Chypre : Le plan de sauvetage qui nous tuera

18 mars 2013
Cyprus Mail Nicosie

L’UE et le FMI se sont mis d’accord sur un plan d’une valeur de 10 milliards d’euros pour renflouer les banques chypriotes, mais le prix de ce sauvetage est une taxe imposée à tous les dépôts. Cette condition a stupéfié la petite nation méditerranéenne et le journal Cyprus Mail accuse maintenant le nouveau président ainsi que d’autres Etats membres d’avoir trahi l’île.

Même si le haircut [terme appliqué en cas de décote d'une créance ou d'un avoir bancaire] appliqué aux dépôts bancaires était à l’ordre du jour de l’UE depuis plus d'un mois maintenant, présent dans certains mémos de la Commission et ouvertement discuté par les politiciens européens – beaucoup d’entre eux n’excluaient d’ailleurs pas cette option –, peu de personnes pensaient que l’Eurogroupe le mettrait véritablement en œuvre. La plupart des gens étaient convaincus que c’était une menace en l’air, censée contraindre Chypre à privatiser ses organisations semi-gouvernementales et à augmenter l’impôt sur les sociétés.

Après tout, le président Nicos Anastasiades avait déclaré avec emphase dans son discours d’intronisation “qu’absolument aucune référence à une décote sur la dette publique ou les dépôts ne serait tolérée”, ce à quoi il avait ajouté que “cette question ne ferait même pas l’objet d’un débat”. Le ministre des Finances, Michalis Sarris, a tenu des propos tout aussi rassurants, faisant valoir qu’il serait insensé de la part de l’UE d’imposer une telle mesure car cela menacerait l’euro dans son ensemble.

Sous la contrainte

L’Allemagne et les dirigeants de l’Eurogroupe ont pourtant fait ce choix aberrant, car à leurs yeux, Chypre est trop petite et insignifiante pour qu’une décote imposée aux dépôts bancaires provoque un effet boule de neige dans la zone euro [une taxe de 6,75 % sera appliquée aux dépôts inférieurs à 100 000 euros et de 9,9 % au-delà de ce seuil].

Evidemment, les marchés interpréteront peut-être cette décision différemment, pas nécessairement dès le lundi 18 mars, mais quelques semaines plus tard, lorsqu’il deviendra manifeste que même les dépôts effectués dans les banques européennes ne sont pas protégés des raids de l’Eurogroupe.

A entendre les discours prononcés, il ne fait aucun doute que Nicos Anastasiades a fait l'objet d'un chantage pour accepter cette “taxe de solidarité” – un euphémisme. Un refus aurait signifié que la Banque centrale européenne (BCE) ne verserait pas, après la date limite du 21 mars (une échéance qui avait été retardée de deux mois en janvier), la moindre aide d’urgence pour atténuer la crise de liquidités que traversent les banques chypriotes : ces dernières s’effondreraient le jour même et la population perdrait une part bien plus importante de ses dépôts que les 7 à 10 % qui sont imposés aujourd’hui.

Anéantir au lieu de sauver

Le président avait-il le choix ? C’est difficile à dire, étant donné la pression exercée pour trouver un accord politique le 15 mars. Tout porte à croire que nos partenaires de l’UE avaient pris leur décision en amont, d’où la tenue d’une réunion de l’Eurogroupe un vendredi soir pour discuter du plan de sauvetage. Comme les banques chypriotes sont fermées pendant trois jours [le lundi 18 mars est un jour férié], toutes les mesures nécessaires pourraient être prises avant leur réouverture le mardi, comme si de rien n’était.

Le 16 mars, un député s’est demandé s’il ne vaudrait pas mieux laisser faire faillite les deux banques qui ont besoin d’une recapitalisation de la BCE au lieu d’accepter la décote. Le problème ne s’arrêterait toutefois pas à ces deux banques, car les différentes institutions financières dépendent les unes des autres et la panique bancaire finirait par se généraliser. Voilà l’argument principal que fera valoir Nicos Anastasiades pour justifier le renflouement interne par le biais des dépôts. Dans le cas contraire, les banques se seraient effondrées, l’Etat aurait fait faillite et Chypre serait sortie de la zone euro.

Ainsi, le président a choisi le moindre mal, même s’il est peu probable que la population l’admettra. Concrètement, l’UE a proposé un “plan de sauvetage” conçu pour anéantir et non pas sauver ce qu’il reste de l’économie chypriote.

Traduction : Leslie Talaga

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