La crise grecque dans le détail : Qu’est-ce qui n’a pas marché ?

12 avril 2015 – VoxEurop Notebook Die Welt

Cela fait maintenant cinq ans que la Grèce est financièrement soutenue – avec un effort remarquable, comparé aux effets obtenus. Qu’est-ce qui n’a pas marché entre Athènes, Bruxelles et Berlin ? Le quotidien allemand Die Welt ébauche une reconstruction en sept étapes.

Les pays industrialisés, et encore plus le FMI, fondé en 1945 dans ce but précis, ont des décennies d’expérience en matière de sauvetage des pays surendettés et de rétablissement de bases saines pour leur reprise durable. Par le passé, plusieurs erreurs ont été commises, et autant de leçons ont été apprises – au point que, avant que ne sévisse la crise de la zone euro, nous pensions savoir ce qu’il faut en principe faire lorsqu’un pays est au bord de la banqueroute.

C’est à ce moment, en 2010, que la crise grecque est arrivée. Peu de temps après, lorsque l’Irlande, le Portugal et l’Espagne ont également eu besoin d’aide, elle s’est transformée en crise de la zone euro. Mais, alors que les autres pays en crise sont en voie de guérison, les partenaires de la zone euro et les organisations internationales ont atteint leurs limites en Grèce.

La Grèce a été mise au tapis par un excès d’austérité – du moins c’est ainsi que les Grecs et certains économistes américains voient les choses. Athènes ne voulait tout simplement pas se réformer et pouvait de toute manière repartir à travers une dévaluation et un “Grexit” – c’est du moins l’opinion d’un grand nombre d’Allemands, qu’ils soient partisans d’Alternative für Deutschland ou économistes.

La vérité est entre les deux. Un regard plus attentif révèle que plusieurs décisions concernant les plans de sauvetage de la Grèce avaient un sens et partaient de bonnes intentions au moment où elles ont été prises – mais elles ont engendré ensuite des effets collatéraux contre-productifs et souvent difficiles à anticiper.

1. Attention excessive aux chiffres

Le gouvernement grec était autorisé à ignorer la plupart des réformes structurelles et à se concentrer essentiellement sur des objectifs fiscaux, notamment parce que les gouvernements des pays donateurs avaient besoin de résultats tangibles pour justifier le plan de sauvetage vis-à-vis de leurs électeurs. Et l’assainissement du budget grec était la priorité principale. L’austérité en soi n’est pas un mal, mais ses effets sur la croissance ont été sous-estimés, en particulier en l’absence des réformes structurelles, dont l’urgence n’a de pair que la difficulté à les mettre en œuvre, tant les conflits d’intérêts sont nombreux.

2. Gestion au quotidien provocatrice

L’aide au développement et les dizaines de programmes du FMI ont démontré que cela ne sert à rien de forcer l’application d’un programme prédéfini à un pays particulier. Le gouvernement doit présenter à ses électeurs son propre programme de réformes et de réduction de la dette, afin de passer pour l’initiateur des réformes.

Ce principe n’a pas du tout été respecté en Grèce. L’aide était conditionnée à un agenda très détaillé. Cependant, c’était de l’auto-défense du point de vue de la Troïka car leurs partenaires grecs avaient présenté peu de propositions et ils ont profité de l’ambiguité du plan de réforme pour protéger des groupes d’intérêt.

3. Coupes budgétaires inappropriées

Les gouvernements qui restructurent leurs finances choisissent en général la facilité. En Grèce, ils ont eu la possibilité de mettre fin à de nombreuses échappatoires fiscales qui sont favorables en particulier aux riches, rendant ainsi la collecte des impôts plus équitable et obtenant un soutien pendant la période d’adaptation. Ils ne l’ont pas fait, probablement parce qu’ils craignaient l’élite bien introduite. Et puis le secteur a souffert, mais en raison des baisses de salaires et non de celle des effectifs, car il sert de filet de sécurité pour les licenciements dans le secteur privé. D’autres réformes impopulaires et superflues, comme la fermeture de la télévision publique, semblaient avoir pour but de décrédibiliser la Troïka aux yeux des citoyens.

4. Parcours de santé plutôt que “Big Bang”

Nombreux étaient ceux qui se plaignaient qu’on demandait à la Grèce de faire trop en très peu de temps, mais c’est l’inverse qui est vrai. Les citoyens sont plus à même d’accepter deux ans de privation qu’une agonie qui semble sans fin. A l’origine, on voulait épargner la Grèce du pire et donc presque rien n’a été fait pour relancer l’économie et attirer des investisseurs. Les problèmes ont donc pris une ampleur plus importante.

5. Les problèmes étaient ignorés

Il n’y a pas eu de Big Bang en Grèce car, au cours des années qui ont suivi l’introduction de l’euro, la Commission européenne a attaché trop d’importance aux critères de Maastricht relatifs à la dette. Elle a fait la sourde oreille face aux problèmes structurels des pays de la zone euro. Ce n’est que lorsque la crise a explosé que Bruxelles a réalisé qu’elle connaissait mal la Grèce, notamment son inefficacité dans la gestion de la chose publique. Qui plus est, la Grèce était la première victime de la crise et était considérée comme un cas isolé. Quand d’autres pays ont été touchés, le ralentissement économique qui en a découlé n’a fait qu’empirer la situation.

6. Une décote trop hésitante

Les hommes politiques voulaient que la Grèce reste un problème isolé. Les experts qui soulignaient que non seulement la Grèce manquait de liquidité mais qu’en plus elle était insolvable, étaient ignorés, tout comme la pensée selon laquelle seule une réduction substantielle de la dette pouvait empêcher des mesures d’austérité draconiennes. Les responsables politiques avaient peur que les créditeurs d’autres pays en difficulté allaient paniquer si l’on accordait un allègement de la dette à la Grèce.

7. Le manque de prévoyance

Le fait que l’UE pensait longtemps qu’une décote était trop dangereuse était lié au manque de protection du reste de la zone euro. Les règles budgétaires et relatives à la dette du traité de Maastricht ne prévoyaient rien en cas de grave crise budgétaire et de la dette. C’est symptomatique d’une certaine arrogance européenne. Les dirigeants pensaient que les crises qui touchent les marchés émergents ne peuvent pas apparaître en Europe. On a perdu beaucoup de temps précieux avant que des instruments comme le FESF, le MES et l’Union bancaire ne soient mis en place.

La Grèce est à nouveau l’un des sujets principaux de l’ordre du jour européen. Malheureusement, la Troïka est décrédibilisée et les Grecs sont fatigués et encore moins enthousiastes à l’idée des réformes que par le passé. Est-il encore possible de maintenir le pays dans la zone euro ?

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