Football : Un continent hors jeu

22 juin 2010
La Stampa Turin

L'attaquant allemand Lukas Podolski, après la défaite de l'Allemagne contre la Serbie, par 1 à 0.
L'attaquant allemand Lukas Podolski, après la défaite de l'Allemagne contre la Serbie, par 1 à 0.

Le football reflète souvent la réalité. La Coupe du monde ne fait pas exception : les grandes équipes européennes semblent timorées, confuses et hésitantes, comme leurs gouvernements. Et les anciens outsiders des pays émergents défient l'ancienne suprématie européenne.

Dans le foot aussi, nous sommes devenus un ”Vieux continent” tout comme en politique, économie et société. De vieilles idées, de vieilles habitudes, de vieilles erreurs connues de tous mais que nous gardons jalousement. Vous les avez vus, ces jours-ci à la télé,  les Marcello Lippi, les Fabio Capello et les Raymond Domenech, les entraîneurs de l’Italie, de l’Angleterre et de la France ? Ne ressemblaient-ils pas de façon étonnante aux leaders périclitants de leurs pays respectifs sortant d’un Conseil européen consacré à la crise ?

La cacophonie à laquelle nous ont habitués les réunions de Bruxelles s’est soudain propagée, sur le mode de la farce, aux terrains de football d’Afrique du Sud. Les vieilles puissances semblent avoir perdu leurs certitudes. Le noyau des pays fondateurs est sévèrement mis à l’épreuve. Les Pays-Bas résistent, mais les autres sont à la peine. Même l’Allemagne a révélé, sous la cuirasse, des guiboles flageolantes.

Les vices et les inerties du Vieux Continent

Les ennuis extra-footbalistiques de la vieille Europe étaient connus depuis longtemps : notre population n’augmente pas, ne créé pas et ne prend pas de risques ; notre économie et notre emploi sont paralysés par des règles anachroniques auxquelles nous continuons à nous agripper, déniant la réalité parce que nous craignons tout changement qui pourrait remettre en questions d’anciens privilèges. La société européenne paraît immobile : ceux qui ont la chance d’être nés dans un milieu privilégié peuvent espérer que leur niveau de vie sera semblable à celui de leurs parents, les autres doivent s’en remettre au hasard ou au miracle.

Faire des études, s’engager, se former, permet généralement d’ouvrir les yeux sur les opportunités au de-là de nos frontières. Inutile d’ailleurs de placer ses espoirs dans la recherche de solutions utiles et partagées au niveau européen puisque, chaque fois qu’une urgence se présente, ce sont les logiques nationales qui prévalent. 

Tout ceci se répète à l’identique sur les terrains de foot de la Coupe du monde, là où, en théorie, imagination et créativité pourraient avoir libre cours. Mais les résultats, et plus encore les comportements des grandes équipes européennes, ont jusqu’à présent reproduit de manière emblématique les vices et les inerties du Vieux continent.

Les Français, on le sait, ont inventé la Révolution et donc ils ne perdent jamais une occasion de contester l’autorité. Aujourd’hui leur équipe nationale joue piteusement,  les joueurs s’en prennent à leur entraîneur, Anelka est exclu et ses co-équipiers réagissent en organisant une AG [assemblée générale], rédigent un communiqué et, pour protéger leurs droits inaliénables, se mettent en grève. La prochaine fois, au lieu d’un capitaine, ils engageront un syndicaliste.

Des équipes qui ne sont plus compétitives

Les Anglais ont conquis le monde par leur audace. Comme ils se sentaient à l’étroit sur leur île pluvieuse, ils quittaient dès qu’ils le pouvaient la douceur de leur foyer et ils s’embarquaient pour des expéditions périlleuses qui firent d’eux la puissance dominante du globe. Dans sa mission sud-Africaine, l’équipe nationale aux trois lions n’ a pas même conquis l’Algérie. Et les joueurs comment réagissent-ils? En se plaignant de leur entraîneur, qui a interdit la présence auprès d’eux des wags, ces dames et demoiselles qui cultivent les plus hautes vertus nationales. Les Allemands, on le sait, sont allemands. Quand la machine fonctionne conformément aux instructions, ils mettent l’Australie en déroute. Quand la machine se grippe, comme par exemple avec la Serbie, ils perdent la tête.

Nous autres Italiens, en petite forme cette année mais de bonne volonté, sommes déjà en train de polémiquer. Avant même d’avoir été éliminés. L’Espagne aussi a tergiversé, en montrant une frilosité qui pourtant n’appartient pas à sa tradition, tandis que seuls ceux qui rêvaient depuis trop longtemps d’être invités au banquet, comme les Portugais, sont plein d’audace et prêts à mordre.

Ils faut certes se méfier des lieux communs, mais il ne fait aucun doute qu’en Afrique du Sud, la grande Europe donne l’impression d’un continent immobile, timoré, préoccupé avant tout de ne pas perdre ce qu’elle a, au lieu de vouloir conquérir quelque chose de nouveau. Zinédine Zidane nous a dit que les grandes équipes du Vieux Continent ont toutes le même problème : les valeurs mondiales se sont nivelées et nous ne sommes plus aussi compétitifs qu’autrefois. Il faisait là une analyse footballistique, mais, sans le savoir, il exprimait aussi une vérité importante qui s’exprime dans tous les domaines : la société globale n’a plus de patience avec ceux qui ne veulent pas suivre et qui ralentissent la marche, au lieu de courir, d’expérimenter, de se mettre en danger.
 

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