L’Allemagne et les réfugiés : Les violences à Cologne changent tout

13 janvier 2016 – VoxEurop Der Spiegel

Le soir du Nouvel An, au moins 500 femmes ont dénoncé avoir été aggressées, parfois sexuellement, par des groupes de plusieurs centaines d’hommes, dont la plupart “d’origine étrangère”. La police n’a pas su éviter les violences et l’affaire a brutalement remis en question la politique d’accueil des réfugiés d’Angela Merkel.

Der Spiegel, 9 janvier 2016

“Le réveillon pourrait avoir marqué un tournant dramatique”, écrit Der Spiegel. Les aggressions sexuelles ont été perpétrées en masse dans plusieurs villes, comme si elles avaient été coordonnées. Dans deux cas, à Cologne, il y a eu des viols.

Ce qui s’est passé à Cologne – et dans une moindre mesure à Hambourg – le soir du réveillon et les jours suivants “est la mise en œuvre d’un scénario dont nombreux étaient ceux qui craignaient qu’il ne se réalise. Les craintes des partisans de l’immigration et des xénophobes les plus virulents se sont avérées”, écrit le magazine :

Pour certains, ces événements ont enfin révélé au grand jour ce qu’ils disent depuis longtemps – que trop d’étrangers dans le pays apportent trop de problèmes avec eux. Pour d’autres, que ce qui s’est passé, c’est ce qu’ils craignent depuis le tout début : que des images terribles de comportements affreux de la part de migrants ne mettent en péril l’attitude globalement positive des Allemands vis-à-vis des réfugiés.

Ce qui est certain, ajoute Der Spiegel, c’est que “nous avons des jours difficiles devant nous”, et que deux questions se posent à présent, poursuit Der Spiegel :

L’Allemagne est-elle sûre d’être capable de gérer l’afflux de réfugiés ? Et a-t-elle vraiment le courage et l’envie de devenir le pays d’Europe accueillant le plus grand nombre de migrants ? Il semble que le temps est venu pour un vaste débat sur l’avenir de l’Allemagne – et le mantra d’Angela Merkel “Nous pouvons le faire” ne suffit plus à l’occulter. […] Intégration, politique d'intégration, répression, politique d'immigration, quotas d'immigrés : les événements de Cologne ont profondément changé les dynamiques politiques à Berlin. La chancelière Merkel et ses proches craignent qu'il sera à présent plus difficile de mettre en œuvre leur politique vis-à-vis des réfugiés.

La chancelière a déjà infléchi sa position, du moins en pour ce qui est des mots. S’exprimant, contrairement à sa prudence habituelle, quelques jours après les violences à Cologne, elle a dit qu'elles méritaient une “réponse forte de la part du gouvernement” et qualifié d’”absurde” le cliché selon lequel elle “apprécie le fait que de nombreux réfugiés viennent en Allemagne”.

Mais Angela Merkel ne peut dévier excessivement de sa ligne politique non plus :

Si l’Allemagne devait commencer à renvoyer les gens à ses frontières, le système de libre circulation de Schengen s’effondrerait.

Alors que les médias ont pris plusieurs jours pour réaliser pleinement l’amplitude des violences à Cologne et à Hambourg et l’absence de réponse de la part de la police, au risque d’en faire crier certains au complot médiatico-politique, Der Spiegel estime que la première chose à faire, c’est d'être complètement honnête à propos des faits et de la situation :

Les Allemands ne sont pas des enfants qui doivent être protégés de la vérité, même si c’est avec les meilleures intentions. Et une partie de la vérité, c’est que les politiques aiment à parler d’intégration, mais ils n’ont pas donné le moindre indice du fait qu’ils comprennent l’ampleur du défi qu’ils ont en face d’eux. Une autre partie de la vérité est la suivante : la société allemande est de plus en plus divisée.