peut-être jamais. La création d’un marché unique est plus un processus continu qu’une étape achevée à un moment T. La directive sur les travailleurs détachés y contribue.

    Ce texte est certainement imparfait car il n’est pas accompagné d’une harmonisation des cotisations sociales. Mais l’opposition véhémente et peu constructive des candidats à l’élection présidentielle à son encontre révèle une méfiance plus générale à l’égard de tout ce qui vient du Bruxelles, en particulier en matière d’économie. Or, il convient de constater que c’est grâce à l’UE que :

    • Les exportations françaises vers l’UE s’élèvent à 271 milliards d’euros

    • De nombreux citoyens français – 650 000, selon le registre des Français établis à l’étranger qui ne reflète qu’une partie de la réalité – habitent dans un autre Etat membre de l’UE en bénéficiant du droit au travail et des droits sociaux au même titre que les ressortissants nationaux

    • Les consommateurs français peuvent acheter des marchandises en provenance de toute l’Europe, sans payer de droits de douanes et en ayant la garantie qu’elles respectent les normes qui s’appliquent dans l’Hexagone.

    La liste des avantages de l’intégration est bien plus longue encore. Les entreprises françaises ont investi massivement en Europe centrale et orientale après l’élargissement de 2004, ce qui a redynamisé leur activité et participé au développement de l’économie française.

    Mais s’il y a une particularité bien française, c’est celle de vouloir le beurre et l’argent du beurre. Toutes les dispositions européennes aujourd’hui dénoncées par les candidats participent à un tout qui dans son ensemble profite largement aux Français. Si chaque gouvernement national commençait à mettre des bâtons dans les roues du projet européen en opposant son veto aux textes qui nécessitent des sacrifices pour certaines catégories de sa population, l’Union n’irait pas bien loin. La solidarité européenne suppose que l’on fasse des concessions dans certains domaines pour en obtenir sur d’autres dossiers.

    Les médias nous parlent d’un “match à quatre” candidats à cinq jours du premier tour du scrutin, tellement les écarts entre les candidats sont étriqués. Parmi eux, Marine le Pen qui prône tout bonnement la sortie de l’UE, et Jean-Luc Mélenchon qui veut imposer sa vision du Vieux Continent aux 26 autres partenaires européens. Si cette condition n’est pas satisfaite, il sortira la France de l’Union. On est bien loin de la culture des consensus européens.

    Faut-il donc craindre un “Frexit”, une sortie de la France de l’UE ? Cette possibilité ne peut certainement pas être exclue. Mais les Français sont une nation capable de prendre la mesure de ses décisions. Et elle ne voudrait certainement pas mettre un trait sur toutes les avancées permises par l’Europe – celles du marché unique, mais aussi l’euro, Erasmus, les programmes européens de recherche et la garantie de vivre sur un continent en paix.

  • Médias : Un nouveau réseau de datajournalisme européen

    VoxEurop
    31 mars 2017

    Nous sommes heureux d’annoncer une nouvelle initiative de datajournalisme au service des médias. A partir d’octobre 2017, le European Data Journalism Network – EDJNet commencera à produire, partager et publier des contenus d’actualité data sur les affaires européennes en Europe et au-delà. Son objectif est de fournir aux médias européens des contenus d’actualité fiables et rigoureux, une assistance technique et éditoriale, et une source d’information utile et accessible pour mieux comprendre l’Europe.

    Les contenus produits par EDJNet seront en accès libre à travers un site multilingue et open source et sur les sites web des partenaires. EDJNet a été créé par un consortium de médias européens menés par Osservatorio Balcani e Caucaso Transeuropa (Italie) et VoxEurop (France), en partenariat étroit avec trois autres médias – Alternatives économiques (France), Spiegel Online (Allemagne), EUObserver (Belgique) – ainsi que trois agences spécialisées dans le datajournalisme – Journalism++ (France); Local Focus (Pays-Bas) et Journalism Robotics (Suède). Huit autres médias – deux spécialisés dans le datajournalisme (BIQdata chez Gazeta Wyborcza en Pologne et Pod črto en Slovénie) et six médias réputés dans leurs pays respectifs (Askanews et Internazionale en Italie, NRC Handelsblad aux Pays-Bas , El Confidential en Espagne, H-Alter en Croatie et Ouest-France en France) – font déjà partie des premiers partenaires du réseau étendu d’EDJNet. L’audience cumulée des membres du réseau est de 70 millions de visiteurs uniques par mois et le réseau sera bien sûr ouvert à de nouveaux membres.

    La rédaction transnationale d’EDJNet va :

    • Produire des enquêtes data, des articles d’analyse et d’approfondissement, du journalisme explicatif, des infographies, des animations vidéo et des revues de presse en 12 langues.

    • Développer des outils automatiques afin d’augmenter la productivité des rédactions sur les questions européennes et assurer la curation des ressources data, les outils et les infos existants, afin d’encourager les utilisateurs à suivre et à couvrir les affaires européennes.

