Economie Agriculture

PAC : La révolution verte passe par l’Europe

30 janvier 2013
La Repubblica Rome

Une travailleuse saisonnière récolte des fraises à Sornzig-Ablass, en Saxe (Allemagne).

Une travailleuse saisonnière récolte des fraises à Sornzig-Ablass, en Saxe (Allemagne).

La réforme de la Politique agricole commune, qui doit être conclue cette année, va dans le sens du développement durable et d’une plus grande équité. Mais elle est  menacée par la pression des lobbies agro-alimentaires, assure le fondateur du mouvement Slowfood, qui en appelle aux citoyens et eux eurodéputés.  

L’espoir d’une agriculture européenne plus soucieuse de l’environnement, et donc plus juste, tant pour le contribuable que pour ceux qui optent pour des modes de production durables, vient de prendre un mauvais coup. Le 28 janvier, une étape décisive a été franchie à Bruxelles dans la procédure longue et complexe qui débouchera, à compter de 2014, sur la nouvelle Politique agricole commune (PAC) : l’instrument qui décidera de l’avenir de notre alimentation.

Depuis 50 ans, la PAC mobilise près de la moitié du budget européen. Sa réforme est l’occasion d’un changement de paradigme vers une agriculture moins orientée vers le productivisme et plus respectueuse des territoires, des ressources naturelles, des agriculteurs et des citoyens. Jusqu’à présent, on a donné la préférence à des pratiques agricoles nuisibles à la fertilité des sols, à l’environnement, aux paysages, à la relève des générations et à la biodiversité, mais aussi profondément iniques à l’égard des pays tiers moins favorisés.

Ainsi, sans en avoir conscience, les Européens se sont vu soutenir un système productif malsain, pour lequel ils paieront au bout du compte deux fois : une première fois pour les subsides, une seconde pour réparer les dégâts causés : de la santé à la sécurité des territoires en passant par la qualité de l’air, de l’eau, des sols et des aliments. La vieille PAC aura été un fiasco total.

Du “greening” au “greenwashing”

Les 23 et 24 janvier, la commission de l’agriculture et du développement rural du Parlement européen a voté les amendements au projet de réforme de la PAC, présenté voilà déjà plus d’un an. Et elle a décidé de bloquer, d’édulcorer ou d’effacer la majeure partie des mesures destinées à donner un caractère plus durable à notre système de production agricole. La balle est désormais dans le camp des gouvernements qui, en février, devront fixer le nouveau budget alloué à la PAC (des coupes sombres, probables, ne feraient qu’aggraver la situation) et surtout dans celui du Parlement qui, lors de sa séance plénière en mars, aura encore la possibilité de corriger le mauvais cap que nous avons fixé.

On pourrait par exemple introduire des mesures dites de "greening" [écologisation] en faveur de l’environnement. L’essentiel du gâteau de la PAC a toujours été redistribué en fonction de la superficie des exploitations. Au fil des ans, ce système a fini par favoriser les exploitations les plus vastes, lesquelles ne brillent pourtant généralement pas par leur respect de l’environnement : un revenu cadastral juteux pour l’industrie agro-alimentaire.

A l’inverse, l’introduction de l’écologie dans le projet de réforme serait révolutionnaire : il contraindrait les exploitations de grande et très grande dimension à mettre en œuvre, elles aussi, des pratiques durables, comme la rotation des cultures, le maintien des pâturages et de zones répondant à une fonction écologique.

Or, les amendements apportés ont fait de ces dispositions vertes des mesures à géométrie variable : la commission les a démontées l’une après l’autre en introduisant une multitude de dérogations qui les rendent inutiles.

Le greening [écologisation] s’est transformé en greenwashing [coup de peinture verte]. Avec les nouvelles normes, 82 % des exploitations agricoles européennes seraient ainsi exemptées de ces bonnes pratiques environnementales à caractère contraignant. Par ailleurs, s’il était juste que les exploitations certifiées en agriculture biologique soient automatiquement rangées parmi les acteurs "vertueux" du secteur, cela l’est moins lorsque l’on soutient que d’autres pratiques "écologiques" – mais moins – sont également assimilables au "bio" et donnent droit aux subsides.

Une occasion d'inverser la vapeur

Les autres points critiquables ne manquent pas, comme, pour ne citer qu’eux, la possibilité de recevoir double subside pour un même type de mesure écologique ou le fait que l’obligation de consacrer 7% de l’exploitation à des zones de protection écologique ait été modifiée pour ramener ce chiffre à 3%. Autant d’éléments négatifs qui contrebalancent les rares mesures positives qui sont passées à travers les mailles du filet, comme les quelques ressources supplémentaires accordées aux jeunes qui se lancent dans l’agriculture, l’introduction d’un plafond de 300 000 euros pour les subventions des grands propriétaires terriens (pour citer un nom connu, la reine d’Angleterre percevait 8 millions d’euros par an), ou encore l’adoption d’une définition plus correcte de l’"agriculteur actif", pour éviter que d’autres acteurs, comme des aéroports ou des golfs, ne touchent des financements alloués à l’agriculture.

A condition que le projet de réforme ne soit pas définitivement détricoté par les décisions budgétaires qui seront prises en février, le Parlement européen aura une occasion historique d’inverser la vapeur, du 11 au 14 mars. Pour la première fois dans l’histoire de l’Union européenne, le Parlement pourra en effet intervenir dans cette négociation et nous devons donc faire pression sur nos députés pour ne pas répéter l’erreur de soutenir ce vieux paradigme qui, loin de servir l’intérêt général, a favorisé les pires méthodes de production.

Il n’est pas juste d’employer des ressources publiques pour favoriser l’intérêt d’une minorité. Sous le nom sympathique de "Go M.A.D" [Go Meet a Deputy – Allez voir un député], la mobilisation européenne, à laquelle se rallie également Slow Food, a été décrétée. Cette action nous donne l’occasion de contacter nos parlementaires pour leur expliquer toute l’importance de la séance de mars prochain, afin qu’ils ne se laissent pas influencer par les lobbys de l’industrie agro-alimentaire. Les citoyens peuvent devenir des acteurs et il est impératif qu’ils participent au débat avant qu’il ne soit trop tard. Il en va de l’avenir de notre alimentation, des lieux que nous habitons et de notre bien-être.

Traduction : Jean-Baptiste Bor

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