Grèce : Iles à vendre pour cause de crise

Une île privée en Grèce
Une île privée en Grèce
11 juillet 2012 – El Mundo (Madrid)

Les temps sont durs pour les propriétaires d'îles grecques. Confrontés au nouvel impôt foncier exigé par la troïka et à l'augmentation des taux d'intérêt, ils sont contraints de vendre leurs biens. Les candidats au rachat devront eux, affronter la bureaucratie locale.

Vous aimeriez profiter du bon air de la mer Egée sur votre île privée ? Si vous avez de l'argent, c'est le moment d'y penser sérieusement. La crise a entraîné une hausse de 100 % de l'offre des îles privées en Grèce (l'Etat ne vend pas les siennes). Plages paradisiaques, vues de rêve et températures exceptionnelles toute l'année ne sont que quelques-uns des attraits des îlots en vente.

Avant la crise, il y avait toujours six à 10 îles sur le marché, aujourd'hui, nous en avons presque 20”, explique Chris Krolow, directeur de Private Islands, une entreprise dont le siège se trouve au Canada et qui se spécialise dans la vente d'îles du monde entier par le biais d'Internet.

Sur le site de la société, on trouve un grand nombre d'îles grecques en vente. Elles coûtent entre 1,5 million d'euros, pour l'île minuscule de San Anastasios, et 150 millions d'euros pour celle de Patroclos. Cette île majestueuse de 260 hectares, près d'Athènes, est présentée sur le site web comme un lieu “doté de grandes plages de sable et entouré d'eaux claires et poissonneuses”.

Si les experts affirment que les prix n'ont pas beaucoup baissé, il est tout de même possible de trouver de bonnes affaires : “Nous avons vu le prix de certaines propriétés baisser de quatre à deux millions d'euros”, assure Nicola Mugni, de l'agence Demeures en Grèce. La crise économique maintient 27,7 % des Grecs sous le seuil de pauvreté, mais il semblerait qu'elle touche aussi les grands propriétaires.

Etre riche coûte cher

Si certains propriétaires sont contraints de vendre leurs biens à bas prix – que ce soit des îles entières, une partie de leurs terrains ou de luxueuses résidences secondaires – c'est à cause du nouvel impôt foncier entré en vigueur en Grèce. Selon Nicolas Mugni, “nombreux sont ceux qui ont investi de l'argent dans d'autres biens ou d'autres terres, et avec les nouveaux impôts mis en place dans le cadre du plan d'austérité grec, être riche leur coûte très cher. Le taux d'imposition varie, mais être propriétaire d'une île ou d'une grande villa peut s'avérer très coûteux. Les acheteurs malins arriveront mieux à marchander avec ce genre de vendeur.

En outre, sur les îles, de nombreux propriétaires terriens ne peuvent pas rembourser les intérêts de leurs crédits aux banques et se voient obligés de vendre à bas prix. Stavros Stellas, un agent immobilier qui connaît bien ce secteur dans la Mer Egée, en sait quelque chose. Lui-même a été contraint de revoir à la baisse le prix d'un terrain lui appartenant. “Je possède un lot de 1,7 hectare de terres et il y a quelques années, je l'ai proposé à 1,7 million d'euros, explique-t-il. Aujourd'hui, j'en demande 1 million à cause de la pression des banques”.

De redoutables négociateurs

Toutefois, si vous avez de l'argent et que vous voulez acheter une île grecque, vous devrez chercher inlassablement : tous ceux qui possèdent une île grecque sont suffisamment riches pour ne pas être happés par la spirale spéculative. Ils ne craignent pas non plus que les prix baissent si la Grèce quitte la zone euro. “Les prix des propriétés de luxe ne baisseront pas, même en cas de retour à la drachme et de dévaluation. Ceux qui n'ont pas de problèmes économiques ne vendent pas bon marché”, souligne Mugni. Sans compter que les Grecs sont réputés pour être de redoutables négociateurs.

L'autre problème qui fait fuir les éventuels acheteurs est la bureaucratie grecque, d'une lourdeur proverbiale. “Pour un investisseur, il est assommant d'acheter une île en Grèce et de s'apercevoir qu'il va falloir attendre des lustres avant de pouvoir y construire quelque chose”, fait valoir Krolow.

Malgré tout, ceux qui veulent profiter de l'occasion ont fait augmenter considérablement la demande sur tout le marché immobilier grec, déjà mal en point. “Autrefois, nous avions des acheteurs d'environ 70 pays, mais ces 10 derniers mois, nous sommes arrivés à avoir des clients de 120 Etats différents”, assure Georgios Stroumboulis de l'agence en ligne Greek Property Exchange.

Comme dans n'importe quelle économie en difficulté, il y a beaucoup de gens qui espèrent faire de bonnes affaires”, ajoute cet agent. Les problèmes financiers de la Grèce ont fait de ce pays une destination de choix pour les chercheurs d'aubaines.

Traduction : Leslie Talaga et Olivier Ragasol

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