    • Fournir un conseil à la demande et sur mesure pour les datajournalistes à travers son assistance en ligne et ses webinaires.

    • Lancer des projets de coproduction et de partage de contenus avec d’autres médias européens, à travers des partenariats éditoriaux et la syndication.

    Les contenus seront produits par un ou plusieurs partenaires conjointement. Ils seront adaptés et édités en fonction des besoins des partenaires et des habitudes de lecture de chaque public.

    Le projet est financé par une bourse de la Commission européenne. Les membres jouissent d’une pleine et complète indépendance éditoriale.

    Les médias intéressés peuvent aller sur EDJnet à partir du mois d’octobre 2017.

    En attendant, nous publierons des mises à jour sur les sites des partenaires et sur #EDJNet et #ddj.

    Contacts:

    Chiara SigheleOsservatorio Balcani e Caucaso Transeuropa

    Gian Paolo Accardo – VoxEurop

  • 8 mars Journée internationale des droits des femmes : Pas de roses ni de rouge à lèvres, mais des droits !

    VoxEurop
    07 mars 2017

    Il n'y a qu'une manière d'être féministe c'est de respecter la femme comme l’égale de l’homme. Mais il y a mille et unes manières de blesser une femme et de ne pas la respecter.

    En lui donnant un salaire moins important, en ne lui laissant pas de place dans une profession, en faisant une blague de gros lourd dans un cabinet médical ( du légendaire humour de médecine nommé « tradition carabine »), en la touchant un peu dans le métro l’air de rien, en la sifflant gentiment (pour la quinzième fois de la journée!!!) dans la rue, en l'insultant quand elle dit non -ou pire en la contraignant, en l’utilisant dans la Pub pour vendre des yaourts, des vêtements, une voiture, un bidet, un mauvais canapé…, en lui indiquant comment s’habiller/ se déshabiller été comme hiver, et surtout quel poids elle doit faire ( selon les magazines une femme ne doit jamais dépasser la taille d une fille de 14 ans, merci la mode mais les hommes et les femmes semblent aussi aimer les formes), en ignorant ses émotions, en la blessant moralement ou même, physiquement...

    Et puis en lui demandant parfois pardon pour mieux recommencer. En refusant son consentement. En la pliant à ses désirs, égoïstement. En lui indiquant quand elle doit avoir un enfant, quand et comment elle doit le faire ou ne pas le faire et en jugeant ses choix, quels qu’ils soient. À part cela la femme est libre ! Alors de quoi se plaint elle ? Et toutes ces « connasses » de féministes castratrices que veulent elles de plus ? Elles ont voulu l’égalité elles l’ont mais elles en veulent toujours plus. Bref. En France, pays civilisé s’il en est, une femme meurt encore sous les coups de son conjoint tous les trois jours. Sans compter toutes les autres femmes blessées : celles que l’on maltraite au travail par exemple. De toute façon il lui faudra dix ans pour s’en remettre et il y aura prescription bien avant qu’une femme puisse s'en relever. N'est-ce pas les Baupin, les DSK, les patrons de presse désinhibés ?

    Denis Baupin vient justement de déposer une poursuite judiciaire à l’encontre des femmes qui avaient porté plainte pour harcèlement sexuel, elles qui ont été déboutées pour prescription.

    Alors de grâce, Messieurs, n'offrez pas de roses et ne mettez pas de rouge à lèvres mais élevez votre voix pour défendre nos droits. La journée de la femme est une ineptie, mais une ineptie nécessaire, et ce, tant que la volonté d’une femme sera ignorée ou jugée secondaire par rapport à celle d’un homme, ou d’une société patriarcale. LA FEMME EST UN HOMME COMME LES AUTRES. Alors traitez-nous comme vos égales, en droits. Si, comme moi, vous en avez assez du 8 mars, œuvrez à changer les choses, à bouger les lignes, à faire en sorte que tous les êtres humains aient le même respect de leur dignité.

    Et vous n'entendrez plus de voix s'élever le 8 mars.

    À la veille de la présidentielle, pourquoi ne pas demander des lois renforçant les droits des femmes ?

    • le retrait de la prescription pour toute affaire relative aux violences sexistes/sexuelles

    • l’égalité des salaires

    • la PMA pour toutes les femmes sans conditions discriminatoires

    • la même chance professionnelle dans tous les domaines et peu importe la hiérarchie quitte à favoriser l’embauche positive (discrimination positive)

    • des sanctions strictes appliquées à l'encontre d'auteurs de violences sexistes ainsi qu’un travail d’intérêt général à la faveur de l’égalité homme-femme

    • une retraite pour les prostituées (qui paient un impôt sur le travail !)

    • proscrire les expressions sexistes pugnitives : « pute » «poufiasse » (on ne dit pas « espèce de pouffion » ni « sale puton » à un homme)

    • une formation sur l'égalité des sexes à l'école intégrée au parcours scolaire afin d'éduquer les futures générations

    D'autres idées ? Profitez du 8 mars pour les lister, ce sera plus utile qu'un bouquet de fleurs ;)