Italie : Il est temps de partir, M. Berlusconi

21 septembre 2011
Corriere della Sera Milan

Après les marchés internationaux et les agences de notation, les grands quotidiens nationaux italiens ont pris conscience que le principal ennemi de la crédibilité du pays est Silvio Berlusconi. A leur tour, les journaux modérés, comme le Corriere della Sera ou Il Sole 24 Ore, réclament sa démission.

Le jugement porté par [l’agence de notation] Standard&Poor's sur l’Italie, non dénué de motivations politiques, se réfère explicitement à la crédibilité internationale du pays et à la stabilité du gouvernement. Je crois cependant que cette critique repose surtout sur le fait que l’Italie connaît une période de décroissance et qu’elle lève des impôts de plus en plus élevés pour rembourser ses dettes. Malheureusement, cette recette laisse présager un avenir plus sombre que le présent.

Il existe toutefois un autre note, plus importante encore : celle du pays lui-même. Le problème dans ce cas, c’est sans nul doute le président du Conseil. Pour un grand nombre d’Italiens, Berlusconi représentait l’espoir d’une stabilité politique et d’un dynamisme économique. Aujourd’hui, tous les espoirs se sont dissous, écrasés par le poids d’un fatras de promesses non tenues, d’incidents de parcours, de scandales de toutes sortes, de comportements inconvenants et d’imprudences déconcertantes.

Un départ qui ne détruirait pas son parti

Aujourd’hui, le problème majeur de l’Italie, c’est la fin de l’ère Berlusconi. Tout le monde sait — y compris les amis proches du chef du gouvernement — qu’une période se clôt et que Berlusconi doit quitter la scène. Mais personne ne sait encore comment tourner la page. D’aucuns espèrent que l’histoire extraordinaire et tumultueuse du Cavaliere finira au tribunal, au terme d’un procès pour corruption, fraude ou immoralité. D’autres attendent un message décisif adressé au Parlement de la part du chef de l’Etat Giorgio Napolitano.

Ces deux solutions n’auraient toutefois qu’un seul et même effet : montrer au grand jour l’impuissance de la démocratie italienne, son inaptitude à affronter la question avec les outils propres de la démocratie. Oui, Berlusconi doit partir, mais d’une manière qui ne fasse pas violence à la Constitution et puisse sauver ce qui mérite d’être conservé de son aventure politique.

Je pense notamment à son parti [Il Popolo Della Libertà]. Ce n’est dans l’intérêt de personne qu’une grande force politique — élue à trois reprises par une majorité d’Italiens — disparaisse. Pour éviter une telle déconfiture, et pour laisser une trace de son passage sur terre, Berlusconi devrait annoncer qu’il ne se représentera pas à la tête de son gouvernement et que les élections se dérouleront au printemps 2012 [en Italie, les législatives se tiennent toujours au printemps, ndlr].

Redonner la parole à l'opinion publique

Les sept ou huit mois qui nous sépareraient de la prochaine échéance électorale pourraient avoir les mêmes conséquences que celles qui se sont produites en Espagne, après que [le chef du gouvernement José Luis] Zapatero a renoncé à son troisième mandat et a anticipé les élections au 20 novembre prochain. Une stratégie qui a permis un rapprochement de la majorité socialiste avec l’opposition de droite sur un certain nombre de questions d’intérêt national et laissé au candidat socialiste — le ministre de l’Intérieur, Alfredo Pérez Rubalcaba — le temps nécessaire pour consolider son rôle à la tête du parti.

La décision de Berlusconi serait extrêmement profitable à l’Italie, qui pourrait ainsi apparaître aux yeux de l’Europe et du monde comme un pays capable d’organiser de manière rationnelle son avenir, en changeant peut-être (mais je ne me fais pas de grandes illusions à ce sujet…) une loi électorale déplorable. L’Italie donnerait de nouveau la parole à une opinion publique qui ne sait aujourd’hui qu’exprimer sa colère et son exaspération. Elle laisserait le temps aux partis politiques de se préparer pour le rendez-vous électoral. L’Italie confirmerait alors à ses propres concitoyens qu’il leur est possible de régler leurs problèmes avec les mécanismes naturels de la démocratie. Et Berlusconi pourrait dire – non sans raison – que le mérite de ce changement lui revient en partie.

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