Balkans blues

27 mai 2011 – Presseurop

On dit qu'il faut 20 ans pour faire une génération. C'est peut-être le temps qu'il aura fallu pour solder l'éclatement de l'ex-Yougoslavie. Avec l'arrestation, le 26 mai, de Ratko Mladić, le dernier des principaux inculpés du Tribunal pénal international de La Haye, justice va pouvoir être rendue pour Srebrenica, le plus grand crime des guerres fratricides qui ont ravagé la Croatie puis la Bosnie de 1991 à 1995 (et le Kosovo en 1999). Désormais, une page peut se tourner et la Serbie espérer une adhésion prochaine à l'Union européenne.

Coïncidence ou pas, cet événement intervient la semaine même où la Croatie a appris que les négociations pour son adhésion pourraient ne pas être bouclées avant fin juin comme prévu. "Le nouvel élargissement de l’UE est une décision stratégique qui provoque un nouveau bras de fer géopolitique entre pays occidentaux", notait le quotidien croate Novi List cette semaine. "Comme au début des années 90, on trouve d’un côté les pays menés par l’Allemagne et l’Autriche, rejointes par le pays du groupe de Visegrád (Pologne, Hongrie, République tchèque et Slovaquie) qui considèrent que la Croatie a été trop longtemps victime des préjugés et qui soutiennent fermement son adhésion rapide à l’UE. De l’autre se trouvent la Grande-Bretagne et ses grands alliés continentaux, Pays-Bas, Danemark et pays scandinaves, qui souhaitent conclure les négociations à la fin de l’années, au moment où la Serbie pourrait remplir les conditions pour sa candidature à l’UE." Ce scénario devient crédible avec l'arrestation de Mladić. Mais les Vingt-Sept vont devoir agir avec discernement, car les Balkans restent un foyer de nombreuses crises potentielles.

A Belgrade, il est encore trop tôt pour mesurer les conséquences politiques de l'arrestation de Mladić, mais à Zagreb, la récente condamnation à La Haye du général Gotovina a renforcé certains sentiments hostiles à l'UE. Et dans les deux pays, la corruption et le nationalisme excessif menacent toujours la perspective d'une adhésion sans heurts.

En Bosnie-Herzégovine, les Serbes, ceux-là mêmes que commandait Mladić, menacent toujours d'organiser un référendum sur leur indépendance, ce qui signerait l'échec de la paix précaire mise en place en 1995. Et au Kosovo, que refusent toujours de reconnaître cinq Etats de l'UE et où la criminalité et la corruption prospèrent, l'hypothèse d'une séparation entre parties à majorité albanaise et à majorité serbe pèse toujours sur l'équilibre régional.

La veille de l'arrestation de Mladić, le commissaire européen à l'Elargissement et à la Politique de voisinage, Stefan Fülle, présentait la nouvelle stratégie de l'UE pour le voisinage, principalement axée sur le monde arabe, au détriment de pays comme la Biélorussie, l'Ukraine ou la Géorgie qui étaient jusque-là considérés comme des priorités. Comme si l'UE avait du mal à agir avec constance dans plusieurs directions. Les Balkans sont au croisement de ces deux perspectives, l'élargissement et le voisinage. La Croatie et désormais la Serbie sont aux avant-postes. Mais l'effort à fournir envers ces deux pays ne doit pas masquer les enjeux dans la région entière. L'arrestation de Mladić n'est qu'un chapitre d'une histoire risquée.

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