Italie : Beppe Grillo porté par la vague eurosceptique

8 juin 2012
La Stampa Turin

Beppe Grillo à Bologne en mars 2010.

Lors des élections municipales de mai dernier, le Mouvement 5 étoiles de l’humoriste Beppe Grillo a remporté plusieurs villes, dont Parme. En prônant la sortie de l’euro et le renversement de la classe politique actuelle, il serait devenu le deuxième parti du pays.

Lors des élections municipales en Italie, le Mouvement 5 étoiles, fondé en 2009 par l'humoriste Beppe Grillo, a conquis fin mai une ville importante : Parme. Dans le programme du parti, figurent la sortie de l'euro et le retour à la lire.

La force d'attraction de ce mouvement réside principalement dans sa propagande antisystème, sa critique – pas infondée – d'une classe politique incapable de se renouveler et sa forte présence sur le Web. Mais il n'en reste pas moins impressionnant de constater à quel point le premier parti à se déclarer antieuropéen continue de grignoter des tranches toujours plus larges de l'électorat. Ces électeurs proviennent principalement du centre droit, qui s'amenuise sous les effets conjugués de la sortie de scène de Silvio Berlusconi et des scandales qui ont emporté la Ligue du Nord. Mais Beppe Grillo vendange aussi très à gauche et chez les jeunes, auprès de qui il est très populaire.

Publié le 28 mai, un sondage de l'Institut SWG attribue au Mouvement 5 étoiles 17 % des intentions de vote aux élections nationales de 2013. Cela en ferait le deuxième parti italien après le Parti démocratique (gauche, 24%), et devant le Peuple de la liberté (droite berlusconienne, 16 %). Son programme anti-euro fait dangereusement écho au climat eurosceptique qui s'installe dans le pays.

“Les Italiens ont toujours été favorables à l'euro"

Dans le dernier rapport annuel de l'Eurobaromètre présenté en mars, 34 % des Italiens se déclarent insatisfaits des mesures adoptées jusqu'ici par l'Union européenne pour sortir de la crise, un pourcentage bien plus élevé que dans le reste de l'Europe. Et 20 % – le taux le plus haut parmi les partenaires du Vieux Continent – ont déclaré qu'ils ne cherchaient jamais d'informations sur l'Europe, probablement du fait de la large couverture offerte par les journaux et les médias sur la crise. Paradoxe : dans le même temps, 74 % des Italiens considèrent qu'ils ne sont pas assez informés sur ce qui se passe en Europe.

Ce climat se concilie mal avec la tradition fortement proeuropéenne de l'Italie. Lucrezia Reichlin enseigne à la London Business School, mais elle s'est trouvée pendant des années au coeur d'une des institutions de l'Union les plus importantes, la Banque centrale européenne (BCE), après avoir grandi en Italie. “Les Italiens ont toujours été favorables à l'euro”, note-t-elle. Lorsqu'elle était à la tête du département recherche de la BCE, à l'Eurotower de Francfort, des sondages sur les sentiments des Européens vis-à-vis de l'Union arrivaient souvent sur son bureau. L'Italie était l'un des pays les plus convaincus.

“Toutefois, nuance Lucrezia Reichlin*, il me semble que l'enthousiasme a considérablement diminué. Un peu comme ce qui est arrivé aux Grecs. Historiquement, en Italie comme en Grèce, les citoyens se sont toujours considérablement méfiés de leurs gouvernements.”* Selon elle, de cette défiance historique est “né l'espoir qu'en entrant dans l'Union européenne, on allait hériter de quelques-unes des vertus des pays dotés de meilleures institutions”.

Une opinion partagée par un autre spécialiste des questions européennes, Paolo Guerrieri, professeur d'économie au Collège d'Europe de Bruges, en Belgique. Lui parle du rapport des Italiens à l'Europe comme d'un “ancrage non antagoniste mais complémentaire au renforcement de l'identité nationale”.

Hémorragie au centre-droit

Pourtant, avec la crise et surtout les énormes sacrifices imposés par l'austérité, l'attitude envers l'Europe devient hostile. Un changement que Beppe Grillo n'est pas le seul à avoir perçu. Le Parti démocratique est le dernier à défendre avec conviction l'appartenance à la zone euro. Dans les journaux de droite, les mots d'ordre agressifs envers l'Union et la monnaie unique font florès. Et Libero, le quotidien de référence pour les partisans de Silvio Berlusconi, martèle, sondages à l'appui, que plus de 60 % des Italiens sont désormais contre l'euro.

Certes, le parti traditionnellement le plus eurosceptique, la Ligue du Nord, est trop occupé à tenter de s'extirper du scandale des financements publics qui a renversé la famille de son fondateur, Umberto Bossi, et menace de l'emporter à son tour. Mais au cours de la dernière décennie, la coalition de Silvio Berlusconi a toujours cultivé des rapports ambigus avec l'Europe.

Si l'ex-ministre de l'économie Giulio Tremonti fut l'un des artisans de la réforme qui a conduit à un assouplissement des règles sur le déficit au début des années 2000, c'est aussi le gouvernement de centre-droit qui, au moment de l'entrée en vigueur de la monnaie unique, a décidé de suspendre la règle du double affichage des prix en euros et en lires sur les étiquettes. Un cadeau aux commerçants, noyau dur de l'électorat du parti de Berlusconi. Décision qui a pénalisé les consommateurs.

Il n'est pas dit que la campagne électorale de 2013 soit exempte de coups d'éclats et de polémiques, surtout avec un centre droit orphelin de Berlusconi et touché désormais par l'hémorragie de son électorat très eurosceptique. D'autant plus que le pays ne parvient pas à sortir d'une crise aggravée par l'austérité et que le populisme anti-euro de Beppe Grillo s'est évidemment transformé en un aspirateur à suffrages.

Traduction : Florence Boulin

Une erreur factuelle ou de traduction ? Signalez-la