Energie nucléaire : Confions la sécurité à Bruxelles

9 juin 2011 – Respekt (Prague)

Laisser la sécurité nucléaire aux seules mains des Etats membres n’est plus tenable, estime Respekt. Une supervision commune donnerait de la crédibilité aux promoteurs de l’atome, tout en limitant l’influence politique des géants de l’énergie.

Le Premier ministre tchèque, Petr Nečas, avait-il raison en affirmant, début juin, durant sa visite en Allemagne, que les Tchèques devaient, en ce qui les concerne, être seuls décideurs en matière d’énergie nucléaire? Voilà une question qui chez nous est des plus sensibles. Mais si nous nous libérons de nos préjugés "anti-Bruxellois", de notre attachement crispé à notre "souveraineté" et si nous envisageons la question de façon rationnelle, la réponse devrait être: non, ils ne sont pas obligés et ils ne doivent pas décider seuls.

Créer un Office européen unique pour la sécurité nucléaire est nécessaire pour plusieurs raisons. L’énergie nucléaire n’est pas un domaine de la compétence exclusive des Etats. Un accident aurait des conséquences à grande échelle.

De plus, les autorités nucléaires nationales ne bénéficient pas de la confiance qui est requise en la matière. C’est le cas notamment de la République tchèque. La question des centrales nucléaires suscite de telles passions, que la directrice de l’Office Tchèque de Sûreté Nucléaire se déplace en personne pour célébrer leur prochaine ouverture, avant même leur mise en fonctionnement officielle. Une autorité nucléaire, indépendante et animée d’un scepticisme sain ne devrait jamais se comporter de la sorte.

Pour d’autres, la mise en place d’une surveillance nucléaire commune apparaît également logique si l’on considère la diversité toujours plus grande des approches en matière d’énergie nucléaire. Dans un contexte favorisant les politiques communes – sécuritaire, financière, de visas, anti-monopoles, etc. – le fait qu’il existe un secteur à risque, dont la sécurité est assurée par les Etats membres qui ont chacun des approches différentes et qui se trouve sous le contrôle des seuls fonctionnaires nationaux, n’est pas tenable à long terme.

Tant que la seule petite Autriche nourrissait une obsession anti-nucléaire, on pouvait considérer cela comme une particularité locale. Mais à partir du moment où la grande Allemagne se range à ses côtés, la peur de l’énergie nucléaire s’empare de l’ensemble de l’UE.

Une autorité indépendante des pressions politiques

On ne pourra plus ignorer le fait que l’énergie nucléaire est une très grande source de défiance mutuelle. Un contrôle européen du nucléaire ne serait pas soumis aux pressions politiques. Un contrôle européen ne se laisserait pas corrompre par les mégas entreprises de l’énergie.

De plus, ce transfert de compétence pourrait être profitable même aux défenseurs de l’énergie nucléaire. Il serait beaucoup plus difficile de remettre en cause le sceau d’approbation d’une autorité européenne, dans laquelle, du reste, les Allemands pourraient avoir des représentants, que les autorisations qui se distribuent dans le cadre de la petite communauté tchèque du nucléaire où tout le monde se connaît.

Un simple coup d’oeil sur les tableaux d’Eurostat permet de constater que c’est dans les Etats postcommunistes et chez les grands exportateurs d’électricité (la France et la Grèce) que les prix de l’électricité sont les plus bas. Les Tchèques tombent dans les deux catégories. Ils disposent de charbon bon marché, d’énergie nucléaire, héritage des communistes, et ils exportent quasiment la totalité de la production de [la centrale nucléaire de Temelin].

Pourtant, l’électricité n’est pas bon marché. Les prix payés par l’industrie sont parmi les plus élevés de l’UE (l’électricité est désormais moins chère en Allemagne). L’Allemagne est en train de construire un des parcs énergétiques les plus modernes du monde. Et ČEZ [le fournisseur d’électricité public tchèque] adapte très discrètement ses prix de vente d’électricité en fonction des performances de son voisin et n’a pas même encore seulement commencé à envisager sérieusement la modernité.

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