Hongrie : Contre Orbán, oui ; avec l’étranger, non !

3 janvier 2012
Heti Világgazdaság Budapest

Une manifestante proteste contre le gouvernement de Viktor Orbán, le 2 janvier, devant l'Opéra de Budapest.
Une manifestante proteste contre le gouvernement de Viktor Orbán, le 2 janvier, devant l'Opéra de Budapest.

A Budapest, la contestation grandit contre le Premier ministre, accusé de dérive autoritaire. Mais alors que la communauté internationale commence aussi à réagir, l'opposition doit éviter de s’appuyer sur les ingérences étrangères, estime le philosophe Gáspár Miklós Tamás. Extraits.

Il ne fait guère de doute que la Commission européenne et le FMI ont imposé délibérément des conditions impossibles à respecter pour le gouvernement hongrois, le but étant probablement de pousser Viktor Orbàn à démissionner. C’est ainsi que la délégation EU-FMI a rompu les négociations.

Au même moment, le secrétaire d’Etat adjoint américain Thomas O. Melia a reformulé ses préoccupations quant à la régression de la “démocratie citoyenne” en Hongrie vers un pouvoir autoritaire, dictatorial ; Viviane Reding, commissaire chargée des droits fondamentaux au sein de l’UE, a vivement reproché au gouvernement hongrois les violations continues des principes de la démocratie libre et constitutionnelle ; préoccupations et reproches qui se placent dans la continuité de vives critiques émanant du Parlement européen, de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, le Conseil de l’Europe et la Commission de Venise (et même le secrétaire général de l’ONU).

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a récemment écrit une lettre au Premier ministre hongrois, l’invitant poliment à ne pas soumettre au vote du Parlement certains projets de loi. Les organes de presse les plus prestigieux d’Europe de l’Ouest mais aussi de l’Est ainsi que de l’Amérique du Nord et leurs journalistes protestent, s’indignent et se moquent en permanence et sans relâche.
On ne peut imaginer une pression plus intense et plus sérieuse. Seules des sanctions directes peuvent suivre.


Alors que l’un des partis d’opposition parlementaire, le LMP (Lehet màs a politika – Pour une autre politique –, centre gauche tendance écologiste), déclare que l’opposition démocratique dans sa version jusqu’ici pacifique et parlementaire est désormais impossible et descend dans la rue, deux nouveaux mouvements prometteurs, Szolidaritàs et 4K !, manifestent (et annoncent des manifestations encore plus importantes), les syndicats se préparent, et des nouveaux mouvements issus de la société civile émettent le souhait de continuer leur série d’actions.

Quelle position face aux pressions étrangères ?

La question est de savoir quelle est la position des forces d’opposition dites, ou non, de gauche et/ou libérale vis-à-vis des pressions émanant de l’étranger (Occident et grandes puissances). La réponse ne va pas de soi. En un sens, la destruction des institutions démocratiques (un fait presque accompli) pourrait justifier, étant donné le pouvoir écrasant de la droite antidémocratique, l’intervention occidentale en faveur de la démocratie.

Toutefois, outre vouloir conserver un régime de type représentatif et constitutionnel et une séparation des pouvoirs, les puissances occidentales, et en premier lieu la Commission européenne, désirent faire adopter à la Hongrie une politique économique qui ne sert pas forcément (c’est un euphémisme) les intérêts du peuple magyar.


Le peuple hongrois, déçu à de nombreuses reprises, pourrait ne voir dans la “cause démocratique” qu’un ornement mis sur les mesures d’austérité de plus en plus lourdes provenant des puissances occidentales soucieuses de stabilité financière. Si la protection des institutions démocratiques va forcément de pair avec un appauvrissement continuel du peuple hongrois, il ne faut point s’étonner que les citoyens hongrois ne s’enthousiasment pas pour le couple restauration de la démocratie libérale et misère.

La plupart des critiques occidentales à l’encontre du gouvernement sont justes, mais elles ne sont guère exprimées par le corps électoral hongrois. Les citoyens hongrois ne mandatent pas et ne peuvent pas mandater les puissances occidentales pour changer la politique de leur pays. Contraindre à la démocratie par des moyens antidémocratiques venus de l’extérieur ne se justifie pas, et l’expérience montre que ce n’est pas efficace.

Cette contraction rend extrêmement périlleuse la position de l’opposition démocratique hongroise. D’un côté, elle soutient une politique économique et sociale qu’elle combattrait si elle était menée par le gouvernement hongrois. De l’autre, elle serait solidaire avec des procédés antidémocratiques – donc en contradiction avec elle-même –, sans même évoquer le fait qu’elle serait accusée de trahison.


L'indépendance, ultime protection

Le Premier ministre hongrois analyse la situation de la manière suivante : “Au cours de la dernière décennie, les pays occidentaux se sont réfugiés dans l’utilisation de l’endettement au détriment des revenus du travail pour subvenir aux besoins de consommation. Cette forme d’endettement est devenue incontrôlable, surtout lorsque l’Etat l’a utilisée pour financer son système de prestations sociales.”


Il s’agit là d’une demi-vérité nocive et, de plus, d’un discours d’inspiration néoconservatrice, tendance qu’il est censé combattre.


Le Premier ministre s’attaque obsessionnellement aux revenus sans travail, il insiste continuellement pour démonter le système d’allocations sociales, il poursuit sa sombre démagogie contre le subventionnement – car c’est lui qui a supprimé de fait les allocations chômage, qui s’est attaqué aux retraites, qui a démoli le système de santé, et qui a réinstauré en catimini le système de complémentaire santé privée, d’une manière plus radicale encore que ses prédécesseurs néolibéraux [le gouvernement de gauche de Ferenc Gyurcsány] qui ne rêvaient que ça, mais dont les projets avaient été mis à mal par les syndicats, alors soutenus par Viktor Orbàn. Il n’y a donc pas de divergence entre le gouvernement de Viktor Orbàn et l’UE/FMI.

Plus généralement, le dilemme dans le dilemme est : faut-il défendre l’indépendance nationale quand la souveraineté du peuple est en ruines et quand les droits fondamentaux de la liberté ont été relativisés ?
 Un prérequis de la restauration de l’indépendance nationale demeure la restauration de la démocratie. La reconstruction et le renouvellement de la démocratie, qui à mon avis ne peuvent venir que de nouvelles forces politiques issues de la société civile, ne doivent pas être mis en péril par avance par des considérations temporaires tactiques.

Tant qu’il n’y aura pas de démocratie européenne confédérée, l’indépendance sera notre ultime protection. Il s’agit d’un cadre qui, dans les conditions présentes, nous permet de rétablir et plus encore de réinventer la souveraineté du peuple. C’est dans l’intérêt du peuple hongrois. Il est inquiétant que le peuple hongrois n’ait d’allié fort ni à l’intérieur ni à l’extérieur. Il est d’autant plus nécessaire que les amis du peuple soient fidèles et conséquents.

Traduction : Veronika Hornyik

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