Référendum au Royaume-Uni : Quelle Europe après le Brexit ?

22 juin 2016 – Alternatives économiques (Paris)

Quelles seraient les conséquences économiques et politiques d’un Brexit ? A quelques jours du référendum qui pourrait signer la fin de l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union européenne, l’analyste Christian Chavagneux donne des pistes.

En juin 1944, Winston Churchill déclarait au Général de Gaulle ‘Sachez-le ! Chaque fois qu’il nous faudra choisir entre l’Europe et le grand large, nous serons toujours pour le grand large’”, rappelle Christian Chavagneux sur Alteréco Plus. Un choix qui, note-t-il, il n’est absolument pas exclu que les Britanniques fassent le 23 juin. “*Si cela devait s’avérer”, ajoute-t-il, il n’y aura ni le nirvana promis par les partisans du Leave, ni l’Armageddon craint par ceux du Remain.

Ce qui est certain, c’est qu’

un vote en faveur de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne ouvrirait immédiatement une période d’incertitude financière, politique et commerciale pour l’économie britannique quant à ses futures relations avec l’Europe.

D’abord, “la livre sterling devrait être chahutée sur les marchés des changes et connaître une dépréciation importante”, face à laquelle “la Banque d’Angleterre et la Banque centrale européenne ont déjà annoncé qu’elles donneront aux banques britanniques tout l’argent dont elles ont besoin, le temps que la tempête se calme”, pour pouvoir fonctionner.

Du point de vue politique, nous serions face à un “imbroglio dont il est impossible de prédire l’issue”, car il n’est pas certain que le Premier ministre David Cameron, soit encore à son poste pour faire jouer l’article 50 du traité sur l’Union européenne “qui engage le retrait d’un pays”, tandis que les tenants du Brexit

ont déclaré vouloir passer immédiatement des lois réfrénant la libre circulation des personnes et le pouvoir de la Cour de justice européenne, tout en engageant des négociations sur l’avenir des relations de commerce et d’investissement avec l’Union avant d’entamer la procédure de retrait, ce que refusent les autres pays européens.

Et même si ces aspects sont réglés, “plusieurs possibilités s’ouvrent pour les futures relations avec l’Europe : Le Royaume-Uni pourrait intégrer l’Espace économique européen”, ce qui ne provoquerait pas de grands changements :

il y aurait alors libre circulation des biens, des services et des capitaux et les institutions financières installées à Londres pourraient continuer à bénéficier du ‘passeport européen’, c’est-à-dire de la possibilité de commercialiser leurs produits financiers dans l’ensemble de la zone, avec des coûts douaniers un peu plus élevés.

Si le Royaume-Uni voulait continuer à participer à des programmes européens comme Erasmus (échanges d’étudiants), Galileo (GPS européen) ou autres, “il devrait y contribuer budgétairement”, comme le fait la Norvège, note Chavagneux, ce qui limiterait fortement la baisse de sa participation au budget européen. D’autres formules sont possibles, d’un ensemble d’accord bilatéraux (comme avec la Suisse), à un’ union douanière (comme avec la Turquie), d’un accord de libre-échange (comme avec le Canada) à l’application des règles générales de l’OMC. Dans ce dernier cas, "le business avec l’Europe serait beaucoup moins facile, ce qui se traduirait par des fuites d’entreprises et de moindres investissements." La seule à tirer son épingle du jeu serait la City, car elle dispose d’

un système juridique favorable aux créanciers, de la langue anglaise, d’un environnement réglementaire accommodant, d’une expertise forte, des infrastructures de marché capables de traiter d’importants volumes financiers et un réseau de paradis fiscaux.

Au niveau politique encore, “le Brexit mettrait en position de pouvoir la partie la plus extrême et la plus raciste de la classe politique. Nul doute que les autres partis européens du même genre en sortiraient plus forts à court terme”, met en garde Chavagneux. De plus, “si un référendum était tenu dans d’autres pays, le résultat pourrait être négatif.” En effet, estime Chavagneux,

l’Europe d’aujourd’hui, c’est une zone qui prône l’austérité permanente, qui obéit aux ordres des lobbys du privé, un désert numérique, une zone qui n’engage pas franchement sa transition écologique, qui accepte des paradis fiscaux en son sein, un nain politique, technocratique, une zone qui transforme la Méditerranée en fosse commune.

Enfin, note-t-il, “un Brexit serait le sale révélateur d’une Europe en train de mourir par la faute de ses dirigeants.” Ceux-ci,

n’ont plus rien à nous proposer pour que l’Europe attire, séduise et mobilise les énergies. Ils s’étonnent ensuite de se trouver confrontés à une montée des populismes et des nationalismes. Ils en sont responsables et même un Brexit ne semble pas devoir se traduire par un sursaut. Si cela se produisait, la France et l’Allemagne annonceraient une plus grande proximité en matière de défense et de sécurité, dit-on. Cela ne suffirait pourtant pas à définir un projet. Nous sommes la génération européenne perdue.