Zone euro : Le FESF ne fait pas recette

8 novembre 2011 – Süddeutsche Zeitung (Munich)

Le Fonds européen de stabilité financière devait sauver la monnaie unique. Mais les investisseurs boudent ce produit financier complexe et incertain, dont les politiques tentent de masquer les faiblesses.

Alors qu’il devait soulager les maux de tête de l’euro-club, il en a créé lui-même un autre. Créé pour sauver la monnaie unique, le FESF est bien mal en point aujourd’hui. Au cours de ses quelques mois d’existence, le fonds européen qui devait sortir les pays estropiés de la zone euro de la crise financière a déjà dû être revu et corrigé à plusieurs reprises – pour ne pas dire sauvé – pour ne pas être lui-même prématurément vidé, épuisé et liquidé. Après avoir été étendu, puis renforcé, il a affiché un bilan peu reluisant à Cannes. Le FESF n’est toujours pas ce qu’il devrait être.

Le fait est que cet instrument n’a pas les moyens d’accomplir la mission qui lui a été assignée, à savoir trouver 2 000 milliards d’euros pour éteindre l’incendie dans la zone euro. Dans sa forme actuelle, il ne peut maintenir sous contrôle que certains foyers d’incendie mineurs. Que l’Italie ou l’Espagne s’enflamment, et le Fonds n’est plus. Les ministres des Finances de la zone euro se sont donc encore une fois réunis ce lundi 7 novembre à Bruxelles pour trouver comment diable réunir les fonds nécessaires.

Un fonds bien trop compliqué

En vérité, ils avaient espéré que l’argent affluerait d’Asie et de Russie. La Chine et le Japon comptent bien assez d’investisseurs privés ou publics susceptibles d’acheter des actifs européens, y compris du FESF. Anticipant l’arrivée de ces fonds, les Européens ont remodelé leur plan de sauvetage afin d’attirer davantage de grands investisseurs et finalement réunir les milliards nécessaires à la résolution de la crise.

Le problème est qu’ils se sont trompés dans leurs calculs. Les Asiatiques hésitent, de même que les Russes. Personne n’est vraiment prêt à investir davantage dans le FESF. La semaine dernière, le Fonds européen a même dû renoncer à lancer une nouvelle émission de dette.

Rien de grave, commentent les responsables, il ne s’agissait que d’un test. Au contraire, rétorquent les spécialistes financiers, la situation est grave : le FESF n’intéresse pas les investisseurs. Et ils ont raison. Le 7 novembre, le Fonds européen a émis un nouvel emprunt qui a éveillé peu d’intérêt, et sa prime de risque était plus élevée que jamais.

Dans les officines des observateurs des notes souveraines, il se murmure que même le triple A magique est aujourd’hui vacillant. Ces trois lettres sont pourtant le garant qu’en dépit de la crise les investisseurs continueront à miser sur un pays. Le fonds européen est malheureusement devenu trop compliqué pour beaucoup d’entre eux.

Un besoin de plus de 2000 milliards d'euros

L’instrument du sauvetage de l’euro fait désormais partie de ces produits financiers ultracomplexes dont les investisseurs préfèrent se tenir éloignés. Quand l’euro-club a créé le Fonds, il a annoncé qu’il valait 440 milliards d’euros. En vérité, il ne contenait que des crédits à hauteur de 280 milliards.

Or les marchés financiers se sont sentis floués et ont craint que l’argent ne vienne à manquer au cas où la crise se propagerait à d’autres pays. Les pays de la zone euro ont donc effectivement dû abonder le Fonds pour réellement parvenir aux 440 milliards d’euros, ce qui a nécessité 780 milliards, la différence étant la garantie pour assurer le triple A.

Alors que les marchés financiers ont vu se profiler la crise de la dette en Italie, il a été évident que cette somme ne suffirait pas. On parle à présent de presque 2 000 milliards d’euros. Le Fonds européen a encore une fois été complexifié, toujours pour attirer les grands investisseurs.

Ça n’a pas marché. Certes, l’euro-club peut encore faire le tour de l’Asie et promouvoir son fonds compliqué. En coulisses, cela fait toutefois un moment que l’on prépare le terrain pour s’abreuver à une autre source, qui a été la seule à nous offrir quelques jours sans maux de tête : la Banque centrale européenne.

Une erreur factuelle ou de traduction ? Signalez-la