Politique La vie des 28

Portrait : Olli Rehn, austère gardien de la rigueur

9 novembre 2012
Les Echos Paris

Populaire dans son pays autant qu’il est craint ailleurs en Europe, le Commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires aime, en bon Finlandais, faire profil bas. Une attitude difficile à maintenir, alors que les nouvelles règles en matière de contrôle budgétaire font de lui un personnage-clé de la gouvernance économique.

Les hommes politiques français rejettent souvent la faute des décisions impopulaires sur “Bruxelles”. Désormais, ils peuvent aussi dire “Olli Rehn”, cela enrichira leur vocabulaire. Largement inconnu, le Finlandais, vice-président de la Commission, est devenu un acteur clef de la gouvernance européenne. Son exposé, le 7 novembre, sur les prévisions de croissance en Europe le souligne. Modeste jusqu'à l'effacement, Olli Rehn n'insiste pas sur ses nouvelles prérogatives. “Je n'ai pas de superpouvoirs”, explique-t-il aux Echos. “Je suis responsable politiquement devant le Parlement européen et ma seule légitimité vient du Traité européen. Ce sont les Etats membres et le Parlement qui ont décidé de renforcer la gouvernance économique et j'ai juste pour tâche d'obliger les Etats à pratiquer ce qu'ils prêchent."

Sans que l'opinion publique […] n'en prenne conscience, un net basculement s'est opéré ces derniers mois. Avec la réforme entérinée l'an dernier du Pacte de stabilité – la législation du “six pack” dans la novlangue bruxelloise -, la Commission européenne a désormais un rôle de pilotage économique essentiel. Lorsqu'un pays sort des clous de l'orthodoxie budgétaire (3 % de déficit et 60 % de dette publique) et ne prend pas de mesures de correction jugées suffisantes, Bruxelles peut facilement infliger des amendes. Et pas question d'imaginer échapper à ce bâton : pour s'y opposer, l'Etat menacé doit réunir une majorité qualifiée au sein du Conseil, soit une mission quasi impossible.

Finlandais extraverti

Pas facile, en effet, lorsqu'on est mauvais élève, d'aller quémander un soutien auprès des autres. En outre, les textes ont confié à la direction générale d'Olli Rehn le soin d'identifier les “déséquilibres macroéconomiques” qui se forgent au sein des Etats, comme la perte de compétitivité de la France ou les prémices d'une bulle immobilière aux Pays-Bas. Bruxelles peut adresser ses fameuses “recommandations” et demander aux Etats un plan d'action pour corriger ces déséquilibres. Et tout cela n'est qu'un début ! En 2013, le rôle de surveillance de Bruxelles va encore se renforcer avec l'entrée en vigueur du pacte budgétaire, qui impose la “règle d'or”. Enfin, un texte législatif, encore en discussion au Parlement européen – le “two pack”, petit frère du précédent -, doit autoriser Bruxelles à donner son avis sur un projet de loi de Finances à l'automne, avant son adoption par les parlements nationaux. “Attention, ce n'est pas un droit de veto, juste un avis”, minimise Olli Rehn.

Malgré sa place prépondérante, Olli Rehn continue de jouer profil bas. Jusqu'à l'excès. Récemment, les carnets de rendez-vous de Tim Geithner, le secrétaire au Trésor américain, ont été publiés. Qui appelle-t-il pour parler de la crise de l'euro ? Au premier semestre 2012, il a joint, près de vingt fois chacun, Christine Lagarde au FMI ou Mario Draghi à la BCE. Quant à Olli Rehn, son téléphone a sonné seulement... quatre fois.

Cette discrétion ne surprend pas vraiment ceux qui connaissent celui qui était chargé du dossier de l'élargissement dans la Commission précédente. Olli Rehn est né en Finlande, et visiblement ça ne compte pas pour rien. Les Finlandais eux-mêmes, quand ils sont à Bruxelles, s'amusent à expliquer à leurs interlocuteurs la différence entre un Finlandais introverti et un extraverti : le premier regarde ses pieds, le second regarde les vôtres... 

Le dirigeant reste très attaché à son pays d'origine. C'est là-bas qu'il a fait ses armes, notamment comme chef de cabinet du Premier ministre au début des années 1990. Aujourd'hui, en Grèce, au Portugal ou en Irlande, on vilipende les “men in black”, ces hauts fonctionnaires du FMI ou de la Commission venus chez eux pour appliquer la potion amère de l'austérité. Mais, à l'époque, ces “men in black” menaçaient de s'installer à Helsinki. “La Finlande connaissait sa plus grave récession économique. Je sais ce que c'est d'avoir le FMI devant soi. En 1992, pour remettre les comptes d'équerre, nous avons dû refaire quatre fois le budget de l'année suivante en quelques semaines pour éviter l'aide internationale”, raconte Olli Rehn.

Peu adepte de l’homéopathie

Régulièrement, on prête à ce dernier l'ambition de briguer la présidence du pays. Il est là-bas une figure respectée et ne manque jamais une occasion de rappeler son amour des traditions finlandaises, comme le sauna.

Début octobre, pour lutter contre l'essor du parti populiste des “vrais Finlandais” et contrer les réticences de ses compatriotes à aider les pays du “club Med”, il a écrit un livre, “Dans l'oeil de la tempête”, récit de la crise de l'euro et plaidoyer pour l'Europe.“C'est ma contribution au débat pour l'Europe en Finlande”, assure ce militant de l'UE de la première heure. Fait insolite, les profits de la vente du livre doivent être reversés notamment à des clubs de foot de jeunes. Car le football est la grande passion d'Olli Rehn. “C'est grâce à ce sport que je me suis familiarisé avec l'Europe”, explique ce fan de Manchester United, en égrenant les noms des clubs européens.

Le dirigeant a des convictions économiques bien ancrées, plus proches de celles de l'Europe du Nord que des appels à une mutualisation rapide de la dette avec les eurobonds. Sur le front de la crise de l'euro depuis trois ans, le Finlandais reste un partisan de la rigueur. “Monsieur 3 %” n'est pas très sensible aux appels de tous ceux, politiques et économistes, qui réclament un assouplissement de la politique d'austérité. Il n'est pas convaincu par les dernières études du FMI qui critiquent l'effet récessif des politiques de rigueur. 

Peu adepte de l'homéopathie, le commissaire préfère les remèdes de cheval, qui font souffrir mais guérissent vite. De la tour de contrôle bruxelloise, on oppose ainsi la Lettonie, désormais quasi candidate à l'euro, et la Grèce, qui n'a cessé de perdre du temps et qui a besoin de médicaments de plus en plus forts. En revanche, Olli Rehn ne cesse de répéter que le pacte budgétaire est loin “d'être stupide” et qu'il laisse une marge d'appréciation en cas de récession. D'ailleurs, depuis l'été, ses services ont accordé des délais supplémentaires au Portugal et à l'Espagne. Oui au cas par cas, non à un report généralisé de l'effort, le commissaire est préparé à toutes les pressions politiques.

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