Immigration : La Grèce dans l'impasse des expulsions

Agathonissi (Grèce) : un groupe de migrants attend sur un navire des garde-côtes grecs d’être conduit vers un camp de refugiés sur l’ile de Samos. (AFP)
Agathonissi (Grèce) : un groupe de migrants attend sur un navire des garde-côtes grecs d’être conduit vers un camp de refugiés sur l’ile de Samos. (AFP)
26 października 2009 – I Kathimerini (Ateny)

Point d’entrée de nombreux migrants dans l’UE, la Grèce est également tenue de recevoir ceux que d’autres pays ne veulent garder. Faute d’infrastructures, elle mise sur les expulsions, sans garantir leurs droits aux personnes concernées, regrette Kathimerini.

"Changez de politique". Voilà ce que l’Union européenne demande à ses membres au sujet de l’immigration clandestine. Mais en Grèce, on fait la sourde oreille. Au lieu de mettre en place un programme de "rapatriement volontaire" des migrants dans leurs pays d’origine, les autorités se bornent à promouvoir les expulsions et les retours forcés.

Notre pays est devenu un piège pour les immigrés. Tous les jours, des centaines d’entre eux échouent sur nos îles qui bordent les côtes turques ou arrivent par la frontière albanaise. A cela, il faut ajouter les immigrés clandestins renvoyés des autres pays européens. La législation communautaire [le règlement Dublin II] permet aux pays du nord de l’Europe de renvoyer les migrants interpellés vers leur premier pays d’entrée dans l’UE. La Grèce est souvent en tête de liste.

Les expulsions et les retours forcés sont la seule politique utilisée par Athènes pour traiter le problème. A l’opposé, dans le reste de l'UE, les derniers rapports publiés en décembre 2008, mettent l’accent sur la pratique du rapatriement volontaire. La Grèce n’a toujours pas mis un tel mécanisme en place. C’est ce qui ressort de l’enquête publiée par le ministère de l’Intérieur : les termes de départs volontaires ou assistés (même financièrement) n’existent même pas dans le vocabulaire de la législation grecque ! Bien entendu, pour élaborer une politique de rapatriement efficace et juste, il est nécessaire de disposer d’un "système d'asile équitable et efficace", comme l’indique la directive retour. Ce n’est pas le cas de notre pays et c’est pour cela que nous sommes critiqués au niveau international.

"Retour volontaire sous pression"

La directive, que les Etats membres doivent intégrer d’ici décembre 2010, mentionne que, pour être "renvoyés", les migrants doivent obtenir une assistance juridique pour faire valoir leurs droits à rester dans l'UE et que le coût de cette assistance (gratuite) peut être couvert par des fonds européens. Cette directive a été critiquée parce qu'elle conçoit l’éloignement des familles avec enfants et des mineurs non accompagnés sans suffisamment protéger les droits de ces groupes vulnérables. Par ailleurs, elle impose la création d‘espaces spécifiques pour héberger les migrants à partir du moment où ils acceptent leur renvoi, jusqu’à ce qu’il ait lieu.

En ce qui concerne les migrants venants d’Etats où ils seraient menacés, les autorités [du pays les expulsant] doivent leur attribuer une confirmation écrite spécifique de manière à ne pas être arrêté par la police. Notre pays est le premier à avoir lancé des programmes de "pression pour un retour volontaire" peu après la publication de la directive et à l'initiative du secrétariat de l’ex-ministère de l'Ordre public. Ce "retour volontaire sous pression" concerne les personnes en fin de protection temporaire, dont la demande d’asile a été rejetée ou qui circulent avec une décision administrative d'expulsion.

80% des expulsés sont Albanais

Près de trois cents Afghans sont ainsi rentrés en Afghanistan en application de ces méthodes. Ils étaient piégés en Grèce (comme un grand nombre de leurs compatriotes), parce qu'ils avaient été identifiés et que leurs empreintes étaient répertoriées ici. Cela signifie que s’ils avaient réussi à atteindre n’importe quel autre pays européen, ils auraient été renvoyés en Grèce. Un employé de l’ambassade d’Afghanistan à Bruxelles a été envoyé dans un commissariat central d’Athènes pour les convaincre de retourner en Afghanistan.

La même politique se poursuit avec le nouveau gouvernement socialiste. Le ministère de l’Ordre public est devenu celui de la Protection civile, et le ministre a annoncé que 1 200 immigrés quitteront le pays d’ici un mois grâce à une aide européenne. Le ministère a reçu environ 17 millions d'euros du Fonds européen pour le retour pour couvrir le coût de l'expulsion et du retour, et nous avons l'assurance qu'il offrira plus d'argent. Les programmes couvrent le rapatriement de migrants originaires exclusivement d'Asie et en particulier d'Asie du Sud (soit Pakistan et l'Afghanistan). Là encore, la Grèce ne s’y plie pas. L’enquête indique en effet, que 80% des renvois sont des Albanais ! Alors que moins d’1% des "Asiatiques" arrivant par les côtes turques sont renvoyés, en raison de la situation difficile qui existe entre nos deux pays. En 2009, la Turquie n’a accepté que 108 personnes, sur 11 309 demandes de renvoi. La Grèce a encore de gros efforts à faire pour établir une véritable politique de l’immigration.

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