Terminus, Mme Ashton

8 avril 2011 – Presseurop

On en vient presque à regretter Javier Solana, l'insaisissable Haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune de l'UE : lui, au moins, on le voyait de temps en temps, lors des rendez-vous internationaux ou "animer" des conférences de presse où triomphait la langue de bois. Le Service européen pour l'action extérieure (SEAE), censé donner à l'Union cette voix commune qui lui faisait défaut, est installé maintenant depuis plus de trois mois et sa patronne, Catherine Ashton, brille par son absence. Absente — ou doublée par les autres leaders européens — dans le monde arabe en ébullition ; absente au Japon ; absente en Libye, absente à Lampedusa. Que faudrait-il pour que Mme Ashton et le SEAE sortent enfin du bois ? Une guerre sous ses fenêtres ? Une invasion du Royaume-Uni ?

De leur côté, les Etats membres, qui ont par ailleurs choisi Mme Ashton pour faire exactement ce qu'elle est en train de faire, agissent chacun selon leurs propres intérêts : Paris et Londres en créant une armée commune et en cherchant l'aval de l'ONU pour leur intervention contre la Libye de Mouammar Kadhafi ; Paris à nouveau en s'impliquant militairement aux côtés des troupes d'Alassane Ouattara en Côte d'Ivoire pour ne citer que quelques exemples récents.

Autant reconnaître qu'avec le SEAE, l'argent du contribuable européen est jeté par la fenêtre. Ces 570 millions d'euros annuels pourraient être dépensés de façon plus efficace pour les actions civiles, militaires et humanitaires qu'il est censé réaliser et dont on n'a pas encore entendu parler. Trop timide et sans voix, le SEAE s'efface avec discrétion au profit des capitales, qui parlent chacune pour soi. Or, chère Lady Ashton, la timidité ne faisait pas partie des principes portés par les pères fondateurs !

Alors, soit l'UE accepte cette limite et s'y adapte — en clair, elle renonce à une politique étrangère digne de ce nom — soit elle s'y refuse, et elle change de ligne. Le train qu'a empruntée jusqu'à présent la diplomatie européenne ne mène en effet nulle part. Quant au machiniste, vu son manque de courage, d'initiative et d'allant, mieux vaut-il peut-être qu'il cède les manettes à quelqu'un de plus inspiré avant que l'on atteigne ce terminus? Y a-t-il un candidat dans la salle ?

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