Langues : Euro-globish, la langue de l’UE ?

30 mai 2014 – VoxEurop The Economist

Quelle langue parle l'Union européenne ? Jusqu'à il y a une bonne dizaine d'années, la réponse aurait probablement été "essentiellement le français", même si l'anglais gagnait déjà du terrain. Aujourd'hui, alors que dans une dizaine de pays, on a adopté plus volontiers l'anglais comme deuxième langue ou comme langue de travail, "les Européens ont opté en masse pour l'anglais", écrit The Economist.

Selon le magazine britannique,

L'UE fait de plus en plus de choses en anglais. Les interprètes ont parfois l'impression de parler dans le vide. L'année dernière, le président allemand, Joachim Gauck, a plaidé pour une Europe parlant l'anglais : les langues nationales seraient préservées pour la spiritualité et la poésie, aux côtés "d'un anglais acceptable pour toutes les situations et les classes d'âge." Quelques-uns ont déjà identifié une forme d'anglais global (le globish) : un patois qui ressemblerait à de l'anglais, mélangé avec des sonorités et une syntaxe d'Europe continentale, une séquence de jargon institutionnel eurocratique et une ribambelle de faux amis (essentiellement français). A Bruxelles, "to assist" veut dire assister, et non pas aider ; "to control" veut dire vérifier, plutôt qu'exercer le pouvoir ; "adequate" veut dire approprié ou convenant, plutôt que (à peine) suffisant ; sans oublier les pluriels de fantaisie, comme "advices", "informations" et "aids". "Anglo-Saxon" n'est pas un terme historique se référant aux tribus germaniques en Grande-Bretagne, mais une insulte politique suivi de "capitalism" et même de "press". Les Européens ordinaires ont eu un avant-goût de l'euro-globish lors des débats télévisés entre les principaux candidats aux élections européennes des 22-25 mai. L'idée que les principaux groupes politiques européens aient choisi des “Spitzenkandidaten” pour devenir le président de la Commission européennes est inédite (et elle a donné lieu au premier néologisme d'origine allemande à Bruxelles depuis des années). Le but était de combler le déficit démocratique, susciter l'engouement, bloquer la chute de l'affluence aux urnes et faire barrage à la montée des partis anti-UE.