Espagne : La Catalogne, un nouveau souci pour l’UE

24 septembre 2012
El País Madrid

Le Premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, et le président de la région Catalogne, Artur Mas. Les bandes rouges sur fond jaune évoquent le drapeau catalan.
Le Premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, et le président de la région Catalogne, Artur Mas. Les bandes rouges sur fond jaune évoquent le drapeau catalan.

La région la plus riche, mais la plus endettée, du royaume revendique le droit de moins payer pour un Etat criblé de dettes, et agite le spectre de son indépendance. A Bruxelles, cette réplique réduite des problèmes de la zone euro est observée avec inquiétude et scepticisme.

Les crises ont tendance à tout simplifier : l’interprétation allemande de la crise européenne est un conte moral, qui s’appuie sur la conviction que le malaise économique est dû à l’irresponsabilité budgétaire des pays du sud, qui ont péché et qu’il faut punir. Avec un scénario erroné comme point de départ, les solutions sont de plus en plus difficiles à trouver, les mécanismes de solidarité se raréfient, les citoyens de certains pays du nord se méfient et dans le sud, un sentiment antiallemand (ou antieuropéen) se développe. Par ailleurs, lors de plusieurs élections récentes, on a vu une résurgence des extrémismes. L’Espagne reproduit à son échelle la crise de l’euro par le biais de l’opposition catalane, qui a d’étranges points communs avec toute cette histoire.

Un étonnement inquiet 

Les origines directes des problèmes économiques catalans sont la récession dramatique issue d’une bulle immobilière phénoménale et les décisions prises par différents gouvernements au fil des années : selon l’analyse de Bruxelles, ce n’est pas la spoliation budgétaire (même si le système de financement n’est pas parfait et que l’ampleur du déficit budgétaire est discutable), argument principal du mouvement séparatiste pour justifier ses prétentions. Ainsi, l’UE a vu arriver cette polémique avec un étonnement qui a viré à l’inquiétude, car elle est apparue au moment le plus critique de la crise espagnole.

La Catalogne, bien évidemment, n’est pas l’Allemagne : tout d’abord, elle est la première victime des ravages causés par la récession et le chômage. Néanmoins, à de nombreux égards, l’analogie fonctionne : une fois de plus, le Nord souhaite restreindre la solidarité en temps de crise.

Bruxelles observe ce débat avec désarroi : “La Catalogne est une source supplémentaire de préoccupation. L’Espagne a déjà de nombreux problèmes et voilà que l’une des communautés autonomes les plus riches doit réclamer un plan de sauvetage à l’Etat. Quasiment en même temps, cette région menace de prendre son indépendance et propose un bien mal nommé pacte fiscal qui, en fin de compte, consiste à réduire les ressources remises aux caisses de l’Etat, maintenant que la santé des comptes publics se dégrade”, affirme un diplomate.

Aspirations séparatistes

Le président de la Generalitat [gouvernement régional], Artur Mas, s’est adressé au moins deux fois à Bruxelles pour que sa revendication d’un nouveau système de financement soit mieux comprise. Il s’est entretenu avec le président de la Commission, José Manuel Barroso, et avec celui du Parlement, Martin Schulz. Il a contacté quasiment tout le monde en Europe. Toutefois, outre l’habituelle ambiguïté calculée, les sources que nous avons interrogées ne se souviennent pas qu’il ait une seule fois fait allusion aux aspirations séparatistes de la Catalogne.

Nous ne renonçons pas à notre identité… Davantage de Catalogne et davantage d’Europe, voilà notre slogan”, a déclaré Artur Mas à la presse lors de l’une de ces visites, à la suite de quoi des journalistes lui ont demandé si cela signifie qu’il cherche à s’éloigner de l’Espagne. “Non, a-t-il répondu. Nous sommes positifs. Nous préférons les affirmations et nous ne refusons rien.” Cette déclaration en a étonné plus d’un à Bruxelles, ce qui a conduit un fonctionnaire européen à prévenir : “Certaines revendications catalanes sont vues avec bienveillance, mais actuellement, la région franchit une frontière dangereuse. Sa demande est compréhensible pour des raisons financières, mais même en Allemagne, avec un système fiscal fédéral qui peut servir de modèle, on admet qu’on ne peut pas passer la frontière des aspirations indépendantistes à la légère. A Bruxelles, ces dernières déclenchent des sonnettes d’alarme, en raison du risque que d’autres régions reproduisent ce schéma.

Le barrage de Maastricht 

L’indépendance de la Catalogne serait accompagnée d’obstacles juridiques, bien évidemment, si l’on en juge par l’élégante formulation de l’article 4.2 du traité de Maastricht. Par ailleurs, la prise de décisions au sein de l’UE se dirige vers une généralisation de la majorité qualifiée dans tous les cas sauf un,  l’adhésion de nouveaux Etats, qui continuerait de nécessiter l’unanimité. Ces mécanismes peuvent servir de barrages : le président de la Commission, José Manuel Barroso, a été clair sur le sujet. D’un côté, la question est “interne” à l’Espagne. De l’autre, si une procédure de sécession devait avoir lieu au sein d’un Etat membre, “il faudrait faire appel au droit international pour trouver une solution”.

Le gouvernement du PP [Parti populaire] a fait savoir que les responsables du déficit espagnol sont les communautés autonomes. C’est faux. Il a également l’intention d’opérer une recentralisation des compétences (sous prétexte que les contraintes imposées par Bruxelles ne lui laissent pas d’autre possibilité), ce qui suscite des craintes en Catalogne et explique en partie la réaction de la région. Ici, une fois de plus, les ressemblances avec le contexte européen sont inquiétantes : la troïka envoie les hommes en noir à Madrid, puis le gouvernement central envoie ses larbins dans les communautés autonomes qui ont bénéficié d’un sauvetage, comme la Catalogne.

Traduction : Leslie Talaga

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