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Hongrie : Viktor Orbán organise sa réélection

19 novembre 2012
Népszabadság Budapest

Le Premier ministre hongrois lors d'une conférence de presse à Budapest, en février 2012.

Le Premier ministre hongrois lors d'une conférence de presse à Budapest, en février 2012.

Après avoir supprimé l’inscription automatique sur les listes électorales, le gouvernement s’apprête à faire voter une loi qui restreint le temps de parole des partis pour les élections légistlatives de 2014. Un pièce de plus dans ce qui ressemble à un système pour éliminer toute concurrence.

La Fidesz a rempli sa mission non-orthodoxe : elle a institué un système électoral qui créé le plus de difficultés possibles pour la destituer. Ce système garantit aussi qu’au cas où l’équipe dirigeante resterait en place, elle puisse continuer son aventure incompréhensible avec la moindre légitimité démocratique possible. Dommage collatéral, l’accomplissement de Catch 14 [référence au roman Catch 22 de Joseph Heller, devenu synonyme de situation absurde et inextricable, et à 2014, date des prochaines élections législatives] : si toutefois il y a alternance – ce qui est pour le moment peu probable – la destruction des structures politiques rendront le pays ingouvernable pour les nouveaux dirigeants.

Avec le changement des règles de campagne électorale, comme lors de l’introduction de l’inscription préalable sur les listes électorales, les directeurs de projet du "plan orange" [la couleur de la Fidesz] n’ont été motivés que par une seule idée : exclure les électeurs qui ont une conscience politique moins développée. Or, et c’est un secret de Polichinelle, ce sont surtout les couches pauvres, dont la situation impossible est désormais intenable, qui n'iront pas voter, n’ayant ni la force ni les informations suffisantes pour se lancer dans l’inscription sur les listes. 

Test de constitutionnalité

Il est symptomatique que même László Sólyom [président de la République de 2005 à 2010], que l’on ne pourrait considérer, même sous l’effet de psychotropes, comme un penseur de la gauche internationale, a dit qu’il considérait l’affaire de l‘inscription préalable comme un test de constitutionnalité.

Et comme si l’introduction de l’inscription préalable ne suffisait pas, ils font maintenant voter une nouvelle loi qui interdit aux partis de faire campagne sur les chaînes et les radios commerciales, ainsi que sur les sites internet. Pour que les publicités dans les médias ne dérangent pas le public.

A moins que ce dernier ne soit dérangé. Pour l’instant, aucun signe n’indique que les élections auront lieu en 2014 selon les règles en vigueur aujourd’hui. Même l’état de l’économie grecque est plus stable que l’Etat de droit de la Fidesz. Les intéressés sondent certainement en permanence le public-cible et interviennent dès le moindre signe annonçant une possible victoire de l’opposition.

 La couardise du gouvernement 

Au printemps 2010, ce n’est pas un secret, les écrits qui nous décrivaient en détails le futur selon Orbán nous faisaient sourire et c’est en soupirant que nous transmettions les textes qui prédisaient une autocratie. Eh bien, il est temps pour nous d’écrire nos lettres d’excuses. Pourtant, d’après la rhétorique qui caractérisait la Fidesz ces 10 dernières années, nous ne pouvions pas supposer que ce serait la couardise qui allait déterminer l’action gouvernementale. Or celui qui rend la mise à l’épreuve impossible a peur. Si le pouvoir était sûr d’aspirer au bien commun et que son action était utile pour la société, il n’aurait pas peur d’affronter ses adversaires selon les vieilles règles du jeu. Mais ce parti manipule avant même de monter sur le ring.

Orbán et son équipe ont poussé le pays dans un Catch 14, d’où il n’y a qu’un tout petit peu plus de chance de sortir que de sa version 22. Beau travail,  les garçons !

Traduction : Eleni Matyassi

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